Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

DOSSIERS

Transformation digitale : « Aujourd’hui, nous sommes très conscients des enjeux… Les entreprises dans lesquelles nous investissons le sont aussi »

Entretien avec Alexandra Dupont,
Directrice Associée, RAISE Investissement

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RAISE n’est pas une société d’investissement comme les autres. Sa spécificité ? Reverser 50% de l’intéressement perçu par l’équipe d’investissement sur les plus-values réalisées au Fonds de dotation RAISESHERPAS, dédié au soutien des start-up françaises. Ce Fonds de dotation hors du commun est devenu, en moins de 4 ans, la plus grosse fondation privée pour l’entrepreneuriat en France.
« Au début, nous n’avions qu’une équipe d’investissement, RAISE Investissement. Nous avons eu la chance de lever environ 400 millions d’euros auprès de grands corporate dont les deux tiers sont des entreprises du CAC 40 actives dans des secteurs très diversifiés. L’année dernière, nous avons dupliqué notre modèle en créant RAISE REIM, un fonds immobilier qui a aujourd’hui plus de 200 millions d’euros sous gestion et nous souhaitons faire grossir cette enveloppe. Nous avons également récemment créé le fonds RAISE Ventures. Dédié au capital-risque, celui-ci a déjà levé plus de 60 millions d’euros (premier closing mi-septembre). Son objectif consiste à porter ce montant à 100 millions début 2019 », explique Alexandra Dupont, Directrice Associée chez RAISE Investissement.
Ainsi, trois équipes d’investissement sont maintenant actives au sein de RAISE, , chacune ayant adopté le même principe et reversant 50% de son carried interest au Fonds de dotation. Celui-ci est également alimenté par les dons des actionnaires de RAISE.
L’année dernière, RAISE – qui compte au total une trentaine de professionnels - a par ailleurs créé le Mouvement pour l’Economie Bienveillante (MEB). « Ce mouvement est dans la continuité de l’ADN de RAISE. A travers notre Fonds de dotation et notre modèle de give back, nous souhaitons associer la performance financière et la bienveillance, repenser l’objet social de l’entreprise au sein de la société », estime Alexandra Dupont. Aujourd’hui, près de 3.000 personnes ont signé le manifeste (mouvementeconomiebienveillante.com) et adhéré à ce mouvement. « Ce sont des personnes qui déclarent des valeurs communes, qui ont envie d’agir ensemble, de réfléchir au rôle de l’entreprise... Bien que lancé avant qu’on n’en parle, le MEB va dans le sens de la loi Pacte », commente Alexandra Dupont. « Nous sommes ravis de savoir qu’aujourd’hui la réflexion est de plus en plus large et touche donc également les fonds d’investissement qui font partie de la société dans sa globalité », ajoute-t-elle.
Certaines entreprises sont très engagées dans cette démarche. Par exemple, Nature & Découvertes, l’une des participations de RAISE Investissement et membre du MEB, a créé une fondation interne qui a pour objectif de soutenir l’environnement. Tous les ans, l’entreprise reverse notamment 10% de son résultat net à cette Fondation. D’autres entreprises consacrent du temps à des causes philanthropiques... « Nous souhaitons mettre en lumière ces initiatives qui créent  de la valeur pour tous », insiste Alexandra Dupont.
Depuis sa création, le Fonds de dotation RAISESHERPAS a rencontré plus de 2.000 entreprises et en a accompagné plus de 200, à travers des programmes d’accompagnements sur mesure.
Le Fonds dotation RAISESHERPAS accompagne des startups en phase de développement « post-amorçage », âgées généralement de plus de 18 mois, qui réalisent déjà du chiffre d’affaires et sont confrontées à des problématiques de croissance. RAISESHERPAS intervient dans tous les secteurs d’activités. « C’est un travail de fourmi que d’étudier toutes les candidatures qui se présentent au quotidien. Grâce à  un outil digital interne, ce travail nous permet de disposer d’informations structurées au sein d’une base de données et d’accompagner les jeunes entreprises plus efficacement », souligne notre interlocutrice.
