Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

DOSSIERS

GCA Altium, un acteur incontournable sur le segment mid market outre-Rhin, se développe en France

Entretien avec Hugues Archambault,
Directeur Général, GCA Altium France

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GCA Altium est une banque d’affaires indépendante spécialisée dans le conseil en haut de bilan, leader dans le domaine des fusions-acquisitions sur le mid market (opérations d’une valeur d’entreprise comprise entre 100 et 300 millions d’euros). GCA Altium compte 400 professionnels répartis de manière équilibrée entre l’Asie, l’Europe et les Etats-Unis. Le groupe s’est constitué à la fois par développement organique, avec des ouvertures de bureaux, et grâce à des rapprochements structurants.
GCA doit son nom à la première banque d’affaires indépendante japonaise, cotée à la Bourse de Tokyo. « GCA s’est d’abord développée dans les pays asiatiques par ouverture de bureaux. A l’origine, l’expansion géographique de GCA était notamment motivée par la volonté d’accompagner les grands groupes japonais sur tous les grands marchés où ils souhaitent faire des acquisitions. C’est ainsi qu’en 2008, le groupe arrive aux Etats-Unis en se rapprochant de la banque d’affaires américaine indépendante Savvian, créée en 2003. Présente à New York et à San Francisco, et d’une taille équivalente à celle de GCA, cette structure est spécialisée dans les secteurs technologiques. En 2016, Altium Capital, la banque d’affaires européenne issue de la scission des activités de conseil en M&A du fonds Apax, cherche un accès aux marchés nord-américain et asiatique tandis que GCA veut se développer en Europe. La complémentarité géographique est parfaite, et la fusion des deux entreprises crée un groupe de dimension mondiale », explique Hugues Archambault, Directeur Général de GCA Altium France.
Selon lui, « le marché cœur d’Altium était l’Europe germanophone, avec des bureaux à Zurich, Munich et Francfort. La marque Altium y est très forte : c’est pourquoi nous l’avons conservée ». La banque d’affaires dispose également d’une présence importante au Royaume-Uni, avec des bureaux à Londres, Manchester et Leeds ainsi qu’en Italie, à Milan, et en Israël, à Tel-Aviv, « un marché très intéressant, notamment dans le domaine des technologies, un des secteurs cibles de la maison ».
En 2018, GCA Altium a conseillé 145 opérations sur trois continents. La banque est un acteur de premier plan dans les pays germanophones, en particulier en Allemagne, où elle compte plus de 40 banquiers d’affaires ayant mené à bien près de 30 opérations en 2018. Son principal métier est le conseil en fusions-acquisitions. La maison dispose également d’une équipe dédiée à la levée de dette (Debt Advisory). « Grâce à ce savoir-faire très complémentaire du M&A, nous accompagnons les fonds d’investissement dans le financement ou le refinancement de LBO et  aidons les entreprises à financer leurs grands projets de croissance », précise le Managing Director de GCA Altium France.
La taille moyenne des opérations conseillées par GCA est de 150 millions d’euros. « Le mid market est notre cœur de cible. Grâce à notre présence sur tous les grands marchés auxquels nos clients s’intéressent – l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Asie – nous avons la capacité d’identifier et de toucher toutes les contreparties pertinentes – cibles, acquéreurs, partenaires financiers. Dans le domaine de la Tech, notre présence aux Etats-Unis, à la fois sur la côte est et la côte ouest, est essentielle », souligne-t-il.
« Plus de la moitié de nos opérations en Europe sont réalisées dans les secteurs d’innovation et de croissance (logiciels, médias digitaux, e-commerce, etc.). L’expertise de GCA Altium dans tous ces domaines est reconnue », note notre interlocuteur. Selon lui, la banque est leader sur ces segments, en particulier en Allemagne où GCA Altium a déjà mené 8 transactions depuis le début de l’année 2019. Ainsi, GCA Altium a conseillé l’acquisition du façonnier pharmaceutique allemand Apceth par le groupe de chimie japonais Hitachi Chemical, et l’entrée du fonds General Atlantic au capital de la société allemande de logiciels Power Cloud. « Ces deals illustrent bien l’activité de la maison: des opérations de type LBO et des rapprochements transfrontaliers entre sociétés allemandes de taille moyenne et des acquéreurs étrangers, en général de dimension mondiale », ajoute Hugues Archambault.
