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Cathay Capital : « Chaque accompagnement est une histoire »

Interview d’Hervé Descazeaux,
Cathay Capital

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Fusions & Acquisitions Magazine : Pouvez-vous nous présenter Cathay Capital en quelques mots?
Hervé Descazeaux : Cathay Capital est une société d’investissement internationale créée à Paris il y a plus de dix ans par des entrepreneurs (Mingpo Cai et Edouard Moinet) pour des entrepreneurs. Nous investissons dans des sociétés en croissance pour soutenir leur développement à l’international. Nous investissons  dans les petites et moyennes entreprises (PME et ETI) et depuis 2015 (via notre activité dédiée au capital-risque - Cathay Innovation) dans les start ups les plus prometteuses sur les trois continents que nous couvrons.
Aujourd’hui, Cathay gère plus de 2,5 milliards d’euros et compte une cinquantaine de professionnels de l’investissement répartis sur nos sept bureaux dans le monde dont deux aux Etats-Unis (New York et San Francisco), deux en Chine (Shanghai et Pékin), deux en Europe (Paris et Munich) et depuis peu à Tel Aviv. Au total, Cathay emploie plus de 90 personnes dont une trentaine à Paris.

F&A Mag. : En quoi Cathay est-il différent des autres fonds d’investissement ?
H. D. : Cathay a été créée avec l’obsession d’être utile et d’aider les entrepreneurs à mieux réussir à l’international. Dès le premier jour, notre projet a été conçu selon une logique d’accompagnement cross-border. De notre point de vue, il y avait un véritable besoin et c’est pourquoi nous avons choisi d’y répondre et d’aider ces sociétés à se développer sur les territoires où nous sommes fortement présents. Le fonds s’est développé dans un marché difficile et très concurrentiel et son succès traduit un apport différenciant à ce marché et complémentaire par rapport à d’autres fonds.
Cathay apporte aux entrepreneurs une aide concrète dans leur développement à l’international
C’est très important de parler la langue, de connaître la culture, notamment pour construire un écosystème dont on fait bénéficier nos entrepreneurs, ce qui permet de créer une complicité avec eux. Toutes les opérations sont menées conjointement par des équipes locales et des équipes internationales. Que ce soit sur le small & mid cap ou pour nos activités de capital-risque, Cathay est toujours aujourd’hui est le seul fonds à être présent à la fois aux Etats-Unis, en Europe et en Chine.

F&A Mag. : Quelle est la part de vos actifs investie à l’international ?
H. D. : Plus de 50% des participations de notre fonds se trouvent en dehors de France, notamment en Allemagne, aux Etats-Unis et surtout en Chine. Nous détenons des actions de sociétés chinoises que nous cherchons à développer à l’international. C’est un modèle unique.

F&A Mag. : Quels sont vos critères d’investissement ?
H. D. : Nous souhaitons soutenir des projets de croissance nous investissons dans les secteurs que nous comprenons et dans lesquels nous avons un écosystème utile pour l’entrepreneur. Aujourd’hui, nous investissons principalement dans 4 secteurs : les biens de consommation, les services digitaux pour les entreprises, l’industrie de pointe et la santé. Le point commun des sous-segments qui nous intéressent au sein de ces secteurs ce sont les relais de croissance en Chine. Cathay se concentre sur les secteurs où la demande et le besoin chinois sont forts, pérennes, structurels et vont rester dans le temps. Ces activités sont souvent liés à l’émergence de la classe moyenne, nombreuse et avide de consommation. Tous les besoins autour de cette classe moyenne sont intéressants pour nous : le loisir, l’éducation, les nouveaux types de consommation et les nouveaux canaux (notamment digitaux), la santé, l’environnement, la sécurité de la chaîne alimentaire, la logistique, le tourisme, etc. Voici quelques uns des thèmes qui animent notre intérêt.
Dans tous les cas, la complémentarité avec l’équipe de management est absolument clé. Nous avons besoin d’entrepreneurs internationaux qui sont ouverts, prêts à investir leur temps et leur argent.

F&A Mag. : Quelle est la part de vos investissements en Chine ?
H. D. : En valeur, ce sont environ 40% de nos investissements qui sont réalisés en Chine. C’est lié à notre histoire, à notre souci de diversification des risques géographiques, à nos équipes, à nos LPs parmi lesquels figurent Bpifrance et son équivalent chinois, China Development Bank. Nous essayons d’avoir une politique d’investissement équilibrée en termes de diversification géographique entre les deux pays, et ce depuis l’origine.

F&A Mag. : Quelle est la taille des entreprises visées ?
H. D. : Nous accompagnons le développement de sociétés dont le chiffre d’affaires peut avoisiner 10-20 millions d’euros jusqu’à plusieurs centaines. Nous disposons de fonds adaptés à la fois au soutien de petites sociétés à forte croissance et de sociétés déjà établies (ETI).
De ce fait, nous sommes souples sur la structure actionnariale. Notre point de motivation essentiel c’est la qualité du projet et la qualité de notre partenariat avec l’équipe. Ce sont pour nous des critères fondamentaux.
Par exemple en Chine, nous sommes souvent minoritaires car il s’agit de capital-croissance. Nous apportons aux sociétés chinoises des fonds propres pour leur permettre à se développer, sans recours à l’effet de levier. En Europe et aux Etats-Unis, nous sommes davantage investis dans la transmission. De ce fait, nous sommes indifféremment majoritaires ou minoritaires.

