Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

DOSSIERS

Rebond du marché des fusions-acquisitions en France et en Allemagne en 2014

par Olivier Lorang
Directeur transactions , PWC Corporate Finance

L’étude annuelle de PwC sur l’évolution du marché des fusions-acquisitions en France et en Allemagne met en évidence une année 2014 riche en opérations d’envergure, des deux côtés de la frontière.

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En effet, le premier enseignement de l’étude est incontestablement l’augmentation considérable du volume de transactions réalisées en France et en Allemagne l’an dernier. Les chiffres révèlent ainsi qu’en 2014, la France et l’Allemagne ont enregistré le nombre de fusions-acquisitions le plus élevé depuis 2008 et 2010 respectivement, avec 2 019 transactions comptabilisées sur le marché français et 1 601 opérations sur le marché allemand. Il s’agit là d’un important rebond du marché du M&A en France, dont la forte progression en 2014 (+23 % en volume) fait suite à plusieurs années de baisse. Le marché allemand, quant à lui, poursuit la reprise qu’il avait initiée en 2011 et croît de 18 % en volume de transactions réalisées, par rapport à 2013. Dans les deux cas, le regain de vigueur observé en 2014 s’explique par une conjoncture économique favorisant non seulement les opérations de fusions-acquisitions au niveau national, mais également les transactions transfrontalières, comme en témoigne la forte augmentation, dans les deux pays, du nombre d’acquisitions réalisées par des investisseurs étrangers.
C’est précisément sur ces investissements étrangers que porte le deuxième enseignement de l’étude 2014. En effet, si les transactions transfrontalières sont globalement plus nombreuses cette année, il convient de remarquer que l’Allemagne séduit davantage les acquéreurs internationaux. Pour preuve, la part des opérations transfrontalières dans le total des transactions observées est plus importante et progresse plus rapidement en Allemagne qu’en France, où cette proportion n’a que très peu évolué entre 2013 et 2014. Aussi l’écart se creuse-t-il entre les deux grandes puissances économiques européennes en matière d’accueil d’investissements étrangers, notamment en raison de la très bonne perception dont bénéficie toujours l’Allemagne à l’international.
 
Le nombre de transactions connaît en 2014 une importante augmentation dans les deux pays, particulièrement en France
 
En 2014, le marché français a comptabilisé 2 019 transactions, soit une croissance de 23 % par rapport à 2013, face à un marché allemand qui a enregistré 1 601 opérations (en augmentation de 18 % par rapport à 2013). On remarque ainsi que le marché français des fusions-acquisitions, traditionnellement plus dynamique que le marché allemand, conserve son avance en volume d’opérations et que l’écart se creuse entre les deux pays : la France a conclu 418 transactions de plus que l’Allemagne en 2014, contre 292 de plus en 2013. Au-delà des comparaisons, et même si ces chiffres restent bien inférieurs à ceux d’avant-crise, l’ampleur de ces évolutions interpelle. Elle résulte en réalité de l’augmentation conjointe du nombre de transactions domestiques et du nombre de transactions transfrontalières.

D’une part, l’environnement macroéconomique moins incertain, l’abondance de liquidités et les taux d’intérêt historiquement bas ont constitué un environnement favorable à la réalisation d’un nombre croissant de transactions en France et en Allemagne. En 2013, les grandes entreprises avaient opté pour des opérations de rationalisation de leur portefeuille, dans une logique de sortie de crise. En 2014, elles cherchent des leviers de croissance et consolident leur position sur leurs marchés cibles. On observe ainsi, des deux côtés du Rhin, une résurgence des transactions domestiques de grande, voire de très grande ampleur, en particulier dans les secteurs des énergies, des télécommunications, de la santé et des médias. Du côté allemand, on peut citer à titre d’exemple l’acquisition par l’opérateur hospitalier Fresenius Helios de son concurrent Rhön-Klinikum AG pour plus de 3 milliards d’euros, qui voit la création du plus grand groupe d’hôpitaux et cliniques privés d’Europe. En France, l’opération la plus emblématique est sans doute l’acquisition de SFR par Numericable pour 13,5 milliards d’euros, opération accompagnée par PwC, qui a donné lieu à l’émergence d’un nouveau poids lourd des télécoms, du très haut débit et de la convergence fixe-mobile. Il semblerait, par ailleurs, que ces opérations de grande envergure se poursuivent en 2015 : PwC a par exemple accompagné Lafarge et Holcim dans le cadre de la cession envisagée de plus de 6 milliards d’euros d’actifs, comme annoncé publiquement en janvier 2015.


