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Silicon Wadi : pourquoi investir dans l'écosystème startup israélien

par Antoine Baschiera, PDG et co-fondateur d’Early Metrics,
l’agence internationale de notation des startups innovantes



La Startup Nation fascine et attire l’attention des fonds de Venture Capital et Private Equity du monde entier. Early Metrics nous éclaire sur les opportunités et risques du marché israélien.

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Nul ne peut le contester, Israël est décidément une terre fertile pour le milieu du Venture Capital et du Private Equity, en particulier en ce qui concerne les investissements early stage dans la technologie. L'écosystème israélien est l’un des plus dynamiques en la matière et recèle de talents.  En effet, les startups israéliennes ont levé une somme record de 3,2 milliards de dollars rien qu’au premier semestre de l'année 2018, dont une levée remarquable de 300 millions de dollars par la startup Landa Digital Printing fondée par le «père de l’impression numérique», Benny Landa. A titre de comparaison, les startups françaises n’ont levé que 2,26 milliards de dollars sur la même période. Ce chiffre est d’autant plus impressionnant que la population israélienne ne s'élève qu'à 8,5 millions d’habitants et que le PNB français est environ 9 fois plus important que celui d’Israël ($ 2,939 milliards contre $ 330 milliards en 2017). La question suivante se pose alors naturellement : pourquoi les investisseurs préfèrent-ils la Silicon Wadi à la French Tech ?
En tant qu’agence internationale de notation des startups innovantes, Early Metrics a développé une expertise approfondie des principaux écosystèmes startups de haute technologie dans le monde. Présents en France, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Israël, nous avons les ressources nécessaires pour mener une étude comparative entre le marché israélien et les réalités européennes. Pour cette recherche, nous avons puisé dans notre base de données de plus de 2 000 startups notées afin d’en faire ressortir les forces et faiblesses des jeunes pousses israéliennes par rapport aux startups européennes. 

Jeune et à la pointe de la technologie
Tel est le profil type des startups israéliennes selon notre base de données. Investir dans ces très jeunes sociétés représente un pari risqué mais d’autant plus passionnant qu’elles revêtent un caractère particulièrement innovant. Ces entreprises répondent effectivement d’un score d’innovation supérieur de 16% par rapport aux startups européennes. Les jeunes pousses de la Silicon Wadi développent surtout des produits de haute technologie et donc d’une grande complexité. Cette caractéristique s’accompagne d’ailleurs d’un potentiel risque pour les investisseurs puisqu’un plus haut degré de complexité implique des temps de R&D plus longs  et des fonds plus importants pour arriver à un produit commercialisable. Néanmoins, ces startups High-Tech restent attrayantes comme asset deals, surtout aux yeux des Corporate Venture Capitalists (CVC) tels Intel Capital et Google Ventures, qui cherchent des technologies disruptives plutôt que des réalités commerciales. Les secteurs qui attirent le plus les investissements et où la Silicon Wadi excelle sont ceux de la défense, de l’intelligence artificielle, de la santé ainsi que de la gestion de l’eau et de l'énergie.
Les startups israéliennes notées par Early Metrics ont également fait preuve de moins de traction commerciale (-6%) et d’une plus faible capacité à s’autofinancer (-7%) que les startups européennes. Ce dernier point est dû au fait que les produits complexes requièrent plus de fonds en amont, ce qui justifie en partie l’importance des sommes investies dans les ventures israéliens. D’autre part, leur manque de traction peut être attribué à la jeunesse de ces startups ainsi qu'à un marché local peu développé. Malgré tout, et peut être grâce au manque d'appétence du marché local, ces jeunes pousses ont un potentiel de croissance à l’international plus prononcé de 12% par rapport à leurs homologues européens. Dès les débuts de leurs projets, les entrepreneurs israéliens répondent d’une forte ambition internationale qui s’illustre par la définition de leur produit ainsi que par leur stratégie commerciale. L’engouement des investisseurs et des grands groupes étrangers fait également écho à ce critère. A titre d’exemple, ce sont les États Unis et la Chine qui fournissent la grande majorité des fonds. Même au sein d’Early Metrics, nous observons que plusieurs de nos clients du CAC 40 sont à la recherche de fournisseurs d’innovation provenant de la Startup Nation.

Des entrepreneurs au profil attrayant
Une des raisons principales pour lesquelles l'écosystème israélien attire tant d’investisseurs repose sur le profil des entrepreneurs. Ayant comme cible les startups en Seed ou Series A, la notation que nous effectuons chez Early Metrics se base en grande partie sur l’analyse des compétences et de la cohésion des partenaires opérationnels. Les données qualitatives recueillies concernant les fondateurs des startups notées nous ont donc permis d’identifier en quoi les entrepreneurs israéliens se distinguent des européens.
Israël dispose d’une main-d’œuvre hautement qualifiée grâce à la présence d'universités scientifiques de grande qualité comme l’Institut de Technologie d'Israël Technion. De plus, les israéliens sont encouragés à choisir un parcours dans la recherche scientifique puisque ce domaine bénéficie de l’aide du gouvernement qui dépense plus de 4% du PIB en R&D, contre 2,25% en France. Les compétences techniques des entrepreneurs israéliens sont donc supérieures à celles des fondateurs européens, comme le confirme nos données (+8%). Ce marché a d’ailleurs vu le nombre d'opérations d’acqui-hiring se multiplier, les grands groupes souhaitant bénéficier non seulement des produits innovants des startups israéliennes mais également de l’expertise de leurs équipes. Par exemple, Booking.com a récemment acheter Evature, une startup basée à Tel Aviv et spécialisée dans les chatbots, dans le cadre d’un acqui-hire. En plus de leurs compétences techniques, notre recherche a révélé que les entrepreneurs israéliens possèdent un autre atout. En effet, ils font preuve d’un niveau de compétences commerciales et marketing plus élevé que les européens, comme le démontre une note moyenne plus haute de 7%.
En revanche, nos données démontrent que les équipes des startups israéliennes ont un point faible par rapport à leurs voisines du Vieux Continent : le manque d’implication financière des fondateurs. Leur note moyenne pour ce critère est inférieure de 6% à celle des européens. Ce manque d’implication est tantôt dû à un faible investissement dans la société de la part des fondateurs, tantôt à un salaire trop bas ou encore à une répartition des parts de la société peu engageante. Ces facteurs augmentent donc le risque de désengagement des fondateurs israéliens alors que les européens sont davantage sécurisés à leur projet.

Un marché intéressant pour les investisseurs internationaux
Nous pouvons conclure de ces données que le marché de l’innovation israélien ne manque pas d’attrait et d'opportunités pour les fonds de Venture Capital et Private Equity internationaux. Bien qu’elles requièrent souvent des fonds et des délais de production plus importants, la complexité des produits technologiques et l’expertise des équipes des startups israéliennes font qu’elles sont particulièrement intéressantes pour les investisseurs en quête d’asset deals ou d'opérations d’acqui-hiring. L’obstacle principal que rencontre ces jeunes pousses reste la taille réduite de l'économie locale et l'instabilité géopolitique éprouvée par le pays. Le développement de la Silicon Wadi repose donc entre les mains des grands investisseurs chinois et américains.
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