Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

DOSSIERS

Il n’y a pas de modèle immunisé contre la transformation digitale

Entretien avec Candice Brenet,
Head of Corporate & Investment responsibility / Digital transformation, Ardian

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Ardian a un long historique d’investissement dans les sociétés de la Tech. « Notre équipe Ardian Growth dirigée par Laurent Foata est très impliquée dans l’écosystème de la tech... », souligne Candice Brenet, Head of Corporate & Investment Responsibility / Digital transformation chez Ardian.
« C’est un élément de structure important pour nous car sur le digital il y a un travail important à faire non seulement dans le portefeuille mais aussi au niveau de l’acculturation, de la montée en compétence de nos équipes. La transformation digitale est un domaine sur lequel nous avons beaucoup accéléré durant ces trois dernières années, notamment en organisant des formations, des journées-séminaires, des sessions de partage d’expérience entre nos équipes d’investissement... », poursuit-elle.
« Nous avons exploré différents formats de séminaires. En janvier 2017, nous avons organisé une journée pour nos équipes d’investissement direct, avec des conseils externes, les patrons et les responsables du digital de nos entreprises pour avoir des exemples concrets d’action en interne. Fin 2017, nous avons organisé une conférence consacrée à l’Intelligence Artificielle, ouverte aux entreprises de notre portefeuille, avec plus de 200 personnes et une quarantaine d’entreprises qui se sont déplacées de toute l’Europe pour participer à cet événement. Nous avons également développé des formats en plus petit comité, sous forme d’ateliers. Cette année, nous avons organisé des sessions de partage d’expériences entre les équipes, avec présentation de cas de transformation digitale dans certaines entreprises du portefeuille. C’est un format informel, avec beaucoup d’échanges. Cette année, nous avons mis en place d’autres formats d’apprentissage en proposant notamment des ateliers de code à nos équipes, avec Simplon, une entreprise spécialisée dans la réinsertion professionnelle par le code. Aujourd’hui, nous sommes en train de travailler sur le e-learning », développe Candice Brenet. « Toutes ces actions combinées permettent d’accompagner la montée en compétences de nos équipes sur le digital », souligne-t-elle.
« Nous explorons différentes pistes pour proposer les formats les plus efficaces à nos collaborateurs. La présence au salon Viva Tech, dédié aux innovations technologiques, est l’une d’entre elles », ajoute notre interlocutrice.
Tout ce travail est mené sous l’impulsion du Comité Digital, mis en place en 2016, qui réunit les patrons des équipes d’investissement ainsi que le DSI (Directeur Systèmes d’Information) et d’autres fonctions transversales.
« Ardian est un grand fonds. Autant profiter des synergies possibles entre les équipes. Dans cet esprit, nous avons essayé d’avoir une démarche structurée et efficace pour l’analyse des opportunités d’investissement, de faire évoluer le niveau de l’ensemble des équipes sur le digital. Nous avons réfléchi à la manière de structurer la due diligence pour toutes les équipes. Aujourd’hui, après ce travail d’acculturation et cette structuration de la due diligence, nos équipes ont tous les outils pour appréhender le digital dans toute sa richesse en phase de pré-acquisition, à la fois en termes d’opportunités de développement pour les entreprises et en termes de risques que le digital peut comporter pour le business model des entreprises », commente Candice Brenet.
« Lors des due diligences, nous cherchons à évaluer le niveau de maturité digitale de l’entreprise étudiée, son degré d’avancement dans la mise en œuvre des chantiers de digitalisation. Mais nous regardons aussi l’entreprise par rapport au marché dans lequel elle opère et par rapport au risque potentiel de disruption. L’analyse se fait en fonction du secteur d’activités et de la zone géographique », précise Candice Brenet.
