Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

DOSSIERS

Le digital : levier de développement des infrastructures

Entretien avec Mathias Burghardt,
membre du Comité exécutif et responsable d’Ardian Infrastructure

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Société d'investissement privé indépendante qui gère et/ou conseille 72 milliards de dollars d'actifs en Europe, en Amérique et en Asie, Ardian dispose d’une activité historique dans les infrastructures, leader européen dans ce domaine.
Actifs tangibles, les infrastructures offrent une visibilité de long terme sur leurs performances financières et offrent un profil rendement-risque attractif. Ardian investit dans les actifs core infrastructures régulés ou non : les réseaux d’énergie, gaz, électricité ou énergies renouvelables, les infrastructures de transport autoroutiers, ferroviaires, aéroportuaires et autres infrastructures de service public comme la santé ou l’environnement.
Investisseur de long terme, l’équipe Infrastructure peut investir jusqu’à 1 milliard d’euros par opération et au-delà en offrant des co-investissements. Les investissements sont concentrés en Europe et suivent une répartition de 80% Brownfield, 20% Greenfield.
L’activité Infrastructure est dirigée par Mathias Burghardt, membre du Comité Exécutif.
La révolution numérique est une thématique sur laquelle Ardian travaille depuis plusieurs années déjà. « Nous avons commencé à regarder ces sujets pour l’activité Infrastructure puis nous avons élargi à l’ensemble de nos activités, dans une optique de gestion de nos investissements. L’idée était de mesurer l’impact - positif et négatif – du digital sur le développement des sociétés dans lesquelles nous investissons. Ensuite, nous avons souhaité comprendre la façon dont la technologie allait impacter notre activité en tant que gérants », explique Mathias Burghardt.
Aujourd’hui, le constat est clair : le digital a profondément impacté de nombreux segments de l’économie, y compris les infrastructures. « Par exemple, dans l’activité parkings, les nouvelles applications digitales permettent un accès direct aux clients. Ainsi pouvons-nous avoir une démarche proactive, connaître les clients et leur proposer de nouveaux services ».
« Dans les infrastructures, comme dans les autres domaines, le digital a un impact sur les coûts et sur les investissements. Par exemple, grâce aux technologies numériques, les acteurs sont aujourd’hui capables de réaliser une maintenance prédictive des infrastructures. Autrement dit, il est possible de connaître le moment optimal pour réaliser la maintenance et non pas suivre une grille d’entretien tous les 5 ans. Ainsi, les entreprises peuvent intervenir de manière beaucoup plus précise, monitorer l’usure de leurs infrastructures et réaliser des opérations de maintenance de manière beaucoup plus sécurisée et plus efficace. »
« Impacté par les nouvelles technologies, le business model des entreprises a évolué ces dernières années », constate Mathias Burghardt. Selon lui, plusieurs outils disruptifs sont aujourd’hui à disposition. « Nous avons une activité de veille. Nous sommes en contact avec l’écosystème des start-up, des incubateurs pour connaître les développements susceptibles de bénéficier à nos sociétés. Nous organisons systématiquement des rencontres lors desquelles nous présentons aux CEO de nos sociétés des start-up qui sont en mesure de les aider », développe le responsable de l’activité Infrastructure d’Ardian.
« Lors de ces rencontres, nous pouvons réunir des sociétés actives dans le même secteur ou bien qui ont des problématiques similaires pour réfléchir aux évolutions au sein de leurs métiers. Dans un deuxième temps, nous leurs présentons des start-up qui sont de nature à améliorer leurs services… Par exemple, nous pouvons leur présenter une start-up capable de mettre en place un chatbot, permettant un dialogue permanent entre les usagers et les opérateurs autoroutiers ou aéroportuaires », explique Mathias Burghardt.
La société Indigo (ex-Vinci Park), acquise par Ardian en 2014, a lancé une nouvelle offre de stationnement digitalisée au travers d’OPnGO. Cette offre permet à la société non seulement d’attirer des clients dans les parkings Indigo mais également de faire en sorte que des pakings privés confient leur gestion à Indigo. « Ainsi, pouvons-nous améliorer le business model de nos sociétés. Aujourd’hui, notre rôle n’est pas uniquement financier. Nous accompagnons les différents managements dans la réflexion stratégique sur leur métier au travers du digital… Ils connaissent parfaitement bien leur métier mais certains sont moins familiers que d’autres avec les technologies digitales… Pour les aider, on réunit les CEO des entreprises pour une séance de réflexion, de « brain storming » sur la façon dont leur métier peut être impacté par les technologies digitales ».
Ardian a lancé une étude conjointe avec la société Fabernovel intitulée « L’infrastructure augmentée ». Cette étude doit répondre à une simple question : Comment définir et évaluer les infrastructures dans ce nouvel environnement digital ? A titre d’exemple, la ville de Versailles a signé un partenariat avec Waze pour développer une application de navigation et de trafic pour smartphones afin de mieux informer les usagers de l’état des routes en fonction des travaux etc., programmer des interventions pour que l’impact sur le trafic soit le moins dense possible ... « C’est un changement complet de modèle : la technologie augmente la capacité des infrastructures », estime notre interlocuteur. Selon lui, « les nouvelles technologies vont permettre de mieux utiliser les infrastructures existantes, de les mutualiser ».
