Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

DOSSIERS

La RSE, un sujet d’avenir pour la profession dans son ensemble

Entretien avec Candice Brenet,
Responsable RSE et Investissement Responsable,
Ardian

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Ce sont des sujets qui lui tiennent à cœur et elle a plein d’idées pour les développer chez Ardian et au sein des entreprises dont Ardian est actionnaire. Ce sont des sujets « humains » dans un métier à forte composante financière, celui du capital-investissement.
Candice Brenet commence sa carrière en 2000 à la Société Générale, dans une filiale de gestion alternative, après une formation généraliste à Sciences Po (section Ecofi) et une spécialisation en Finance aux Pays Bas. Lorsqu’elle est lycéenne, les sujets d’investissement dans les entreprises, de l’emploi, l’intéressent déjà mais elle n’en fait son choix de carrière qu’après avoir découvert l’économie et la finance à Sciences Po. « L’économie et la finance sont des outils au service de la société, certes mal utilisés dans certains cas, mais cela ne remet pas en cause le principe. Ces disciplines fournissent une grille de lecture du monde actuel extrêmement pertinente et riche. Lorsqu’on les étudie, on touche à de nombreuses sciences humaines qui les entourent », estime Candice Brenet.
Au sein de la Société Générale, elle travaille d’abord dans des métiers techniques de contrôle financier et de valorisation. Puis, elle prend la direction du marketing et de la communication.
En 2008, Candice Brenet intègre Ardian, à l’époque AXA Private Equity, « pour structurer le marketing produit et le service client au sein de l’équipe Relations Investisseurs ». Elle découvre ainsi une autre classe d’actifs en passant des hedge funds à l’investissement long terme dans les entreprises.
« Dans les métiers du private equity, la finalité de la finance est concrète et directe. L’idée de rejoindre une entreprise dont le métier consiste à accompagner des entrepreneurs ayant un projet de développement m’a plu… Chez Ardian, on travaille toujours de concert avec le management des entreprises. Nous sommes dans une démarche de co-construction », souligne notre interlocutrice.
En 2008, lorsque Candice Brenet rejoint Ardian, Dominique Senequier – Présidente de la société –  « ouvre une réflexion sur l’investissement responsable et l’engagement sociétal » d’Ardian. « C’est un consensus au sein de la maison : chez Ardian, on considère que redistribuer une partie de la plus-value réalisée à l’ensemble des collaborateurs de l’entreprise lors de sa cession est un juste retour des choses à l’engagement de tous les salariés dans la réussite du projet de l’entreprise. Dominique Senequier fait naître cette idée… puis décide d’élargir la réflexion à d’autres problématiques extra-financières. Pour Ardian, il est essentiel d’être un investisseur responsable et, pour cela, de prendre des engagements formels et de se doter d’un plan ambitieux pour améliorer ses démarches d’ordre éthique. Nous travaillons aux côtés des entreprises pour améliorer leur impact sur la société, sur l’environnement et le social notamment. La création d’emplois, l’amélioration des conditions de travail, de la santé des collaborateurs, de la protection sociale, etc., sont aussi des sujets sur lesquels nous travaillons. Nous avons une multitude de domaines à traiter », développe Candice Brenet.
Ainsi, en 2008-2009, Ardian démarre son programme d’investissement responsable avec une première campagne de revue extra-financière de certaines entreprises en portefeuille. Certes, petit à petit, ce sujet prend beaucoup d’ampleur au sein des fonds de private equity « car il y a des enjeux de création de valeur importants », mais Ardian a toujours été « en avance ». « Cette culture est présente chez Ardian depuis longtemps », insiste Candice Brenet.
Selon elle, c’est Dominique Senequier qui a joué le rôle de moteur dans le développement d’Ardian sur les sujets d’investissement responsable. « Elle a apporté un grand soutien à l’initiative, tout comme Philippe Poletti, qui nous a permis de faire des activités Mid Cap un « laboratoire » pour nos premières revues extra-financières. Et puisqu’il s’agit de l’activité historique d’Ardian, cette démarche a naturellement entrainé d’autres équipes ».
En 2008, Ardian se dote d’une charte interne qui encadre le système de redistribution. « Depuis, nous avons redistribué près de 20 millions d’euros à plus de 8.400 collaborateurs dans les entreprises cédées par Ardian », précise notre interlocutrice. C’est une pratique extrêmement fréquente au sein de la maison. « Lorsqu’Ardian entre au capital, les chefs d’entreprise savent que l’on pratique le partage de la plus-value. Pour autant, rien n’est contractualisé à notre entrée. La décision est prise au cas par cas, à la sortie, en fonction des performances et en accord avec le management ».