D’autre part, la baisse de l’euro, ainsi que le regain d’activité aux États-Unis ont provoqué une augmentation significative des acquisitions transfrontalières. L’étude révèle en effet une ouverture accrue des marchés français et allemand aux investisseurs internationaux. En 2014, 39 % des investissements en Allemagne ont été réalisés par des acquéreurs étrangers, ce qui représente 5 points de plus qu’en 2013, contre 25 % pour la France (2 points de plus qu’en 2013).


Les acquisitions d’origine étrangère s’intensifient dans les deux pays, même si elles sont moins nombreuses et progressent moins rapidement en France qu’en Allemagne. Dans ce contexte, on remarque le rôle prépondérant joué par les investissements en provenance des États-Unis, qui sont les investissements étrangers les plus nombreux en Allemagne comme en France. On assiste, en effet, en 2014 à une augmentation de 55 % du nombre de rachats d’entreprises allemandes par des investisseurs américains (183 en 2014 contre 118 en 2013). En France, cette progression est moindre mais s’élève tout de même à 28 % (128 en 2014 contre 100 en 2013). Notons que les acquisitions d’origine britannique contribuent elles aussi de manière significative à la croissance du nombre de transactions transfrontalières, avec une augmentation en volume de 49 % en Allemagne et de 72 % en France.


Le marché des fusions-acquisitions entre la France et l’Allemagne, quant à lui, affiche un nombre d’opérations stable en 2014. La France et son premier partenaire commercial, l’Allemagne, jouissent d’une relation privilégiée et durable. Côté français, 23 entreprises françaises ont été reprises par des entreprises allemandes en 2014, un chiffre identique à celui de 2013, permettant à l’Allemagne de conserver sa place de 4e pays investissant le plus en France en termes de fusions-acquisitions. Côté allemand, 38 entreprises allemandes ont été rachetées par des entreprises françaises, soit 2 de plus qu’en 2013. On note, là encore, la présence de transactions de taille conséquente, notamment l’acquisition par le spécialiste allemand des arômes et parfums Symrise du groupe français Diana, ainsi que l’acquisition en juin 2014 par Henkel du français Spotless, fabricant de produits pour le soin du linge et d’insecticides, deux opérations accompagnées par PwC.
 
Attractivité accrue de l’Allemagne en 2014
 
L’Allemagne bénéficie d’une attractivité forte auprès des investisseurs internationaux, dont les raisons sont pour la plupart structurelles.
Tout d’abord, l’Allemagne jouit actuellement d’une réputation de puissance économique solide. Moteur économique de l’Union européenne, l’Allemagne enregistre en 2014 une croissance de son Produit Intérieur Brut (PIB) de 1,6 %, soit quatre fois supérieure à la croissance française (0,4 %). Portée par un marché de l’emploi dynamique et une augmentation des salaires, la consommation des ménages ne cesse de progresser outre-Rhin. Les exportations du pays croissent également, dopées par la baisse de l’euro, qui compense très largement le manque à gagner représenté par l’embargo russe mis en place cette année sur certains produits allemands. À cela s’ajoute la chute du prix du pétrole, qui permet à l’Allemagne de ménager ses importations. En raison de tous ces facteurs, le pays affiche en 2014 la balance commerciale la plus excédentaire au monde, s’élevant au montant record de 217 milliards d’euros, selon l’Office fédéral de la statistique. Ainsi, la croissance allemande devrait se maintenir et le pays offre de belles perspectives aux investisseurs étrangers.
Ensuite, l’intérêt des acquéreurs français et internationaux pour l’Allemagne s’explique en grande partie par l’attrait de son fameux Mittelstand, ce tissu d’entreprises de taille intermédiaire (entre 50 millions et 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires), particulièrement dense et dynamique. Performantes, ces PME et ETI sont souvent implantées sur des marchés de niche, investissent fortement en recherche et développement, proposent un «made in Germany » synonyme de qualité et contribuent fortement aux exportations allemandes. Souvent familiales et soutenues localement, elles sont traditionnellement proches des banques régionales.


