Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

DOSSIERS

Catherine Coupet réinvente la coopérative de demain

Entretien avec Catherine Coupet, PDG, groupe UP

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Lorsqu’elle fait son choix d’orientation, Catherine Coupet s’intéresse à beaucoup de choses parmi lesquelles le domaine médical et notamment la génétique. Après le Bac, elle est cependant orientée vers une carrière commerciale. « Les conseillers d’orientation ont noté que mon épanouissement passe par la relation avec l’extérieur et m’ont orienté vers le commercial et le marketing », explique Catherine Coupet, aujourd’hui à la tête du groupe Up (anciennement Chèque Déjeuner). « Je n’aime pas travailler seule, c’est aussi pour cette raison que je me sens bien dans cette entreprise depuis bientôt 30 ans », sourit-elle.
Après un BTS d’action commerciale, Catherine Coupet se rend compte que cette formation de deux ans ne correspond pas vraiment à ses attentes. Elle continue alors ses études à l’Institut d’Administration des Entreprises de Lille.
En 1987, Catherine Coupet travaille sur des projets de mécénat. « Dès le départ, j’avais envie de donner du sens à ce que je faisais », explique-t-elle. La jeune femme intervient notamment sur un projet de mécénat permettant de réhabiliter l’ancienne Bourse de Lille grâce à des financements privés. Elle fait partie de l’Association Régionale de Gestion des Entreprises Culturelles, en lien avec la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles). « Pendant une année, j’ai participé au montage du dossier et à la recherche de fonds », précise notre interlocutrice.
En 1988, Catherine Coupet intègre le groupe Chèque Déjeuner, « par hasard », en tant que commerciale. « Je suis persuadée que pour devenir un bon dirigeant, il faut commencer sur le terrain », estime Catherine Coupet. Elle débute sa carrière à Metz où elle travaille pendant cinq ans, avant de prendre la direction régionale des équipes à Paris. « A l’époque, je ne pensais pas que je ferai toute ma carrière dans cette entreprise, mon premier employeur et encore moins que j’en deviendrai présidente », confie notre interlocutrice.
En 1997, Catherine Coupet est nommée Directrice Commerciale & Marketing  France. Jacques Landriot, alors PDG du Chèque Déjeuner, la repère pour lui succéder : « il continue à ajouter à mon parcours de nouvelles expériences pour compléter mon apprentissage ». En 2001, Catherine Coupet se voit confier la direction générale d’une des filiales du groupe (Chèque lire, filiale dédiée aux produits culturels). Ensuite, le PDG décide de réorganiser le groupe. « Il crée trois pôles de direction: un pôle international et deux pôles d’activités en France », précise notre interlocutrice qui devient alors en 2008 directrice du pôle d’activités historique qui englobe toutes les filiales d’émission et de gestion de titres en France.
« En 2014, Jacques Landriot prend sa retraite, et propose que je prenne sa succession au conseil d’administration qui valide cette proposition à l’unanimité », se souvient Catherine Coupet qui a donc accédé à ses nouvelles fonctions en septembre 2014.
Selon elle, le groupe Up est différent. Il est né d’une entreprise particulière, une coopérative, modèle qu’elle s’emploie désormais à déployer (au-delà du statut), à l’ensemble des filiales du Groupe, car sa vision long-terme rend l’entreprise plus performante. Il s’agit d’un projet très structurant pour le Groupe.
Depuis sa prise de fonction comme PDG, elle est souvent interrogée sur le sacrifice de la vie privée au profit de la responsabilité qu’elle prend. « Cela me paraît absurde. A l’époque, je répliquais en disant que je ne comprenais pas pourquoi il fallait choisir. Je continue de le penser, car je sais aujourd’hui qu’il est possible de concilier vie privée et vie professionnelle. Il y a en revanche une forte composante d’organisation », tempère Catherine Coupet, mère de deux enfants aujourd’hui âgés de 25 et de 12 ans. Cette carrière « n’a pas posé de problèmes dans ma relation avec mes filles. Bien au contraire, elle leur a démontré qu’une femme peut faire des choses passionnantes dans son travail, tout en ayant une vie de famille», estime la PDG du groupe Up.
« Comment accéder à ces responsabilités en tant que Femme ? Par le travail d’abord, puis par l’engagement. Dans notre entreprise, les freins sont moins présents car notre modèle coopératif favorise l’émergence du dirigeant par la promotion interne. Mais certaines habitudes culturelles ont la dent dure. En tant que présidente je reste insatisfaite de la proportion des femmes dans nos organes de direction, même si les choses changent petit à petit », note Catherine Coupet.