Récemment, Ardian a partagé les plus-values de l’entreprise avec les salariés de la société Anios qui fabrique des solutions de désinfection.
Cette redistribution peut se faire dans des sociétés de toute taille et sur toutes les zones géographiques, en France mais aussi à l’étranger.
« Ce mécanisme illustre bien la manière dont nous souhaitons travailler, en partenariat avec les entreprises. Nous considérons que notre succès n’est pas indépendant. Il est intimement lié à celui de l’entreprise, à sa compétitivité dans le temps », souligne Candice Brenet.
Cette démarche s’inscrit donc dans la durée. La pérennité d’un fonds dépend de sa capacité à générer un impact positif sur les entreprises, ce qui explique l’importance des sujets d’investissement responsable pour cette profession, encore relativement jeune.
« Dans ce domaine, l’AFIC a une volonté forte de participer à la maturation, à la professionnalisation de l’industrie en faisant promotion des meilleurs standards en termes extra-financiers. Nous sommes un certain nombre à penser qu’il est dans notre intérêt de travailler aux côtés des entreprises pour les développer de manière saine et durable. »
« Chez Ardian, nous avons fait beaucoup de choses pour donner aux équipes les moyens de bien appréhender les sujets extra-financiers. Aujourd’hui, nos équipes ont un dialogue constructif avec les managers. Nous faisons un important travail d’accompagnement des entreprises en particulier avec des revues annuelles ESG qui sont devenues systématiques. Tous les ans, nous faisons appel à des consultants experts dans ce domaine pour faire le point sur la situation des entreprises analysées. Cette démarche nous permet de définir des objectifs de progression individuels et de mettre en œuvre un plan d’actions personnalisé pour chacune d’entre elles », explique Candice Brenet.
Ardian est aujourd’hui en mesure de montrer le lien existant entre le bénéfice de certaines de ces initiatives sur l’environnement, le social, la gouvernance et le bénéfice sur la rentabilité des entreprises. « Grâce à plusieurs années d’expérience dans de nombreuses entreprises, nous avons pu observer que des programmes de formation et des actions pour la santé et la sécurité des collaborateurs, qui ont permis d’abaisser le taux de fréquence des accidents et leur gravité ou de réduire l’absentéisme, ont aussi eu un impact sur la rentabilité. Par exemple, chez Novacap, société de chimie que nous avons cédée l’année dernière, le taux de fréquence d’accidents a été réduit de 75% en 4 ans (lors de notre période de détention). Précisons que sur la même période, l’entreprise a triplé de taille en passant de 500 à 1.600 salariés. Avec nos conseils, nous avons évalué qu’une telle baisse représente un gain de 500.000 euros d’EBITDA par an », confie notre interlocutrice.
Les exemples chiffrés comme celui-ci sont très parlants et permettent de voir que « la RSE n’est pas un simple sujet administratif qui se limite à de bonnes intentions. Les améliorations pour les salariés au sein de l’entreprise sont également bénéfiques pour les actionnaires. C’est pour cela que c’est à ce point un sujet d’avenir pour toute la profession. Aujourd’hui, des méthodologies sont en train de se développer même si certains aspects resteront difficiles à chiffrer… Heureusement d’ailleurs, car certaines choses ne se mettent pas en équation … ».
L’exemple de Diana Ingrédients, qui intervient dans le domaine des ingrédients pour l’industrie agroalimentaire, est aussi très parlant. Ardian a été actionnaire de cette entreprise durant sept ans, de 2007 à 2014. « En 2008, Diana a fait partie de la première campagne de revue extra-financière que nous avons réalisée avec nos conseils. Ce diagnostic nous a permis de développer un plan d’action à l’échelle de l’entreprise, dans toutes ses filiales, sur les sujets de santé et de sécurité. Le management a vite compris que les sujets extra-financiers ne devaient pas être vécus comme une contrainte mais plutôt comme une opportunité d’améliorations pour l’entreprise. Ce chantier a été mené en impliquant tout le management. Dès qu’un accident se produisait, le CEO était immédiatement alerté. Nous avons organisé des visites de sites sur tous les continents, des formations à tous les niveaux du management. A la suite à ces démarches, nous avons pu constater une baisse de fréquence des accidents d’au moins 13% par an pendant 5 ans. L’absentéisme a également été réduit. Lorsque nous avons dressé le bilan de ces efforts, la DRH nous a fait savoir que le diagnostic ESG (Environnement, Social et Gouvernance) avait permis non seulement d’améliorer les conditions de travail des salariés mais aussi de générer de la cohésion entre les équipes dans l’entreprise. Au moment même où Diana connaissait un déploiement international très rapide, une culture d’entreprise commune était justement un enjeu important de réussite. L’exemple de Diana démontre que l’actionnaire peut jouer un rôle important pour lancer une dynamique qui va se traduire de façon concrète au sein de l’entreprise », estime Candice Brenet.