« Aujourd’hui, un aéroport peut - au lieu de construire un nouveau terminal - optimiser les flux de passagers pour être capable, avec le même nombre de mètres carrés, de servir plus efficacement les passagers », poursuit Mathias Burghardt. « Les nouvelles technologies offrent davantage de sécurité et ce avec moins de moyens humains et d’infrastructures ».
L’importance du digital est aujourd’hui perceptible non seulement dans la gestion des participations mais aussi au moment de l’investissement.
« Avant de réaliser un investissement, nous faisons une première analyse permettant de savoir si l’investissement en question est susceptible d’être impacté par les technologies numériques. Une fois l’opération finalisée, notre rôle consiste à déployer une stratégie digitale au sein de l’entreprise ».
Chez Ardian, Mathias Burghardt préside un « think tank » destiné à nourrir la réflexion sur l’impact des technologies digitales sur l’industrie du private equity, notamment sur l’activité de levées de fonds. « Les plates-formes en ligne sont de nature à favoriser une désintermédiation du rapport entre les gérants et les investisseurs finaux… Nous pensons qu’à terme l’épargne d’individus représentera une part très importante des fonds levés. Nous réfléchissons à la façon de se positionner par rapport à cette évolution prévisible de nos métiers », commente le patron de l’activité infra.
L’activité d’investissement est segmentée en deux grands secteurs : celui des transports et celui de l’énergie. « Dans le secteur des transports figurent les aéroports. Jusqu’en avril 2018, Ardian était actionnaire de référence de l’aéroport de Londres Luton, cinquième aéroport britannique en termes de nombre de passagers, cédé à AMP Capital, la société de gestion internationale spécialiste de l’investissement dans les actifs réels. Ardian Infrastructure a acquis 49 % de LLA en 2013. Ardian et Aena, l’un des plus importants gérants d’infrastructures aéroportuaires au monde, ont investi plus 160 millions de livres sterling dans le développement de l’aéroport. Cette stratégie a conduit à une profonde transformation ainsi qu’à une augmentation du nombre de passagers, passant de 9,7 millions en 2013 à 15,8 millions en 2017, et faisant de Londres Luton l’un des aéroports en plus forte croissance du Royaume-Uni.
« Nous avons joué un rôle important dans le développement de l’aéroport de Luton. Nous avons mis en place une politique commerciale extrêmement efficace en partenariat avec des compagnies aériennes pour développer de nouvelles lignes à partir de l’aéroport de Luton », commente Mathias Burghardt.
Ardian est également actionnaire de l’Aéroport de Milan (via le holding 2i Aeroporti) qui a connu un changement brutal il y a quelques années avec la disparition du hub d’Alitalia. « Nous avons aidé cet aéroport dans la gestion de sa politique commerciale avec les compagnies aériennes, ce qui lui a permis de proposer de nouvelles lignes », note le responsable de l’activité Infrastructure d’Ardian.
Le fonds est également très présent dans le secteur autoroutier. Ardian est actionnaire du deuxième réseau autoroutier au Portugal. Récemment, Ardian a acquis les parts d’Ascendi Group dans Ascendi PT II, la joint-venture des autoroutes portugaises.
Ascendi PT II, le partenariat entre Ardian Infrastructure et Ascendi Group, a été créé en juin 2015. Il détient et opère cinq autoroutes dans le Nord du Portugal et dans la région de Lisbonne.  Dans le cadre de cette transaction, Ardian Infrastructure a pris le contrôle des cinq actifs jusqu’alors détenus conjointement, ainsi que deux routes à péages supplémentaires, appartenant à Ascendi.
Enfin, comme mentionné plus haut, Ardian est présent dans le secteur des parkings au travers de la société Indigo.
Quant au secteur de l’énergie, « nous sommes présents dans les énergies renouvelables avec des centrales éoliennes, solaires, biomasse, etc … partout dans le monde », indique Mathias Burghardt.
Enfin, « nous avons historiquement une présence forte dans les réseaux de transmission et de distribution d’électricité et de gaz en Europe ». Ardian est également un acteur important du stockage et de la logistique pétrolière, avec des activités en Espagne, en France, aux Etats-Unis et aux Pays-Bas.
L’infrastructure est une activité d’investissement sur le long terme (10-15 ans).
Cependant, dans certains cas, les cessions interviennent plus rapidement. « Par exemple, dans le cas de l’Aéroport de Luton, nous avons réalisé notre business plan en 5 ans. Nous avons été très performants et très efficaces dans la mise en place de cette stratégie ensemble avec le management. Nous avons considéré qu’il était temps de vendre car, dans le cas contraire, nous devrions rentrer dans un nouveau cycle long », commente notre interlocuteur.
Aujourd’hui, Ardian est en train de terminer d’investir son fonds lancé en 2015, Ardian Infrastructure 4. L’année dernière, Ardian a levé 800 millions de dollars pour son premier fonds d’infrastructure américain dédié aux États-Unis et aux autres pays du continent américain membres de l'OCDE. « Ce fonds a été levé en 6 mois seulement. Son objectif initial était de 500 millions de dollars », rappelle Mathias Burghardt.
La société a annoncé l'établissement d'un partenariat avec Transatlantic Power Holdings (TPH) en vue de créer une plateforme dédiée aux énergies renouvelables, Skyline Renewables, qui a réalisé sa première acquisition avec Whirlwind, un projet éolien de 60 MW au Texas. Ardian a également communiqué sur l’acquisition de LBC Tank Terminals, un leader d’installations de stockage de produits pétrochimiques avec une présence significative aux États-Unis.
Depuis 2005, Ardian Infra a réalisé 33 investissements, avec une équipe de 40 professionnels. Actuellement, Ardian Infra a 16 actifs en portefeuille (9 milliards de dollars d’actifs gérés ou conseillés).
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