Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

DOSSIERS

Comment les sociétés de gestion peuvent-elles utiliser la blockchain et les big-data ?

par Emmanuelle GERINO, Vice-Présidente de la Chambre Nationale des Conseillers en Investissements Financiers

+ - télécharger en PDF Imprimer Envoyer l'article par e-mail
La blockchain est un registre décentralisé de transactions qui sont effectuées au sein d’un réseau. En pratique, lorsqu'un individu veut passer une transaction par une blockchain, c’ est un réseau appelé « réseau de nœuds » qui valide la transaction et le statut de son auteur, grâce à des algorithmes. Elle est ensuite agrégée à d’autres, formant un bloc de données dans un registre qui est ajouté à la blockchain de façon permanente.
Ce processus est valable pour les cyber-monnaies mais également pour tous les types de documents contractuels ou d’informations.
La blockchain et l’utilisation des big-data offrent des nouveaux « business models » qui peuvent être une opportunité pour les sociétés de gestion.
Intérêts de la blockchain par les sociétés de gestion (SGP) dans le suivi du passif de leurs fonds:
Réduction des intermédiaires -Délais des transactions plus courts – Economies sur certains coûts -  Meilleure connaissance clients.

Le suivi du passif regroupe l’ensemble des activités liées à la centralisation des ordres de souscriptions/rachats, les activités de tenue de compte pour les OPC.
Il permet d’identifier le souscripteur final.

La blockchain et la réduction des intermédiaires :
En France, pour souscrire à un fonds, l’investisseur doit détenir un compte-titres dans une banque, qui elle-même détient un compte auprès du CSD (Clearing Settlement Depositary System). Cela a l’avantage d’offrir une bonne sécurité des règlements /livraisons mais cela présente aussi l’inconvénient d’avoir des process qui peuvent être longs et complexes.
Les systèmes de compensation ont un rôle de vérification de la bonne réalisation des que les transactions, selon les règles.  Pour certaines opérations, ces vérifications peuvent prendre deux jours et les SGP n’ont pas toujours les informations sur le client final.
La blockchain est un registre infalsifiable, et les délais, même pour des opérations complexes, ne prennent que dix minutes environ. Les SGP pourraient donc voir la chaine des intermédiaires se simplifier y compris pour toutes les opérations post-trade. 
Les commissions perçues par les chambres de compensation n’auraient plus lieu d’être.
Les SGP peuvent ainsi espérer, avoir bientôt un accès direct à ces nouveaux systèmes et que cela soit reconnu par la règlementation.
Les investisseurs, eux, n’auraient plus l’obligation de détenir un compte titres dans une banque. Cela permettrait également de se « caler » sur le modèle Luxembourgeois.