« Avec l’aide de nos cabinets de conseils, nous définissons les sujets prioritaires - 3 à 5 sujets, pas plus - sur lesquels nous allons nous concentrer. Sinon, on risque de se disperser, de ne pas avoir les résultats attendus et, au bout du compte, de décourager les entreprises », note notre interlocutrice.
Ardian n’est pas un « sleeping partner ». Lorsque le fonds entre au capital, « il partage un plan de développement stratégique avec le management. Il ne s’agit pas non plus de s’immiscer dans la gestion au quotidien. D’une façon générale, les équipes de management sont de grande qualité (c’est aussi l’un de nos critères d’investissement) ».
Lorsqu’il s’agit d’un co-investissement, Ardian aborde les sujets de la RSE différemment.
« Lorsque nous n’avons pas d’accès direct au management, ces sujets sont traités en interaction avec le « lead sponsor », d’où l’importance de s’assurer - au moment de l’investissement - que le GP en lead sur l’opération est en phase avec notre politique d’investissement responsable et de comprendre en amont la manière dont il intègre les facteurs extra-financiers à son processus d’investissement ».
Aujourd’hui, Ardian est actionnaire de plus de 150 entreprises au travers de 6 équipes :
• Ardian Croissance se positionne sur l’accompagnement de PME dont l’EV est comprise entre 5 et 30 millions d’euros.
• Ardian Expansion intervient sur les entreprises dont la valorisation est comprise entre 50 et 200 millions d’euros.
• l’équipe Mid Cap Buyout vise les sociétés valorisées entre 200 millions et 1,5 milliard d’euros.
• l’équipe Co-investissement intervient sur le segment du mid large cap en tant qu’investisseur minoritaire.
• l’équipe North America Direct buyouts investit sur le segment Mid Cap aux Etats-Unis.
• enfin, l’équipe Real Estate, créée en 2016, se concentre sur le marché immobilier non résidentiel européen, avec une équipe multi-locale.
Au total, Ardian compte 450 collaborateurs dont 150 professionnels d’investissements.
Au mois de mai dernier, Candice Brenet est devenue présidente de la Commission ESG à l’AFIC.
« L’AFIC s’est positionnée assez tôt sur les sujets extra-financiers. Le Club de Développement Durable a été créé en 2009, avant de devenir Commission ESG en 2013. Très active, cette Commission compte plus d’une trentaine de sociétés de gestion qui y participent de manière régulière. Nous avons plusieurs groupes de travail. L’ambition de la Commission consiste à promouvoir les pratiques d’investissement responsable, faire en sorte que notre métier d’investisseur se traduise positivement dans son impact sur l’environnement, sur la société… L’AFIC organise des formations, des petits déjeuners thématiques, une conférence annuelle ESG et édite un Livre blanc, un vrai outil pour les sociétés de gestion qui ne se sont pas encore initiées aux aspects extra-financiers, un guide permettant de voir des cas concrets, l’expérience des confrères. »
« Nous nous sommes aussi mobilisés pour le climat au moment de la COP 21, notamment avec l’initiative Carbone 2020. A l’époque, nous étions 5 fonds à prendre l’engagement à horizon 2020 de mettre en place de manière systématique la mesure des émissions carbone de nos participations majoritaires (émissions directes et indirectes). Aujourd’hui, nous avons réussi à fédérer plus d’une quinzaine de signataires au sein de la profession. Nous continuerons… », insiste Candice Brenet.
Et la gestion du temps dans tout ça ? Comment conjuguer toutes ces activités avec une vie de famille et le fait d’élever deux enfants, âgés de 10 et 6 ans ? « C’est acrobatique mais j’ai beaucoup d’autonomie. Ardian fait confiance aux professionnels qui composent ses équipes : on les responsabilise, à eux de s’organiser… Aujourd’hui, nous avons des outils informatiques qui nous aident », explique Candice Brenet.
« C’est difficile pour tout parent qui travaille, indépendamment du métier. Il y a toujours une frustration quelque part », ajoute-t-elle. « Les jeunes femmes qui décident d’avoir des enfants ont peur de ne pas savoir faire en ayant plus de contraintes et moins de temps. Je pense qu’elles sous-estiment leur créativité et je leur dis qu’elles y arriveront, à condition d’être très organisées et bien épaulées, en particulier par le conjoint. »
Le fait d’aimer son métier est très important et permet d’avancer.
« Chez Ardian, nous avons une période de collaboration avec les entreprises suffisamment importante pour mettre en place des plans d’action et en voir les résultats. C’est très gratifiant. C’est un élément de motivation de nos équipes », conclut Candice Brenet.
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