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La HealthTech, un sujet cher à Bpifrance

par Marina Guérassimova

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La 17ème édition du Totem - un événement phare de Bpifrance organisé par Bpifrance le Hub - s’est déroulée le 30 mai dernier. Le sujet de la soirée fut la HealthTech (MedTech, e-santé et Biotech), un sujet cher à Bpifrance qui a récemment lancé un programme d’accompagnement de start-up dans ce domaine. La conférence a été suivie d’un show-room de l’innovation, avec 8 start-up invitées pour présenter leurs solutions.
Les partenaires de Bpifrance pour cet événement furent Roche et l’Association WITH (Women Innovating Together in Healthcare).
« En ce qui concerne l’action de Bpifrance dans ce domaine, en 2017, nous avons financé des projets de santé autour de 200 millions d’euros. Bpifrance a aussi injecté 100 millions d’investissements dans ce secteur. Nous avons également créé de nouvelles initiatives. En 2018, nous avons créé le programme HealthTech au sein du Hub. Ce programme est dédié à l’accompagnement de start-up de santé et à leur croissance. L’association WITH et Bpifrance ont également créé un événement appelé Vive la Biotech, en partenariat avec Sanofi, à San Francisco, au cours de la JP Morgan Healthcare Conference, en janvier, afin de valoriser la biotech française. Nous avons également créé un fonds dédié à la santé digitale : Fonds Patient Autonome. Toutes ces actions et initiatives de Bpifrance et de tous les acteurs du système ont permis de soutenir une dynamique très positive. Les HealthTech françaises peuvent générer plus de 40 milliards d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2030. En cinq ans, elles ont levé 5 milliards d’euros. Tout ceci grâce à un terrain fertile qui est l’excellence scientifique de la France et la culture de l’interdisciplinarité. Grâce à cela, nous avons vu naître des leaders mondiaux comme DBV et Cellectis qui font partie des 4 licornes françaises, avec BlaBlaCar et Criteo… Aujourd’hui, la France a clairement sa place dans la transformation du modèle de l’industrie de la santé », estime Marion Cassiau, Directrice du Programme d’Accélération HealthTech, Bpifrance le Hub. 
« La convergence, le décloisonnement des différents secteurs de la santé, on les retrouve dans la myriade de projets qui transforment actuellement notre industrie. Un des marqueurs les plus importants de la convergence des technologies c’est l’intérêt que portent las GAFA à ce secteur… Les enjeux sont liés à la valeur ajoutée de toutes ces technologies pour le patient, à l’adoption de ces technologies par les praticiens. De nombreux enjeux réglementaires, de protection des données et aussi des enjeux éthiques et philosophiques sont liés à la notion d’humain augmenté », constate Marion Cassiau. Son discours a été suivi par la présentation des travaux du Pr Newton Howard, Director of the MIT Synthetic Intelligence Lab & Professor of Computational Neurology and Functional Neurosurgery at the University of Oxford, fondateur de la start-up ni2o. Il a mené des études permettant d’intégrer la technologie au plus près de l’homme, et plus précisément dans son cerveau. Le professeur Howard travaille sur un implant cérébral permettant de repousser les limites des facultés cognitives de l’homme. « Our solution and our goal is to restore the human dignity », souligne-t-il.
L’un des principaux sujets de la soirée fur la collaboration entre les big pharma et les HealthTech. Le discours du Pr Howard a été suivi par la présentation du projet de co-développement entre un grand groupe et une start-up. Bpifrance a accueilli David Guez, Managing Director de We Health by Servier, le département e-santé de Servier où le groupe développe des dispositifs médicaux innovants. A ses côtés, Pierre-Yves Frouin, le CEO de BioSerenity qui développe des vêtements intelligents et connectés qui permettent de surveiller avec plus d’efficacité les patients épileptiques. Il s’agit d’un cas concret de collaboration pharma / medtech, d’un partenariat qui a permis le co-développement de cardioskin, un tee-shirt connecté permettant de surveiller l’activité cardiaque en continu, de détecter les anomalies et de transmettre les données en temps réel.
Quels sont les enjeux respectifs des deux entreprises qui travaillent ensemble depuis trois ans ? Selon David Guez, ce type de partenariat « permet de rendre la médecine plus efficace et diminuer les coûts de santé ».
« Ce partenariat nous a apporté une expertise dans un nouveau domaine. A sa création, notre société s’est développée dans le domaine de l’épilepsie. Avec Servier, nous avons la possibilité de s’étendre au domaine cardio-vasculaire. Puis la force de frappe d’un gros laboratoire est beaucoup plus conséquente que ce que l’on pouvait rêver atteindre en tant que petite start-up qui venait de démarrer. Enfin, ce partenariat nous ouvrait la possibilité d’apporter non seulement une solution au diagnostic mais aussi une solution thérapeutique », commente Pierre-Yves Frouin.