Après l’acquisition, l’enjeu consiste à accompagner l’entreprise dans sa stratégie de création de valeur. Le digital représente un levier important. « Nous appréhendons la transformation digitale dans sa dimension holistique, sous l’angle de la disruption qu’elle peut apporter dans le business model … Comme nous l’avons fait sur d’autres sujets et notamment sur l’ESG, nous mettons en place un accompagnement personnalisé pour chacune de nos sociétés », souligne la Head of Corporate & Investment Responsibility.
D’une manière assez classique pour un fonds d’investissement, Ardian fait appel à des conseils externes spécialisés dans la transformation digitale. « De mon point de vue, dans l’accompagnement de nos investissements sur la transformation digitale il y a deux aspects importants : la montée en compétence de nos équipes et la création d’un écosystème de professionnels capables d’apporter une expertise pointue sur le digital. Nous avons réalisé un gros travail de référencement de conseils dont certains travaillent de manière régulière sur notre portefeuille. Ils sont capables à la fois d’apporter des éléments pertinents dans la vision stratégique et d’aider l’entreprise dans l’exécution. Nous pouvons également faire appel à des start-ups que nous avons sélectionnées », détaille Candice Brenet.
Quant aux conseils spécialisés en transformation digitale, il s’agit plutôt de cabinets de taille humaine. « Un certain nombre de grands cabinets a fait des investissements importants dans des équipes spécialisées en transformation digitale. Mais ils sont peu nombreux à être pointus sur ce sujet. C’est pourquoi nous faisons davantage appel à de petites structures spécialisées. Mais attention : « small » n’est pas toujours « beautiful ». De nombreux acteurs existent. La difficulté est de trouver des professionnels qui ont non seulement une bonne connaissance de la technologie mais aussi la capacité d’avoir une vision de l’entreprise dans son ensemble, une vision holistique, stratégique. De nombreuses SSII proposent aujourd’hui le conseil en transformation digitale mais elles ne l’abordent que sous l’angle de l’architecture IT et des outils. Ainsi, une grande partie du sujet n’est pas du tout appréhendée. Les outils doivent être au service d’une vision stratégique et  opérationnelle de l’entreprise. Si tel n’est pas le cas, ils n’apportent pas les leviers de création de valeur que l’on peut espérer », estime Candice Brenet.
Les sujets digitaux évoluent vite, même trop vite. Par conséquent, les business plan des entreprises ont besoin d’être revus à intervalles réguliers. « Nous sommes en train d’organiser un recrutement sur le digital. En parallèle, nous continuerons à utiliser notre réseau d’experts externes qui sont immergés dans les écosystèmes innovants ».
Quant à la sélection de start-up susceptibles d’aider les entreprises de son portefeuille, Ardian travaille depuis quelques années avec des partenaires comme Numa et Fabernovel. « Les incubateurs, les plates-formes d’open innovation représentent pour nous les moyens de rencontrer des start-up susceptibles d’être pertinentes pour nos activités », note Candice Brenet.
Les projets de transformation digitale et leur exécution varient selon les entreprises. Ainsi, la société Diam, spécialisée dans les présentoirs pour les cosmétiques, récemment cédée par Ardian, a travaillé avec nos conseils sur sa roadmap digitale. « Une fois le plan d’action défini, le management a pris les choses en main en structurant des équipes en interne. Dans nos sociétés, on voit de plus en plus d’investissements dans les équipes qui travaillent sur le digital », confie notre interlocutrice. Un autre exemple d’investissement d’Ardian illustre cette stratégie. Il s’agit de la société autrichienne de call centers CCC, qui travaille pour de grands comptes, y compris certaines GAFA. Cette entreprise dispose d’une équipe spécialisée sur l’intelligence artificielle dont l’objectif consiste à améliorer la qualité des services.
