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Healthtechs : un potentiel d’investissement méconnu

par Maryvonne Hiance,
Présidente de France Biotech


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Avec plus de 1.500 start-up et PME qui inventent aujourd’hui les médicaments et les technologies médicales du futur, la France dispose d’un immense réservoir d’innovations en santé. Cette vitalité scientifique et entrepreneuriale est cependant souvent ignorée par beaucoup d’investisseurs. Un oubli surprenant quand on considère la gigantesque mutation technologique que l’industrie de la santé s’apprête à vivre. Grâce à la convergence de nouvelles avancées en biologie (thérapie cellulaire, édition du génome…) avec les technologies de l’information (intelligence artificielle, internet, …) et les innovations d’ingénierie (nanotechnologies, robotique...), d’incroyables perspectives s’ouvrent. Au cours de la prochaine décennie, de nombreuses maladies aujourd’hui incurables seront éliminées et les patients souffrant de pathologies invalidantes verront leur quotidien facilité. Avec pour chacun, l’espoir d’une espérance de vie, en bonne santé, grandement améliorée.
Cette révolution de la santé n’en est qu’à ses prémices, et nul ne sait qui seront les leaders de ce marché en pleine recomposition. En comparaison, dans l’industrie du Digital, les leaders mondiaux de demain sont déjà bien installés et s’appelleront probablement Google, Apple ou Microsoft. Dans la santé, le jeu reste totalement ouvert et la France a de multiples atouts pour y jouer un rôle majeur. S’appuyant sur une excellence scientifique incontestée, des dizaines de start-up de l’innovation santé naissent chaque année dans l’Hexagone grâce à une politique très volontariste des pouvoirs publics (Crédit Impôt Recherche, statut de Jeune Entreprise Innovante…). Toutes ces biotechs, medtechs, spécialistes de l’IA santé ou de la e-santé, regroupées sous le terme générique de « Healthtechs », bâtissent chaque jour la médecine du futur.
Plus encore que d’autres domaines économiques, l’innovation dans la santé est aujourd’hui essentiellement portée par de jeunes entreprises innovantes. Selon une étude d’Iqvia Institute de juin 2019, sur le seul segment des médicaments issus de la biotechnologie, 80% des investissements de R&D au niveau mondial sont désormais portés par des Healthtechs. Pour beaucoup de grands laboratoires pharmaceutiques, l’enjeu désormais n’est plus d’inventer de nouveaux médicaments, mais de savoir identifier les Healthtechs les plus prometteuses…  et d’y investir avant leurs concurrents. La France constitue évidemment un vivier alléchant. D’après une étude réalisée en novembre 2017 par le Boston Consulting Group et France Biotech, les 20 Healthtechs françaises les plus matures avaient le potentiel, à elles seules, de soigner 250 millions de patients dans le monde. Selon une estimation basse, l’ensemble des Healthtechs françaises pourraient générer d’ici à 2030 un chiffre d’affaires annuel de 40 milliards d’euros et 130.000 emplois supplémentaires.
Le potentiel médical et économique des Healthtechs explique les montants de plus en plus gigantesques enregistrés lors d’opérations de M&A. Pour l’instant, la plupart de ces « mega deals » ont eu lieu aux Etats-Unis. Mais le phénomène s’étend peu à peu à l’Europe. L’an dernier, deux biotechs belges, Tigenix et Ablynx, ont été respectivement rachetées 520 millions d’euros par Takeda Pharmaceutical et 3,9 milliards d’euros par Sanofi. En 2017, dans une grande indifférence médiatique, la HealthTech française AAA, spécialisée dans la médecine nucléaire moléculaire, a été acquise par le géant suisse Novartis pour un montant de 3,3 milliards d’euros. L’Europe, et a fortiori la France, possède de fait nombre de « pépites » encore méconnues du grand public, et même de beaucoup d’investisseurs. Fin 2018, le site média LaBiotech.eu avait identifié 14 biotechs européennes indépendantes, dont les deux Françaises DBV Technologies et Cellectis, avec une valorisation supérieure à un milliard d’euros.
Malgré toutes ses promesses, le secteur de la HealthTech reste cependant en France ignoré par nombre d’investisseurs. La principale raison ? Les besoins de financement spécifiques des Healthtechs qui les distinguent clairement des start-ups du numérique. A cause d’obligations réglementaires encadrant les produits de santé (essais cliniques, exigences administratives…), la conception d’un nouveau médicament jusqu’à sa mise sur le marché prend généralement 10 ans. Pour les dispositifs médicaux et les outils de diagnostic, ce délai se situe entre 3 et 7 ans. L’intensité capitalistique est également plus élevée, avec en moyenne environ 290 millions d’euros pour développer un biomédicament et environ 55 millions d’euros pour un dispositif médical. Enfin, une autre particularité de ces jeunes sociétés innovantes de la santé est leur difficulté à assoir leur développement via l’autofinancement : tant que leurs produits ne sont pas finalisés, il leur est difficile de générer du chiffre d’affaires.
C’est tout le paradoxe des Healthtechs françaises : plus elles sont matures avec des produits quasiment prêts, plus elles ont des difficultés à financer leurs dernières phases de développement. L’écosystème financier français de la HealthTech reste en effet aujourd’hui essentiellement tourné vers l’amorçage et les premiers tours de financement, avec d’ailleurs, plutôt de très bonnes performances. En matière de capital-risque, la France est ainsi le premier pays européen en nombre de levées de fonds avec 76 Healthtechs financées en 2017 selon le cabinet de conseil international EY. Avec Euronext, premier marché boursier en Europe pour les sciences de la vie, les Healthtechs françaises disposent également d’un autre outil de financement efficace avec 69 d’entre-elles qui y sont déjà cotées. Cependant, les montants levés sont encore insuffisants en volume pour permettre à une biotech ou à une medtech d’assurer sa croissance sur la durée. En moyenne, une IPO (Introduction en Bourse) sur Euronext permet à une HealthTech de lever 35 millions d’euros. C’est un montant environ trois fois inférieur à celui d’une IPO réalisée aux Etats-Unis.
Le plafond de verre du financement des Healthtechs ne touche pas que la France. Partout en Europe, les biotechs et medtechs les plus avancées peinent à trouver des financements supérieurs à 50 millions d’euros pour finaliser leurs développements. Une comparaison avec les Etats-Unis se révèle cruelle. Selon le cabinet EY, le montant global des levées de fonds en 2018 dans la HealthTech européenne via le capital-risque et les IPO a pesé 5,8 milliards d’euros. Sur la même période, aux Etats-Unis, 27 milliards d’euros ont été investis dans les Healthtechs. Cela signifie que l’innovation santé américaine draine aujourd’hui cinq fois plus d’investissements que l’innovation santé européenne.
Le constat est évident : les grands fonds d’investissement spécialisés dans la santé sont encore trop rares en Europe, et tout particulièrement en France. Compte tenu des perspectives du marché mondial de la santé, de la qualité scientifique de l’écosystème hexagonal, et enfin, de la maturité entrepreneuriale des Healthtechs françaises, il existe assurément aujourd’hui de belles opportunités d’investissement !
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