En France, l’implantation de GCA Altium est toute récente. Hugues Archambault a rejoint la maison fin 2018 pour ouvrir son bureau parisien qui compte aujourd’hui cinq personnes. « En 2020, nous souhaitons accueillir d’autres banquiers d’affaires expérimentés et aux compétences sectorielles complémentaires. En 2021, notre équipe pourra compter plus de 10 personnes », note Hugues Archambault, l’un des rares banquiers d’affaires français capables de réaliser un deal en allemand. Après deux années d’études en Allemagne, Hugues Archambault a commencé sa carrière à l’étranger, d’abord chez BNP Paribas à Hong Kong puis pendant 4 ans au sein du bureau londonien de la banque suédoise SEB Enskilda, n°1 du conseil en fusions & acquisitions dans les pays nordiques, faisant partie de la galaxie de la puissante famille suédoise Wallenberg. En 2002, il rejoint la boutique Pall Mall Capital à Londres pour faire du conseil en fusions & acquisitions entre le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne. En 2004, il intègre Goetzpartners, une structure germanique avec des compétences fortes dans le domaine des TMT qui venait alors d’ouvrir son bureau de Paris. Il dirigera la filiale française pendant près de deux ans. Début 2017, il crée sa propre société de conseil, The Bridge Corporate Finance, spécialisée dans les opérations transfrontalières, puis rejoint GCA Altium pour y mener son implantation et son développement en France.
GCA est coté à Tokyo Stock Exchange depuis 2006 mais plus de 60% de son capital est entre les mains de ses dirigeants et salariés (dont environ 30% détenus par les équipes européennes). « Notre gouvernance reflète notre présence équilibrée sur trois continents : notre groupe est dirigé par un Board composé de 3 Japonais, 3 Européens et 3 Américains qui décident de ses grandes orientations à la majorité absolue. Parmi les 3 Européens, Sascha Pfeiffer qui dirige notre bureau de Francfort, est l’un des banquiers les plus actifs et reconnus dans la Tech en Allemagne et au-delà; Alexander Grünwald, le patron de notre bureau de Zurich, est un expert des médias digitaux et de l’horlogerie ; et Phil Adams coordonne nos activités au Royaume-Uni depuis Manchester et non Londres (même si ce dernier bureau est deux fois plus important en termes de taille), ce qui est représentatif du caractère décentralisé de GCA », commente Hugues Archambault.
Selon lui, les rapprochements entre GCA, Savvian et Altium ont créé des flux d’affaires additionnels sans remettre en cause le mode de fonctionnement de chacun des continents. « Nous sommes tous des experts du corporate finance et avons la même culture d’entrepreneurs. Mais nous avons également des différences liées aux spécificités des marchés et du business que nous avons développé localement. Ainsi, au Japon, nos clients sont essentiellement de grands groupes domestiques que nous accompagnons partout dans le monde. Les fonds de private equity y sont moins actifs qu’en Europe ou aux Etats-Unis où la typologie de nos clients est plus variée: nous travaillons pour les fonds d’investissement, pour les entreprises de taille moyenne et les grands groupes. Les fonds sont impliqués dans la majorité de nos deals en Europe. Quant à nos opérations américaines, elles ont toutes une composante technologique significative », détaille notre interlocuteur.
La cession de la société allemande Cleanpart au groupe japonais Mitsubishi Chemical, finalisée en août 2018, est une opération très représentative pour GCA Altium. En 40 ans, Cleanpart est devenu le leader en Europe et le n°3 aux Etats-Unis de la décontamination, du nettoyage et du revêtement de précision des équipements pour les semi-conducteurs. Son chiffre d’affaires atteignait au moment de l’acquisition 50 millions d’euros. « Il s’agit de procédés très spécifiques permettant d’éviter toute contamination de semi-conducteurs lors du processus de fabrication. Cette entreprise appartenait depuis 2015 à la société de private equity allemande DBAG et à son management. DBAG était entré au capital dans le cadre d’un MBO et d’une succession managériale », précise le Managing Director de GCA Altium France.