Selon lui, « le principal défi consistait à faire dialoguer les deux équipes qui n’ont pas forcement la même culture de travail, que ça soit à cause de la taille d’entreprise ou du domaine d’intervention. Il a fallu apprendre à se connaître. Pour cela, nous avons mélangé des équipes… Je pense que les collaborations de ce type seront amenées à se multiplier ».
Un autre sujet majeur de la conférence fut l’intelligence artificielle et les questions qu’elle soulève. François-Henri Boissel, CEO de NovaDiscovery, qui intervient dans la modélisation et la simulation informatique pour prédire l’efficacité de traitements médicaux, a abordé ce thème avec Olivier Clatz, CEO & co-fondateur de Therapixel, société spécialisée dans l’imagerie médicale intégrant l’IA pour le dépistage du cancer du sein, et avec Jean-Sébastien Hulot, Cardiologue, APHP.
Cette table ronde a été suivie par le trio Alexia Pérouse, CEO d’Ibionext, un start-up studio biotech et un fonds d’investissement lancé en 2016, Chahra Louafi, directrice du Fonds Patient Autonome de Bpifrance, qui se positionne sur les sociétés très jeunes (early stage), et Philippe Peltier, Partner au sein de Kurma Partners, un acteur majeur en Europe du financement de la santé et des biotech, qui intervient également très en amont dans les projets.
« Ibionext se focalise sur l’innovation de rupture. Pour cela, on s’intéresse à des pans de recherche qui étaient sous-exploités ou tout simplement sont en train d’émerger », précise Alexia Pérouse.
Jean-Frédéric Petit-Nivard, Responsable Innovation au sein de Roche France, et Mehdi Benchoufi, Chef de clinique à l’Hôpital Hôtel Dieu, sont intervenus sur le sujet de l’open science et de l’open data. « Ce sujet nous anime depuis près de trois ans », commente Jean-Frédéric Petit-Nivard.
« Il nous paraît fondamental dans la culture scientifique aujourd’hui », poursuit Mehdi Benchoufi.
« En 2015, nous avons fait trois constats : il y a de plus en plus d’open data ; les technologies qui permettent de traiter ces masses de données sont de plus en plus matures et la plupart sont open source, puis on voit de plus en plus de projets d’open science qui se lancent un peu partout, surtout aux Etats-Unis, mais pas beaucoup en Europe. Nous avons souhaité initier la démarche en France et lancer un challenge sur l’open data en utilisant l’intelligence collective … pour faire avancer les connaissances sur le cancer », explique le Responsable Innovation de Roche France.
« Le sujet a été orienté autour de l’épidémiologie du cancer. C’est un sujet vaste qui concerne beaucoup de personnes. Ensemble, nous avons pu produire des outils qui peuvent aujourd’hui être directement utiles à la recherche médicale », ajoute Mehdi Benchoufi.
« A force d’interagir avec des gens dont c’est le métier, les médecins qui n’ont pas forcement de connaissances sur l’intelligence artificielle, le machine learning, se familiarisent avec ces notions et sont capables de nourrir les réflexions des data scientists sur les sujets à plus forte valeur ajoutée. Après 3 ans de travail, nous avons les premiers résultats. C’est encourageant », explique Jean-Frédéric Petit-Nivard.
Cette table ronde a été suivie par l’intervention de Maria Peirera, CIO (Chief Innovation Officer) de la start-up parisienne Gecko Biomedical, spécialisée dans les biopolymères chirurgicaux adhésifs, de Fred Marin, co-fondateur & CEO d’OP2 Drugs, une jeune biotech active sur le marché de la cardioprotection, et de Patricia Zilliox, CEO d’Eyevensys, une biotech spécialisée dans le développement de sa plateforme EyeCET, première technologie non virale permettant la production intraoculaire de protéines thérapeutiques pour le traitement de maladies oculaires.
En guise de conclusion, rappelons-nous que dans ce domaine, la relation humaine reste primordiale. La relation entre le patient et son médecin doit rester la problématique centrale.
Loïc Etienne, Président de Medical Intelligence Services Medvir (dispositif d’accompagnement intelligent la relation médecin / patient) a conclu cette soirée en constatant un « retard éthique » dans le domaine de la HealthTech. « Je propose trois principes : la relation médecin / patient est un sanctuaire inviolable ; toute machine intelligente doit rester contrôlable par l’homme ; toute machine intelligente devenue consciente d’elle-même et contrevenant aux deux principes précédents doit être détruite. Nous allons à grands pas vers la médecine 4.0. Les lois du citoyen numérique sont à prévoir. Quant aux études de médecine, il faut tout remettre à plat et tout recommencer… La création de chartes éthiques permettra de respecter la relation médecin / patient et d’éviter les dérives »
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