La blockchain et la meilleure connaissance clients :
La blockchain permet aux SGP, d’avoir une meilleure connaissance clients. En effet, il est fréquent pour elles, de voir apparaître des souscriptions par l’intermédiaire de dépositaires, sans connaître le client final. Pourtant, cette connaissance du client final et de son profil sont  importants pour une SGP en terme réglementaire, d’approche commerciale et de gestion de risque de liquidité. Cela  donne au gérant une bonne visibilité sur la typologie des souscripteurs, leur aversion au risque, grâce à un questionnaire clients, lui permettant d’appréhender d’éventuels rachats et de mieux gérer son risque de liquidité. Avoir une relation directe avec le client final permet de mieux comprendre son expérience des marchés, ses attentes et ses réactions probables, afin de proposer une expertise qui « colle » davantage aux objectifs de l’investisseur. 
Certaines sociétés de gestion travaillent ensemble pour mettre en place des plateformes communes qui renseignent les KYC de leurs clients, donnant la possibilité aux investisseurs de remplir leur profil une seule fois (et non pas à chaque souscription), ce qui offre un vrai gain de temps dans le process des transactions.
Groupama, Ofi, le Crédit Mutuel ou le CIC ont par exemple, mis en commun des données concernant leurs OPCVM, pour faire évoluer des modèles de recherche, mais aussi générer des scénarios de « stress tests »  permettant au gérant de mieux anticiper sa capacité à avoir la liquidité adaptée en cas de rachats. Bien entendu, la confidentialité des données doit être fiable, grâce à des clés de cryptage.
Les chambres de compensation ont aussi travaillé sur des projets communs (PoC – preuves de concept), les activités de trading également, ainsi que des sociétés de gestion, pour former des consortiums pour la recherche et développement.  Il est encourageant de constater que les acteurs veulent optimiser leurs interactions, même si chacun travaille aussi dans son intérêt propre ; on parle de « coopétition ».
Cela a été le cas pour développer des plateformes qui permettent aux asset managers de limiter les intermédiaires lorsqu’un investisseur veut souscrire des parts de fonds. Natixis a été pionnier en donnant à des investisseurs, la possibilité de souscrire des parts de fonds grâce à la blockchain (plateforme FundsDLT)
L’investisseur a donc pu effectuer sa souscription directement, tout en ayant connaissance de tous les documents réglementaires et de la valorisation ; le virement de son compte vers celui du fonds a été réalisé rapidement et ce transfert a été inscrit dans la blockchain.
Cette nouvelle technologie est donc particulièrement adaptée à la gestion d’actifs, si l’on considère le nombre important d’intermédiaires (dépositaire, valorisateur, etc.).
On comprend que les grands gagnants sont plutôt situés aux deux extrémités de la chaine (SGP et clients finaux). C’est pourquoi, ceux qui sont positionnés au niveau des intermédiaires, ont pour la plupart, déjà engagé des recherches pour renouveler leurs services auprès de SGP.

Intérêts de l’utilisation des big data pour les SGP dans la gestion de l’actif :
La gestion de l’actif concerne l’ensemble des activités liées à la gestion financière.
Pour les gérants actions, l’intelligence artificielle (appelée aussi Maching Learning) et l’analyse des méga-données automatisent le traitement de milliers de données sur des sociétés ; données si nombreuses qu’elles ne sont pas traitables par l’être humain.
Cela permet également de prendre en considération de nouvelles informations sur les comportements des consommateurs et prévoir ainsi l’évolution des performances pour des sociétés et secteurs.
L’analyse des réseaux sociaux et des blogs donnent des indices de sentiment et d’influence et l’on sait que les résultats de nombreuses sociétés sont très dépendants de ces indices.
Ces alertes et analyses définissent des points d’entrée et des opportunités d’investissement pour améliorer la performance de leurs fonds.
Grâce à la mise en place d’algorithmes, le traitement de données massives et provenant d’horizons très divers (macroéconomie, marchés, données fondamentales…), permet de réaliser des analyses prédictives.
Ces modèles s’évaluent et progressent eux-mêmes, par des tests, qui mesurent l’écart entre le modèle et la réalité, afin de s’adapter et de devenir plus performants.
Cette technologie permet au gérant d’avoir un nouvel outil pour constituer son allocation de portefeuille et avoir une autre stratégie de diversification.
Soulignons bien entendu que ces nouvelles technologies doivent être utilisées comme un outil par le gérant qui est et reste décisionnaire.
En résumé, la blockchain et l’utilisation des big data peuvent être considérés comme une opportunité, à la fois pour les SGP et pour les clients.
Les SGP diminueront leurs coûts (30% d’après certaines sociétés de gestion) et leurs délais, Les clients auront des accès plus faciles et plus rapides pour faire des transactions, avec un des frais moins importants.
Une meilleure connaissance de leur profil permettra également de répondre à leurs attentes de façon plus réactive en leur proposant des placements avec une méthode et une philosophie alternative, en particulier pour la génération Y qui attendent des nouvelles technologies qu’elles soient en phase avec les valeurs de transparence, facilité d’accès, interactivité, personnalisation et frais plus faibles.
article à la une
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation d'un cookie une fois connecté à vos identifiants, ceci vous permettant de naviguer pleinement sur notre site.