« Nous avons organisé un processus de cession compétitif mais resserré, car Cleanpart était active dans une niche dominée par un nombre réduit d’acteurs en Asie, en Europe et en Amérique du Nord. Basée près de Stuttgart dans le sud de l’Allemagne, cette entreprise avait donc une valeur stratégique bien identifiée », commente le banquier de GCA Altium.
Les équipes allemandes de GCA Altium ont orchestré cette opération en étroite collaboration avec le bureau de San Francisco, qui a de fortes compétences dans le domaine des semi-conducteurs, et ainsi qu’avec les différents bureaux de GCA Altium en Asie car « les acquéreurs pouvaient être américains, européens ou asiatiques ». GCA Altium a approché les différents acteurs de ces marchés susceptibles de s’intéresser à l’entreprise. Il s’agit de groupes de taille importante, ce qui est également le cas de Mitsubishi Chemical, qui réalise un chiffre d’affaires de 20 milliards d’euros. « Les groupes asiatiques ne sont pas, en règle générale, les plus rapides dans la prise de décision : nous les avons donc approchés en avance de phase, de façon à tester leur intérêt en leur expliquant bien le sujet… Nous n’avons pas lancé la phase d’enchères formalisée immédiatement afin que tous les acquéreurs potentiels aient le temps de se préparer », confie Hugues Archambault.
Selon lui, « la complémentarité géographique avec Mitsubishi Chemical était excellente puisque son activité comparable – exercée par sa filiale Shinryo (120 millions d’euros de chiffre d’affaires avant l’acquisition) – était présente au Japon, à Taïwan et en Chine mais absente de l’Europe et des Etats-Unis. Le nouvel ensemble peut ainsi servir les acteurs des semi-conducteurs partout dans le monde, avec des possibilités de cross-selling ».
Même si Mitsubishi Chemical a racheté 100% du capital de l’entreprise, le groupe a maintenu la marque et l’autonomie opérationnelle de Cleanpart, tout en lui donnant l’accès au marché asiatique. L’équipe de direction est restée en place.
La vente en 2017 de la société allemande Gestigon à Valeo est un autre exemple-type des mandats de GCA Altium en Europe. « Il s’agissait de vendre une start-up qui ne réalisait pas encore de chiffre d’affaires à un acquéreur qui n’était pas clairement identifié au début du processus de cession ! Créée en 2011, Gestigon était un spin-off de l’Université de Lübeck. C’était une des très rares entreprises indépendantes dans le monde qui maîtrisait les technologies de reconnaissance gestuelle en 3D. Dans l’automobile, elles permettent par exemple de commander la sonorisation de l’habitacle par geste, d’adapter automatiquement la climatisation au nombre et à la taille des passagers ou de détecter la perte d’attention du conducteur », commente Hugues Archambault. « Nous avons été mandatés pour trouver le meilleur partenaire pour cette start-up allemande dont les projets de recherche étaient jusque-là financés par des fonds d’investissement », précise-t-il.
« L’objectif était de trouver un acquéreur capable de valoriser pleinement la technologie de la société, sa rareté en tant qu’entreprise indépendante, et son potentiel de chiffre d’affaires et de rentabilité. La société cherchait un partenaire capable de pérenniser et de développer son savoir-faire. Nous avons mené un processus de cession très large et concurrentiel. Une des difficultés, au-delà du fait de présenter une très jeune société allemande à des groupes de taille importante, consistait à approcher au niveau mondial des acquéreurs de secteurs d’activité très différents susceptibles d’être intéressés par le savoir-faire de Gestigon. Nous avons interrogé plus de 100 acquéreurs industriels et reçu de nombreuses marques d’intérêt. C’est la réactivité, la motivation et la mobilisation de Valeo qui ont fait la différence », commente le Directeur Général de GCA Altium France.
