Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

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La French Tech : smid is beautiful

par Octavius Mihaies,
Managing Partner,
Clearwater International

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Depuis plusieurs années, le secteur de la « Tech » connaît une croissance sans précédent avec un champ d’application des technologies développées de plus en plus vaste : cloud, cyber sécurité, intelligence artificielle, e-santé, robotique, Internet des objets, etc… Les montants investis dans des sociétés de la French Tech ont ainsi augmenté de 49% en 2017 (Source : CBinsights). En parallèle, les acteurs industriels sont de plus en plus actifs en acquisition de sociétés de « Tech », qu’ils soient français et internationaux. Ainsi, 245 entreprises de la « French Tech » ont fait l’objet d’une acquisition industrielle en 2017, soit une hausse de 16% par rapport à l’année 2016.
Ceci créé un environnement d’investissement de plus en plus pertinent pour les fonds de mid-market, également du fait des leviers de croissance et de la rentabilité élevés intrinsèques à ces sociétés de Tech plus matures :  bienvenue dans l’ère de la « Smid Tech ».
Avec l’abondance de liquidités sur les marchés financiers, les acteurs du private equity disposent d’une importante capacité financière à mettre en œuvre. Ainsi, en 2018, les fonds européens disposent d’un capital à investir record de plus de 190 milliards d’euros.
La « Tech » offre à ces investisseurs un écosystème diversifié bénéficiant d’un historique et d’un potentiel de croissance important. Le chiffre d’affaires du secteur du software en France a par exemple progressé de près de 4% en 2017 pour s’établir à 51,4 milliards d’euros. Au sein du secteur des logiciels, le segment du SaaS (Software as a Service) connait une croissance annuelle autour de 20% (Source : Le Big Data), une tendance qui devait continuer à moyen terme. L’e-commerce a cru de plus de 14% au 2ème semestre 2018, avec une croissance de 20% du nombre de transactions (Source : FEVAD). En parallèle, le secteur de la publicité digitale a, quant à lui, connu une croissance de 12% en 2017 (Source : Observatoire de l’e-pub).
Cette effervescence des différents secteurs de la « Tech » se traduit aussi par une activité transactionnelle qui est également en croissance continue : au niveau mondial, le nombre de deals Tech a augmenté de 9% par an depuis 2012 (BCG).
Les investisseurs se tournent en effet naturellement vers le secteur de la « Tech » car il représente un potentiel de retour sur investissement important. D’après une étude récente du BCG, le TRI moyen des opérations de LBO primaires pour les entreprises de software est estimé à 30%. Cette étude souligne également que 8% des acquisitions réalisées par les fonds d’investissement sont portées sur le secteur de la « Tech » en 2016, un chiffre en constante augmentation (en 2016, ce type d’opération ne représentait que 6%) mais qui représente encore un réservoir de croissance important, au fur et à mesure que les sociétés de Tech gagnent en maturité. Si les fonds ciblant les entreprises de Tech investissent encore majoritairement dans des sociétés qui sont jeunes (en France, 46% des transactions dans la « Tech » en 2017 concernaient des entreprises de moins de 15 ans d’existence) et sur des tailles de transactions qui restent encore petites (80% du volume des opérations « Tech » concernent des valorisations inférieures à 100 millions de dollars d’après le BCG), les opérations de mid-market flagship commencent à se multiplier. Parmi les opérations de plus en plus visibles :  l’acquisition par Tikehau de la participation de Keensight dans Oodrive, éditeur de logiciel en mode SaaS, l’acquisition par Qualium de Labelium, un acteur phare du marketing digital, auprès de Keensight et d’ISAI. Dans le secteur de l’e-commerce, Florac a récemment acquis auprès d’Ardian Bricoprivé.com, le site leader de ventes privées dédiées au bricolage, jardinage et aménagement de la maison à destination des particuliers qui est passé de 20 millions d’euros de volume d’affaires en 2016 à près de 100 millions d’euros. Dans le secteur des logiciels financiers, Cathay Capital a par exemple récemment acquis la participation de BlackFin dans Neoxam, fournisseur de solutions de data management et de gestion des transactions à destination des institutions financières, qui a combiné croissance annuelle organique du CA supérieure à 15% et plusieurs acquisitions stratégiques.
A noter que les entreprises de software peuvent être valorisées à plus de 12,5x l'EBITDA.
La « Tech » offre ainsi de belles opportunités d’hyper-croissance en menant à bien des stratégies de build-up dans des secteurs en très forte croissance organique. Ainsi, dans le domaine des logiciels de cybersécurité, Permira a récemment acquis Exclusive Networks auprès de Cobepa et d’Andera. A son acquisition par Permira, Exclusive Networks réalisait plus de 1,75 milliard d’euros de CA, à comparer à moins de 100 millions d’euros de CA lors de son premier LBO auprès d’Andera en 2009.
Le secteur des logiciels est considéré par beaucoup comme l’un des champs de développement de la « Tech » les plus prometteurs pour les fonds d’investissement, notamment en raison de son modèle économique qui présente de nombreux avantages pour les opérations avec effet de levier. En effet, les entreprises de logiciels se développement aujourd’hui principalement en mode SaaS, un modèle de distribution des logiciels par le cloud. Les produits, applications et services fournis apportent des solutions évolutives, flexibles, aux coûts de déploiement plus faibles. Ceci se fait sous la forme d’un système d’abonnement, permettant de générer pour les éditeurs de logiciels un fort taux de récurrence des revenus, ce qui est par exemple particulièrement propice à des opérations avec effet de levier. Ce business model permet de générer jusqu’à 70% à 80% de marges d’exploitation se traduisant en marges d’EBE pouvant atteindre 25% (BCG).
Dans un environnement économique concurrentiel où les relais de croissances sont très recherchés, le secteur de la « Tech » représente ainsi un réservoir de création de valeur important. Les fonds de Private Equity y ont un double accès. D’une part, ils peuvent réaliser des acquisitions à dimension « Tech » pour leurs sociétés en portefeuille actives dans des secteurs « brick-and-mortar » et gagner ainsi en compétitivité et croissance. D’autre part, le secteur de la Tech en France devient suffisamment mature pour offrir de belles plateformes pour des opérations de LBO, permettant de démultiplier les sources de création de valeur en menant également des stratégies de consolidation en France et à l’international. 
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