Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

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Transactions en Allemagne et en France : un niveau record depuis 20 ans. Quels enseignements ?

par Olivier Lorang, Directeur,
PwC France et Afrique francophone,
Responsable Transactions du German Business Group

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Comment le marché M&A en France et en Allemagne s’est-il comporté en 2018 ?
Nous constatons que 2018 est une année record pour les fusions-acquisitions tant en France qu’en Allemagne. Le volume de transactions a en effet dépassé les niveaux d’avant crise pour atteindre un niveau inégalé depuis 20 ans.
Une augmentation fulgurante, puisque la France a réalisé en 2018 3,952 opérations (+25% par rapport à 2017) et l’Allemagne, pays plus mature, 6,438 opérations (+44%).
Ces résultats s’inscrivent pleinement dans la tendance de forte croissance du marché M&A en 2018, observée à l’échelle mondiale. L’abondance des liquidités et les conditions de crédit intéressantes dues aux politiques monétaires accommodantes de la BCE et la Fed nous semblent autant de facteurs favorables au dynamisme du marché des fusions-acquisitions en France et en Allemagne.
Les cibles allemandes revêtent de plus en plus d’intérêt aux yeux des investisseurs étrangers. Ceux-ci réalisent 64% des transactions en Allemagne contre 54% en France, ces 2 chiffres affichant une progression en 2018 de 11 et 6 points respectivement. L’Allemagne distance donc toujours la France en volume d’investissements provenant de l’étranger.
L’attractivité du marché allemand a conduit les asset-managers américains à intensifier leurs investissements minoritaires, ce qui s’est traduit par la multiplication par 2 du nombre de transactions réalisées en Allemagne par des entreprises américaines entre 2017 et 2018. Les Etats-Unis ont ainsi détrôné le Royaume-Uni au classement des pays ayant effectué le plus de transactions en Allemagne en 2018 (1,289 opérations pour les USA contre 726 pour le UK).
Le Royaume-Uni devient en 2018 le pays réalisant le plus de transactions en France avec une progression de 86% pour atteindre 713 opérations, tandis les Etats-Unis reculent à la seconde place avec une progression de « seulement » 45% (669 transactions).



Comment les transactions franco-allemandes s’inscrivent-elles dans cette évolution du marché ?

Après une année 2017 record, l’année 2018 s’établit comme la 2e meilleure année en nombre de transactions transfrontalières entre la France et l’Allemagne.
Le nombre d’entreprises allemandes reprises par des entreprises françaises reste sur une tendance élevée (>100 depuis 2016) confirmant la forte attractivité de l’Allemagne pour les investisseurs étrangers. La France est à la 4e place des pays investissant le plus en Allemagne, derrière les USA, le UK et la Suisse.
L’Allemagne a réalisé 42 opérations en France en 2018, en légère baisse par rapport à 2017, mais d’un niveau supérieur à ceux de la période 2009-2016, la plaçant à la 3e place des pays investissant le plus en France derrière le Royaume-Uni et les Etats-Unis.
Les secteurs les plus dynamiques dans les transactions transfrontalières entre la France et l’Allemagne sont les nouvelles technologies et l’industrie. Parmi les plus importantes opérations transfrontalières entre l’Allemagne et la France, nous pouvons citer le rachat des parts minoritaires dans Euler Hermès par Allianz pour 1,9 milliards d’euros, l’acquisition de CIT Rail par VTG pour 920 millions d’euros et le rachat de SLV par Ardian pour 800 millions d’euros.

Comment expliquer l’attractivité croissante des cibles allemandes pour les investisseurs étrangers ?
L’intérêt des investisseurs internationaux pour l’Allemagne s’explique avant tout par l’attrait et le dynamisme de son Mittelstand, ce tissu économique de petites et moyennes entreprises. Performantes, ces dernières sont implantées sur des marchés de niche et investissent fortement en recherche et développement. Principalement familiales, ces entreprises doivent faire face aux nombreux départs en retraite de leurs dirigeants, souvent amenés à céder leurs entreprises et stimulant ainsi le marché des fusions-acquisitions outre-Rhin. Ces entreprises occupent une place prépondérante dans l’économie allemande, comme le montre l’étude PwC « Transformer nos PME en ETI conquérantes : Le Mittelstand allemand comme source d’inspiration ? ». Le Mittelstand recense en effet 350,000 PME et ETI outre-Rhin contre 145,000 en France. 3,8% des entreprises françaises sont des PME ou des ETI, contre 10,3% en Allemagne.




En outre, les cibles allemandes sont très performantes à l’export et bénéficient de l’image « Made in Germany », gage de qualité dans l’industrie manufacturière qui représente 23% de la valeur ajoutée de l’économie allemande, contre 11% en France selon l’INSEE. Ce constat s’explique notamment par la valorisation de l’innovation technique grâce à la formation spécialisée et l’apprentissage. L’étude France Brevets 2017 montre que les PME allemandes (ayant déposé au moins un brevet) déposent quasiment deux fois plus de brevets que leurs homologues françaises (12,4 contre 6,9).

En quoi les différences culturelles entre la France et l’Allemagne peuvent-elles jouer un rôle dans l’exécution d’une transaction ?
Comme dans un certain nombre de domaines, nous pensons que la dimension interculturelle peut jouer un rôle important dans le cadre d’une transaction, notamment lors de la négociation ou de l’intégration de la société cible. La bonne appréciation de ces différences culturelles constituera un facteur clé dans la conduite des discussions en phase de négociation et dans la réussite de la mise en œuvre d’un plan d’intégration.
Alors que les Français privilégient le respect de la hiérarchie et ont un sens aigu du politique dans le cadre d’une prise de décision stratégique, les Allemands vont être plus directs dans la négociation et donner toute sa place au débat avant de s’entendre sur une décision qui fait consensus. Les Allemands ont même un mot consacré pour décrire ce moment de discussions, voire d’échanges parfois vifs, qui permet la confrontation d’idées – il s’agit de l’Auseinandersetzung. Par ailleurs, la culture du secret industriel et financier et le strict respect des calendriers sont plus développés en Allemagne qu’en France et sont des éléments clés à appréhender dans le cadre d’une transaction.
De manière générale, l’exposition préalable du management de la cible et de celui du vendeur à des contextes internationaux réduira d’autant le risque de « choc des cultures » et les difficultés de communication.
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