Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

DOSSIERS

Les champions cachés du marché mondial

par René Parmantier
Membre du comité exécutif , Oddo & Cie

Les PME allemandes (le fameux Mittelstand) suscitent à juste titre un vif intérêt dans
le cadre de la reprise d’entreprises et les fusions-acquisitions. Par leur nombre et leur puissance, elles constituent en effet une spécificité importante de l’économie outre-Rhin. Ainsi, elles contribuent à hauteur de 56,6 % à la performance économique globale des entreprises allemandes et contribuent largement aux dépenses des recherche et développement (9,6 milliards d’euros par an pour les seuls entreprises de moins de 500 employés). Mais quel est le secret des PME allemandes ?

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Hermann Simon, professeur d’économie de renommée internationale et expert en management ayant décrypté pendant des décennies le secret des PME allemandes, est à l’origine de l’expression Hidden Champions, aucun pays au monde contenant autant de leaders méconnus du marché mondial que l’Allemagne. Il les définit selon trois critères : l’entreprise doit faire partie du trio de tête mondial sur son segment ou être le numéro 1 sur son continent ; son chiffre d’affaires doit être inférieur à 5 milliards d’euros ; l’entreprise doit bénéficier d’une faible notoriété auprès du grand public.
Parmi les 2 734 champions cachés qu’il a identifiés dans le monde, quasiment la moitié (soit 1 307 entreprises, ou 49 %) proviennent d’Allemagne. Ces entreprises visent avant tout la croissance et le leadership du marché. Leur croissance suit plutôt une évolution continue, sans expansion spectaculaire, affichant une certaine stabilité. Ces caractéristiques sont particulièrement séduisantes pour les investisseurs de long terme.
 
Les investisseurs ont fait face jusqu’à présent à la méfiance historique des PME allemandes vis-à-vis des marchés de capitaux
 
De nombreuses entreprises de taille moyenne restent méfiantes vis-à-vis de l’intervention d’investisseurs extérieurs et des marchés de capitaux en particulier. Jusqu’à présent, les PME osant s’y aventurer constituaient l’exception.
Elles ne souhaitent pas être soumis aux règles de transparence renforcées, s’inquiètent des répercussions des perturbations de cours sur la confiance accordée à leur entreprise, et  craignent aussi de ne plus avoir le contrôle leur entreprise après des décennies de contrôle familial. 
Les perturbations connues sur le « nouveau marché » n’ont rien arrangé. Cet ancien segment des entreprises de croissance de la Bourse allemande a connu un véritable boom au début des années 2000 avant d’être abandonné quelques années plus tard après la crise financière de 2008.
Pour autant, de nombreux facteurs incitent les PME allemandes à regarder de plus près de nouvelles formes de partenariats avec des investisseurs extérieurs : l’évolution des réglementations en matière de financement ; un effet générationnel avec de nombreux sujets de succession au sein des entreprises familiales ; des enjeux spécifiques au secteur énergétique ; un intérêt croissant des investisseurs internationaux pour l’Allemagne.
 
L’émergence de nouveaux modes de financement alternatifs au financement bancaire
 
Pour financer la croissance, il faut des capitaux. Historiquement, les PME couvraient leur besoin en financement essentiellement via des crédits auprès de leur banque principale. Depuis le renforcement des directives sur les fonds propres des banques dans le cadre de l’octroi de crédits selon Bâle III, cette forme de financement recule. Les fonds propres permettent de résister aux crises. Cela vaut pour les banques aussi bien que pour les entreprises. Au cours des six dernières années, les PME allemandes ont consolidé leurs dotations en fonds propres, augmentant leur ratio moyen de fonds propres pour le faire passer de 23,9 % à 27,4 %.
La consolidation de la dotation en fonds propres provient généralement de bénéfices retenus, lesquels manquent ensuite pour les investissements absolument essentiels dans la recherche et le développement, l’internationalisation et les stratégies de croissance dynamiques. Ces modes de financement ne sont pas tenables sur la durée. Tôt ou tard, les entreprises devront se poser la question de savoir si elles ne voudront pas assurer leur besoin de financement par d’autres moyens. Il faut explorer de nouvelles pistes. Des opportunités s’ouvrent donc à de nouvelles formes de financements, de nouveaux investisseurs y compris français.
 