F&A Mag. : Pourriez-vous donner des exemples concrets d’investissement ?
H. D. : Parmi les exemples récents, nous venons investir aux côtés de l’équipe de management dans la société française NeoXam, spécialisée dans les logiciels pour les professionnels de la gestion d’actifs. Le défi de cette société consiste à se développer à la fois en Asie et aux Etats-Unis. Sur les 500 salariés qu’elle compte aujourd’hui, 80 sont en Chine. Le marché relatif à ces produits en Chine est très dynamique et nous pensons pouvoir être très utiles à l’équipe de management française pour bien gérer sa filiale, bien sentir les opportunités en Chine et en Asie de manière générale. Les Etats-Unis quant à eux représentent le plus gros marché mondial de l’asset management. Notre ambition est d’accélérer son implantation de la société sur ce territoire et ainsi de diversifier ses sources de revenus et de croissance.
Cette année, nous avons réalisé deux transactions dans le secteur automobile, une en Allemagne et une autre en France. Ces deux sociétés sont des équipementiers très proches des constructeurs automobiles européens. Le challenge pour elles est de s’internationaliser pour suivre leurs clients. La première étape consistera à accompagner les clients européens en Chine, leur mettre le pied à l’étrier en termes de volumes et de premières commandes. Si l’on veut bénéficier de l’expansion du marché local, il faudra aussi signer des contrats locaux.

F&A Mag. : Combien de participations composent aujourd’hui le portefeuille de Cathay ?
H. D. : Au sein de l’activité Private Equity, nous avons 40 participations actives et Cathay Innovation une vingtaine. Au total, nous avons réalisé près de 90 investissements depuis la création de Cathay. Chaque accompagnement est une histoire. On écrit des chapitres humains, industriels, économiques… Très souvent, dans nos entreprises, le fondateur est toujours à la tête… Nous avons une notion très forte d’alignement d’intérêts.

F&A Mag. : Au vu de tout ce qui a été dit, Cathay est un investisseur « hands on ». N’est-ce pas ?
H. D. : Nous avons une conception différente : nous sommes un investisseur « hands with ». Notre fonds est tourné vers l’influence, vers la valeur ajoutée, non pas vers le pouvoir. Même lorsque nous sommes majoritaires, nous cherchons à convaincre avec enthousiasme, passion et énergie et sans relâche. C’est pour cette raison que nous sommes tout aussi confortables en tant qu’actionnaire minoritaire que majoritaire. C’est notre credo, notre ADN, notre style.
Beaucoup de patrons que nous accompagnons investissent par la suite dans nos fonds et deviennent LPs. Parmi nos LPs, il y a beaucoup de personnes physiques, de familles françaises et chinoises qui nous sont fidèles depuis le premier fonds. Nous n’oublions pas que ce sont ces personnes qui nous ont permis au début de créer Cathay.
Au-delà d’un simple retour financier, Cathay crée des liens très forts, y compris des liens industriels sur les géographies où nous sommes implantés. Nous aidons les familles en les faisant bénéficier de notre écosystème sur les territoires sur lesquels nous sommes présents.
Nous sommes très « écosystème » et nous facilitons les mises en relations. Nous sommes proches de nos LPs, soucieux d’enrichir et de bonifier notre écosystème.

F&A Mag. : Où en êtes-vous aujourd’hui au niveau digital ?
H. D. : Le digital est très fortement ancré dans nos thèses d’investissement. Nous pouvons investir dans des sociétés qui ont un business model basé sur le digital ainsi que dans les entreprises enablers de ce canal de distribution. En Europe nous avons par exemple investi dans Datawords et Labelium, des sociétés spécialisées dans le marketing digital. En Chine, nous avons investi dans un certain nombre de sociétés qui sont des pure players du digital.
Ainsi, nous avons investi dans la logistique de JD.com (logistique liée à l’e-commerce). Nous sommes actuellement en train d’investir dans une autre société chinoise active dans la logistique. Nous aidons cet acteur purement digital à se déployer dans le monde.
Compte tenu de notre tropisme Innovation, il est rare qu’on investisse dans un acteur qui n’a pas déjà intégré l’importance du digital. Mais notre arrivée en tant qu’actionnaire peut également service d’accélérateur : ainsi, pour la société Ponroy, dans laquelle nous sommes co-investisseurs aux côtés de 3i, nous travaillons sur une forte digitalisation de l’entreprise, en France et en Chine.
Ecosystème, c’est le mot clé pour comprendre Cathay. Nous avons beaucoup de passerelles avec l’activité Innovation, qui est en pointe sur ces sujets.
Par ailleurs, parmi les LPs de Cathay Innovation, il y a aussi beaucoup de corporates  avec lesquelles nos collaborons étroitement pour identifier les tendances de demain et les sociétés les mieux placées au niveau mondial pour en profiter.

F&A Mag. : Pourquoi êtes-vous présents à l’IPEM ?
H. D. : Cette présence est historique pour Cathay et également liée à notre logique d’écosystème. Gilles Barissat, l’un des fondateurs de l’IPEM, connaît bien l’équipe de Cathay. Nous avons soutenu le projet en étant l’un des premiers fonds à être présents et nous sommes heureux de constater que l’événement prend de l’ampleur et devient de plus en plus international, accueille de plus en plus de LPs, a de plus en plus de partenaires, y compris parmi les médias. C’est un bon format pour échanger les LPs, les autres fonds et les entreprises venues pour témoigner.  Aujourd’hui c’est devenu un événement incontournable pour notre industrie.
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