Plusieurs possibilités d’accompagnement sont proposées à ces jeunes entreprises de croissance françaises. « Nous avons des programmes de prêt d’honneur de 100.000 euros à taux 0% avec 2 ans de différé d’amortissement, et ce sans garantie, avec une obligation morale d’essayer de tout faire pour rembourser ce prêt à horizon de 6 ans. Cela permet d’aider de très jeunes entreprises, qui n’ont pas encore réalisé de grosses levées de fonds, à se développer. Nous organisons également des programmes de formation, avec des partenaires externes qui donnent de leur temps pour soutenir les jeunes entreprises de croissance. Nous pouvons mettre ces entreprises en relation avec des conseils spécifiques (RH, finance, juridique, etc.). Nous développons également des programmes de mentoring, de mise en relation avec des grands groupes français, actionnaires ou non de RAISE Investissement... Au sein de ces grands groupes, des cadres mentorent pendant environ une année de jeunes entreprises sélectionnées par l’équipe de RAISESHERPAS. Certains d’entre eux ont également des programmes de formations internes pour lesquels nous pouvons être en charge du volet Innovation. Aujourd’hui, tous les grands groupes ont une réflexion sur le corporate innovation. Nous les aidons dans cette démarche en organisant des programmes d’immersion dans les start-up. L’idée est de créer un lien entre les start-up qu’accompagne le Fonds de dotation et ces grands groupes, afin de diffuser l’esprit d’innovation en interne.
Grâce à ses programmes d’accompagnement et à son écosystème, le Fonds de dotation RAISESHERPAS est très proche des problématiques de digitalisation. Nous créons aussi beaucoup de liens avec nos participations en portefeuille. Nous réfléchissons à la façon d’apporter l’innovation et la transformation digitale dans toutes les entreprises.
RAISE Investissement intervient auprès de sociétés qui réalisent en moyenne entre 30 et 500 millions d’euros de chiffre d’affaires. « Il s’agit de PME de taille significative ou de petites ETI, assez matures et rentables. La réflexion sur la transformation digitale est très importante pour toutes ces entreprises, qui interviennent, pour la plupart d’entre elles, dans des secteurs dits « traditionnels ». La question de leur digitalisation se pose pour nous en amont. Ainsi, dans le cadre de l’analyse du dossier et des due diligences, nous regardons ce qui a déjà été  fait en matière de digitalisation et quels sont les progrès possibles dans ce domaine. En parallèle, nous interagissons très tôt avec notre  Fonds de dotation dont l’équipe est au cœur de l’innovation. Ces échanges nous permettent d’avoir une vue sur l’univers des start-up et sur les innovations de demain. Notre objectif consiste à comprendre si le business model est susceptible d’être fortement disrupté, à trouver des usages complémentaires… ».
Si RAISE Investissement décide ensuite d’investir,  « nous mettons rapidement en relation les équipes dirigeantes avec les jeunes entreprises innovantes identifiées par RAISESHERPAS. Tout le monde y trouve un bénéfice. Les  start-up sont ravies de rencontrer des entreprises plus matures qui peuvent potentiellement devenir clientes ou partenaires et ces dernières  peuvent, quant à elles, ainsi accélérer leur digitalisation… Le thème de la bienveillance est au cœur de notre modèle et nous sommes vigilants au fait que les entreprises dans lesquelles nous investissons partagent nos valeurs.», explique la Directrice Associée.
« Dans certains cas, nous faisons également appel à des conseils en transformation digitale, notamment pour nous aider à réaliser la conduite du changement en interne. Même lorsque le dirigeant est conscient des enjeux, il est parfois compliqué de définir précisément le besoin et de se transformer…», confie Alexandra Dupont.
« Nous pensons qu’une société n’ayant pas su prendre le virage de la digitalisation dans son industrie sera moins bien valorisée demain que sa consoeur ayant fait le nécessaire sur ce sujet. En tant qu’actionnaires, nous sommes aujourd’hui obligés de pousser la transformation digitale et nous le faisons systématiquement », souligne-t-elle.
Quelles sont les start-ups avec lesquelles collaborer et comment faire ? Pour récompenser la meilleure collaboration entre une start-up et un grand groupe, RAISE organise un événement annuel baptisé « David Avec Goliath ». « Ces collaborations permettent d’identifier de nombreux freins, mais aussi les bonnes pratiques existantes pour débuter une relation sur des bases solides pour les deux parties ». Nous constatons que les ETI font fassent aux mêmes problématiques que les grands groupes. Comment établir une veille efficace sur les modèles purement digitaux et innovants ? Quels sont les cas  pour lesquels une logique d’acquisition  est préférable par rapport à un  simple partenariat ? La cession d’une jeune entreprise - ou une prise de contrôle - redéfinit fondamentalement la nature et l’équilibre des relations. Il est donc primordial de prendre en compte tous les aspects de ce virage stratégique pour en faire un succès partagé. Car c’est un constat : acheter une start-up digitale innovante et l’intégrer dans un modèle traditionnel n’est pas une chose facile : il y a souvent un choc des cultures.