Des problématiques de successions au sein des entreprises à l’actionnariat souvent familial
 
Les PME allemandes vont devoir s’ouvrir davantage, que ce soit aux investisseurs externes ou aux marchés de capitaux. De nombreuses entreprises de taille moyenne devront par ailleurs prévoir un successeur à la tête de l’entreprise au cours des prochaines années. Dans un grand nombre de cas, aucun membre de la famille n’est prêt à reprendre cet héritage trop lourd et trop exigeant.
D’après des estimations de l’IfM (Institut allemand de recherche sur les PME), quelque 135 000 entreprises seront  reprises en Allemagne entre 2014 et 2018 parce que leurs fondateurs seront amenés à quitter l’entreprise, pour la plupart pour des raisons personnelles.
Pour un nombre important de sociétés, l’issue sera soit une introduction en Bourse soit la cession totale ou partielle de l’entreprise à d’autres investisseurs.
 
La transition énergétique en Allemagne ouvre des opportunités d’investissement
 
Il convient d’attirer brièvement l’attention sur la transition énergétique telle qu’elle est conçue en Allemagne. Cette expression correspond à la mutation du bouquet énergétique allemand : abandon de l’énergie nucléaire pour se tourner vers des sources d’énergie renouvelables. Aucun autre pays au monde ne se détourne de l’énergie nucléaire de manière aussi stricte et avec une telle pression en termes de calendrier que l’Allemagne.
Cette orientation transforme l’ensemble de la branche énergétique allemande. De nouvelles constellations voient le jour, de nouveaux projets d’envergure sont entamés, de nouvelles coopérations apparaissent, de nouveaux produits sont développés et demandés. Ce sont autant de possibilités de participations.
Un intérêt croissant des investisseurs internationaux pour le Mittelstand allemand
 
Les investisseurs du monde entier sont à la recherche d’acquisitions d’entreprises et souhaitent ainsi participer au succès économique de l’Allemagne.
Warren Buffett a prouvé en début d’année, cet intérêt croissant. La reprise pour 400 millions d’euros de la société Detlev Louis Motorradvertriebs GmbH, dont le siège social se situe à Hambourg, par la société d’investissement de Buffett, Berkshire Hathaway, est considérée comme déterminante par les spécialistes du marché allemand.
Buffet lui-même, pourtant perçu comme une légende en matière d’investissement, semble y voir davantage de potentiel que ne laisserait supposer le montant, relativement modeste, de l’acquisition par Berkshire Hathaway. Buffet a ainsi déclaré au Financial Times : « Il s’agit d’un petit investissement par rapport aux opérations que nous avons l’habitude de mener, toutefois cela va nous permettre d’ouvrir des portes. J’apprécie cette idée d’avoir décodé l’Allemagne ».
Ce que sous-entend Warren Buffet et que nous constatons également est que beaucoup d’investisseurs procèdent par une approche progressive en Allemagne. À l’avenir, nous nous attendons donc à un intérêt croissant de la part des investisseurs français pour les PME allemandes, mais aussi de la part des PME allemandes pour les investisseurs français sur le long terme, afin d’élargir leur base d’investisseurs fiables.
Cela n’ira pas sans un apprivoisement des cultures et des mentalités respectives. Une fois ces obstacles surmontés, les choses fonctionnent à merveille comme en témoigne notre propre expérience. En effet, Oddo & Cie vient tout juste, en début d’année, de reprendre la banque Seydler implantée à Francfort. La banque Oddo Seydler fournit déjà un exemple de collaboration réussie entre la France et l’Allemagne, fondé sur une connaissance et un respect mutuel profond.
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