Aujourd’hui, le groupe Up compte 54% de femmes et 46% d’hommes. « De mon point de vue, nous n’avons pas assez de femmes dans les directions opérationnelles. En revanche, notre comité exécutif est très équilibré et compte 5 femmes parmi les 12 membres. Cependant, notre conseil d’administration est aujourd’hui majoritairement masculin. Les prochaines élections des administrateurs auront lieu en 2019. Chaque salarié peut se présenter et être élu par ses pairs. J’ai commencé une démarche de sensibilisation pour que le Conseil puisse avoir une mixité suffisante aux prochaines élections. J’ambitionne de réussir sans devoir passer par les systèmes de quotas ! », estime Catherine Coupet.
« Aujourd’hui, il y a beaucoup plus d’hommes aux postes à responsabilités opérationnelles. Mais cela ne reflète en rien une question de capacité. Pour y arriver, il ne faut pas vouloir faire comme les hommes… Il faut rester soi-même et se faire confiance. La différence enrichie », conclut la présidente du groupe Up.
Fondé en 1964, le groupe Up a entrepris son internationalisation et sa diversification dans les années 1990. Aujourd’hui, le groupe est présent dans 17 pays sur 4 continents. Il intervient sur 5 principaux marchés dont le plus ancien est celui des avantages aux salariés (Chèque Déjeuner et tous les autres produits liés aux avantages préfinancés dans le cadre du travail qu’on connait tous). Vient ensuite le marché Incentive, fidélité et récompenses, avec des solutions 100% Web conçues pour s’adapter à chaque problématique, et la carte cadeau multi-enseigne Cadhoc, leader en France. Le groupe intervient également sur le marché de la gestion des frais professionnels (cartes carburant, paiement d’hôtels, gestion des notes de frais, etc.). Il est également actif dans les programmes publics et sociaux qui accompagnent les institutions, les collectivités et, dans certains cas, les Etats et les ONG. Enfin, l’entreprise s’intéresse de plus en plus aux services aux commerçants. « Nous sommes en relation avec plusieurs millions de porteurs de pouvoir d’achat dédié dans le monde. En face, nous avons 1 million de commerçants auxquels nous pouvons proposer les services liés à l’apport de clientèle, à la fidélisation, etc. », commente Catherine Coupet.
« Notre vision pour l’avenir ? Il faut passer d’un groupe qui fait de l’émission de titres spéciaux de paiement prépayés à un groupe qui connecte les communautés et les territoires, grâce à ses plateformes de relations, de transactions et de gestion, toujours dans un souci de performance et de bien-être », explique la présidente. « Nous sommes en train d’opérer cette évolution. Comme beaucoup d’autres groupes, nous sommes en pleine transformation. Le digital est aujourd’hui présent en permanence… ».
Qu’en est-il du chèque déjeuner dématérialisée ? « C’est déjà une réalité dans beaucoup de pays où nous opérons et il commence à démarrer en France. Sa mise en service était un peu longue car il a fallu mettre en place l’écosystème permettant de sécuriser et de ne pas dénaturer le produit au moment d’une rupture technologique », répond notre interlocutrice.
Mais l’avenir n’est pas la carte. C’est un support parmi d’autres. Le mobile en est un autre. La complémentarité des supports permet d’offrir aux bénéficiaires plus de valeur d’usage. « Il s’agit d’un vrai changement d’habitudes et il y a beaucoup d’accompagnement à faire », note la PDG.
« Cette transformation est passionnante. C’est elle qui m’a donné envie de prendre la présidence de ce groupe. La transformation de la coopérative est la seconde transformation qui me tient à cœur. C’est un modèle très particulier auquel je crois beaucoup. Je le sais très performant. C’est donc pour cela que nous le développons. Passer d’une coopérative de 300 personnes à un groupe coopératif de 5 000 personnes, c’est un vrai challenge. Nous souhaitons réinventer la coopérative de demain. Le groupe est « passé d’une petite coopérative française à un groupe international qui continue à se développer, notamment à l’international. Nous avons un rôle à jouer, nous sommes regardés par l’extérieur et je souhaite que nous soyons au rendez-vous », conclut Catherine Coupet. 
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