« Le rapprochement avec Valeo a donné à Gestigon la crédibilité et les moyens financiers d’un grand groupe ainsi que l’accès à de grands clients. Aujourd’hui, la solution Gestigon est vendue à des constructeurs automobiles haut de gamme qui intègrent cette technologie dans leurs véhicules. C’est une opération technologiquement et stratégiquement importante pour Valeo. Le pôle de compétence de Lübeck a été maintenu et développé », poursuit notre interlocuteur.
Cette opération illustre bien l’activité de GCA Altium qui travaille au quotidien à la valorisation des entreprises en forte croissance. « Cela fait partie de nos compétences-clés. Le premier travail vise à identifier les différents acquéreurs potentiels, à bien comprendre ce que la cible peut leur apporter en termes d’accès à un marché géographique, de déploiement d’une technologie etc., et à estimer le potentiel de chiffre d’affaires et de rentabilité. Il faut parfois dessiner plusieurs scenarios de développement. De toutes ces analyses découle une fourchette de valorisation cible que nous soumettons à notre client. Dans une seconde étape, l’art du banquier d’affaires consiste à adapter son discours à chaque acquéreur potentiel pour mettre en exergue ce qui est le plus pertinent pour lui selon son projet stratégique et industriel. Cela permet de faire émerger des offres réellement qualifiées, bien qu’émanant d’acquéreurs aux projets parfois très différents. La tension compétitive que nous créons contribue à atteindre la meilleure valorisation possible pour nos clients, ce qui était le cas lors de la vente de Gestigon », confie le banquier.
Le fait que Gestigon soit une société allemande faisait partie des facteurs d’attraction en raison de la taille du marché automobile allemand, tant en termes de demande qu’en termes d’offre. En effet, les solutions très innovantes de Gestigon sont destinées dans un premier temps à des constructeurs premium, basés pour la majorité en Allemagne.
Valeo, dont l’équipe interne de M&A a mené l’opération, « souhaitait s’assurer grâce à l’audit d’acquisition de la stabilité et de la fiabilité de la technologie, et de sa protection appropriée par des brevets. Gestigon lui apportait des compétences importantes pour sa stratégie produits, des atouts vraisemblablement décisifs pour saisir une fenêtre de marché », explique Hugues Archambault. Selon lui, après l’opération, « Valeo a su préserver les caractéristiques spécifiques de l’entreprise pour qu’elle puisse continuer à développer sa technologie tout en s’intégrant à des équipes de R&D plus importantes. Le groupe a gardé la marque Gestigon, et les deux patrons de l’entreprise sont toujours aux commandes ».
Lors des opérations d’acquisitions franco-allemandes, les différences culturelles sont perceptibles, même si les grands groupes internationaux ne perçoivent pas toujours les difficultés qu’elles peuvent faire naître. « On pense que les Allemands parlent tous très bien anglais. Mais certains de nos interlocuteurs allemands préfèrent nettement parler leur langue lors des négociations. Certaines manières d’agir peuvent également être très différentes, notamment selon la taille des entreprises, leur secteur et leur actionnariat. Dans les secteurs très innovants, en croissance, les entrepreneurs sont en général très mobiles et ouverts sur le monde. Le fondateur d’une start-up en France n’est pas très différent de son homologue en Allemagne. En revanche, dans les secteurs plus traditionnels, il peut y avoir des rigidités, des traditions, des hiérarchies dont il faut avoir conscience et tenir compte. En Allemagne, le tissu économique des entreprises de taille moyenne est beaucoup plus riche qu’en France. Elles sont souvent très exportatrices, donc tournées vers l’international d’un point de vue commercial. Mais il s’agit le plus souvent d’entreprises familiales, soit auto-financées soit soutenues par des banques régionales. C’est un univers capitalistique et financier très fermé. Faire une opération avec des entreprises de cette nature s’avère donc délicat. Etre un acteur local qui comprend leur culture et leur mode de fonctionnement aide à ouvrir la porte et à engager des discussions », souligne notre interlocuteur. « Le rôle du banquier d’affaires dépasse alors très largement les aspects stratégiques et financiers. Il consiste aussi beaucoup à éviter les incompréhensions ou les tensions liées à des manières de faire différentes », conclut-il.
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