« Aujourd’hui, les nouvelles technologies viennent impacter toutes les entreprises. Elles ont un impact à la fois sur les outils de production et sur la manière dont l’entreprise accède à son marché, à ses clients. Le digital modifie la manière dont les personnes communiquent entre elles, offre des améliorations sur les process, si bien que la conception des produits peut également être modifiée. Aujourd’hui, les entreprises sont en capacité de prototyper très vite, faire des essais beaucoup moins coûteux… Grâce au digital, le test des produits et des services est devenu beaucoup plus rapide. A des degrés différents selon les entreprises, le digital influe sur toutes les composantes de l’activité. Tous les business models et tous les secteurs sont concernés », estime Candice Brenet. « C’est pour cette raison que nous avons souhaité avoir une approche coordonnée en mettant en place le Comité Digital qui permet à nos équipes d’investissement de partager leurs expériences et donner un cadre d’analyse pour la due diligence qui soit commun à toutes les équipes ».
Chez Ardian, les équipes d’investissement suivent l’investissement dès l’origination du deal et jusqu’à la sortie, elles suivent le management pendant toute la période de détention et l’accompagnent dans son plan de création de valeur. Autour de l’équipe d’investissement gravite tout un réseau de partenaires, d’operating partners et de senior managers qui vont pouvoir amener une expertise soit de manière ponctuelle soit en rentrant aux Boards des sociétés. « Le Comité Digital réunit tous les patrons des équipes d’investissement direct autour de cette problématique transversale. Aujourd’hui cet organe est important car il permet d’avoir une démarche structurée. C’est un moyen de capitaliser sur toutes les ressources que nous avons en interne en mettant en commun à la fois du savoir, des réseaux et aussi des questionnements. Cela nous permet d’être plus efficaces dans l’allocation de nos ressources et dans la définition de nos priorités », explique Candice Brenet.
Composé d’une dizaine de personnes, le Comité Digital réunit les responsables des équipes d’investissement, DSI,  de la Communication et bien sûr l’équipe  Corporate & Investment Responsability. Parmi ses membres figurent Philippe Poletti (responsable de l’équipe Buyout), François Jerphagnon (Expansion), Mathias Burghardt (Infrastructure), Alexandre Motte (Co-Investissement), Laurent Foata (Growth). Le Comité Digital se réunit une fois par trimestre pour suivre l’avancement sur les chantiers définis comme étant prioritaires.
Pour Candice Brenet, le travail d’acculturation des équipes est primordial « et ce malgré la présence d’un réseau d’experts à nos côtés ». « L’objectif consiste à donner à nos équipes un socle de compréhension afin qu’elles puissent garder un œil critique pour être capables de challenger les propositions des experts externes, pour s’assurer que les recommandations sont pertinentes et aussi pour être capables d’accompagner les entreprises dans l’exécution », souligne notre interlocutrice.
« Il y a quelques années, le digital paraissait un peu lointain et certains n’étaient pas encore convaincus de l’impact qu’il pouvait avoir pour toutes les entreprises. Aujourd’hui, tous les professionnels au sein de nos équipes ont une conscience aiguë que c’est un enjeu pour toutes nos sociétés », constate Candice Brenet. Selon elle, « aujourd’hui, le travail est plutôt ciblé sur l’acculturation des patrons dans les sociétés que l’on accompagne ».
Certes, le sujet du digital est aujourd’hui très important mais qu’en est-il des autres sujets majeurs pour toutes les entreprises ?
« J’ai un biais car une grosse partie de mon activité est orientée vers l’investissement responsable et le développement durable », sourit Candice Brenet. « J’ai l’impression qu’il y a une accélération sur ces sujets également. La demande des consommateurs évolue. Par conséquent, les investisseurs financiers souhaitent de plus en plus s’assurer que leurs investissements produisent non seulement un retour financier mais aussi un impact positif sur les personnes, sur la faune, la flore, etc. », souligne notre interlocutrice.
La loi Pacte est l’une des manifestations de cette grande tendance autour de la question sur la mission de l’entreprise. « De plus en plus, l’entreprise va être mise à contribution pour apporter des solutions aux enjeux de développement durable », conclut Candice Brenet.
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