« Comment alors intégrer la start-up sans la tuer ? C’est une question que se pose toutes les entreprises, quelles que soient leurs tailles. Il faut à la fois donner envie aux dirigeants de la jeune entreprise de basculer dans le projet global, suffisamment intégrer  cette dernière pour créer des synergies mais tout en faisant très attention à ne pas l’étouffer.
Un autre frein au rachat de start-up est celui des valorisations qui n’ont généralement rien à voir avec les valorisations « classiques » en multiples d’EBITDA des entreprises dans lesquelles nous investissons. Pour le dirigeant, c’est  dilutif à court terme car il achète souvent cher une entreprise peu ou pas rentable, alors que sa propre entreprise est valorisée en multiples de rentabilité. Il faut se projeter dans l’étape d’après, avoir une vision long terme sur les synergies, la valeur ajoutée, etc. ».
« Aujourd’hui, nous sommes très conscients des enjeux et les entreprises dans lesquelles nous investissons le sont aussi. Mais faire converger  ces deux mondes n’est pas toujours chose facile. Une troisième voie existe : développer 100% en interne. Mais cela peut s’avérer bien plus long », estime Alexandra Dupont.
« Notre objectif consiste à accompagner les entreprises dans leur transformation. Pour ce faire, nous avons des outils que d’autres fonds n’ont pas à travers notre Fonds de dotation et la mutualisation des équipes d’investissement. Aujourd’hui, notre modèle est unique en France », souligne Alexandra Dupont.
Toutes les semaines, RAISE organise des événements communs pour toutes les équipes. « Les équipes se parlent en permanence, ce qui permet de créer des ponts », note-t-elle.
Parmi ses participations, RAISE Investissement compte Babilou, leader des crèches en Europe. Cette entreprise a  notamment développé une stratégie qui consiste à prendre des participations minoritaires des jeunes entreprises innovantes. Cette activité permet à Babilou d’organiser une veille sur l’innovation dans son secteur et dans les secteurs connexes.
Questel est un autre investissement de RAISE Investissement, actionnaire de cette entreprise depuis 2015. L’été dernier, IK est devenu le principal actionnaire financier de la société et nous avons décidé de réinvestir aux côtés du management.
Côté cessions, la seconde vente en 2018 est celle de la société Acteon, spécialisé dans le matériel dentaire et médical. RAISE Investissement se désengage de cette entreprise au profit du fonds Dentressangle.
Aujourd’hui, RAISE Investissement est actionnaire de La Maison du Whisky, de Nature & Découvertes, de Jifmar (ingénierie maritime) ou encore de LMB (ventilateurs pour l’aéronautique, investissement 2018). « En juin 2018, nous avons également investi dans Socomore (traitements chimiques pour l’aéronautique) et dans Artémis Courtage (courtage de crédits immobiliers) ». RAISE Investissement est également actionnaire de Mériguet-Carrère. Fondé en 1960, l'Atelier Mériguet-Carrère est spécialiste de l’artisanat décoratif à travers cinq activités principales : peinture décorative et dorure, pierre de taille, marbre, ferronnerie et boiserie d'arts.
RAISE Investissement est enfin actionnaire de Carso. Créé en 1992 par Neptune Technologies en liaison avec le CNRS, pour l’analyse des dioxines en spectrométrie de masse haute résolution, Carso s’est développé à partir de 1997 dans l’analyse de l’eau et de l’amiante de l’Institut Pasteur de Lyon. Puis au cours des années 2000, Carso complète son savoir-faire analytique pour offrir à sa clientèle une très large gamme de prestations analytiques et services associés. Début 2011, la BPI, Euromezzanine et le Crédit du Nord effectuent leur entrée au capital de Carso. En 2016, le groupe s’entoure de nouveaux investisseurs dont Unigrains, RAISE Investissement et Siparex qui rejoignent EMZ Partner et ID Etoile.
« Notre portefeuille est très diversifié ». Pour revenir aux principales thèses d’investissement, « ce sont avant tout les hommes ». RAISE Investissement investit en tant qu’actionnaire minoritaire, dans la plupart des cas aux côtés d’une équipe de management majoritaire. « Avant tout, il faut qu’il y ait une rencontre humaine et que nous partagions les mêmes valeurs», souligne la Directrice Associée. « Deux grandes thématiques transverses attirent notre attention : le développement international et la consolidation sectorielle, le build-up. Grâce à nos actionnaires, notre réseau international est très riche. Nous organisons fréquemment des mises en relation car de nombreux groupes du CAC40 présents dans notre capital sont implantés partout dans le monde… Notre réseau actionnarial est unique et représente une véritable valeur ajoutée », conclut Alexandra Dupont.
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