Enfin, l’Allemagne attire pour la qualité de sa main-d’œuvre. Généralement fortement qualifiés et formés régulièrement, les salariés des entreprises allemandes sont aussi largement anglophones, ce qui représente un véritable atout aux yeux des groupes étrangers. L’Allemagne dispose également d’un coût du travail relativement attractif compte tenu du niveau de productivité de sa main-d’œuvre. À noter, toutefois, que l’introduction début 2015 d’un salaire minimum en Allemagne à 8,50 euros de l’heure, jusqu’alors inexistant au niveau national (mais en vigueur dans certaines branches), pourrait avoir un effet sur la dynamique du marché de l’emploi et la compétitivité-prix du pays. Cet effet, difficile à apprécier aujourd’hui, ne sera observable qu’à moyen terme. Au-delà des problématiques de coûts, notons néanmoins que la force distinctive des travailleurs allemands réside aussi dans le rapport constructif qu’ils entretiennent avec la direction et l’actionnariat des entreprises.
 
Le capital-investissement nettement plus dynamique en France
 
La croissance en volume du marché du M&A, observée en 2014 en France, s’explique en partie par le dynamisme retrouvé du capital-investissement (private equity), qui comprend à la fois les opérations avec effet de levier (LBO) et les opérations de capital-développement ou capital-risque (venture capital). Environ 40 % de l’augmentation globale du nombre de transactions en 2014 est en effet due à la croissance des opérations de capital-investissement. En 2014, 571 opérations de capital-investissement ont été réalisées en France (144 de plus qu’en 2013) et 351 en Allemagne (15 de plus qu’en 2013). Cette progression permet à la France de retrouver son niveau de 2012, après une baisse significative en 2013. L’Allemagne, quant à elle, a atteint son niveau d’opérations de capital-investissement le plus élevé depuis 2008. L’avance française sur ce point s’explique avant tout par une réticence traditionnelle des Allemands vis-à-vis du capital-investissement, lui préférant le financement auprès d’établissements de proximité.
La croissance du nombre d’opérations de capital-investissement en 2014 est principalement liée aux opérations de capital-développement et capital-risque, dès lors que les marchés des LBO français et allemand sont restés relativement stables sur la période (1). L’année a tout de même vu la réalisation de quelques opérations de taille de la part des fonds de LBO, notamment liées aux taux d’intérêt bas. En effet, fait plutôt rare ces dernières années, plusieurs transactions ont franchi en 2014 le seuil du milliard d’euros. On pense, par exemple, à la cession pour près de 3,6 milliards d’euros (2) des actifs du télédiffuseur français TDF à un consortium emmené par le fonds canadien PSP. Le contexte d’abondance de liquidités a également permis la finalisation de processus transactionnels initiés en 2013, tels que la vente du distributeur de parfums et cosmétiques Nocibé par le fonds Bridgepoint à son concurrent allemand Douglas pour plus de 500 millions d’euros (3).
 
Sources :
Sauf mention contraire, les données présentées (nombre et valeur de transactions) proviennent de Zephyr et ont été extraites en février 2015.
 
1. Source : Mergermarket.
2. Source : Communiqué de presse TDF du 07/11/2014.
3. Source : « Douglas boucle le rachat de Nocibé pour mieux rivaliser avec Sephora », Les Echos, 26/06/2014.
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