Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

DOSSIERS

« Mon objectif consiste à détecter et à lever les freins »

Au 1er semestre 2018 :
  • 6,1 milliards € investis dans plus de 1.100 start-up, PME et ETI
  • 6,6 milliards € levés à 50% auprès d’investisseurs étrangers
  • Plus de 800 entreprises ont été cédées, en tout ou partie
 
Entretien avec Dominique Gaillard,
Président, France Invest
(Association des Investisseurs pour la Croissance)


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Selon la 29ème édition du rapport d’activité des acteurs du capital-investissement français, réalisée par France Invest et Grant Thornton, les investissements au 1er semestre 2018 s’élèvent à 6,1 milliards d’euros. Ils sont alloués à 1.116 start-up, PME et ETI. Ces niveaux très élevés sont stables par rapport au 1er semestre 2017 qui affichait un double record pour un 1er semestre, à la fois en montants investis et en nombre d’entreprises. Durant les 6 premiers mois de l’année 2018, les investissements ont été réalisés pour 19% dans le reste de l’Europe (hors de France), soit 2,6 fois plus qu’au 1er semestre 2017.
Les investissements dans le capital-innovation sont en forte progression (+42% par rapport au 1er semestre 2017, à 809 millions d’euros), notamment pour des tickets unitaires compris entre 5 et 30 millions d’euros dont a bénéficié un nombre de start-up en hausse.
Au 1er semestre 2018, la levée de capitaux atteint 6,6 milliards d’euros. Il s’agit d’un niveau élevé alors que la suppression de l’ISF PME, qui avait permis de lever 383 millions d’euros au 1er semestre 2017, a amputé une partie de la collecte.
La levée de capitaux affiche une très forte progression auprès des caisses de retraite et fonds de pension (+53% par rapport au 1er semestre 2017), notamment étrangers, et des fonds souverains (+75% par rapport au 1er semestre 2017), notamment asiatiques.
La forte présence d’investisseurs étrangers, qui représentent 50% de la collecte, « démontre l’attractivité du capital-investissement français ».
« Nous observons une forte accélération des investissements qui proviennent des fonds de fonds, des fonds de pension et des fonds souverains étrangers. C’est très positif. Ce sont des acteurs très longs à convaincre mais lorsqu’ils décident d’investir dans un fonds, ils le font sur le long terme et ne vont pas se retirer au moindre coup de froid conjoncturel. Ils commencent par investir un ticket petit à leur échelle puis augmentent régulièrement leurs commitments », commente Dominique Gaillard, Président de France Invest.
Selon lui, « aujourd’hui, la France a une meilleure image en termes d’investissement qu’il y a 4-5 ans. Le dynamisme lié aux réformes que le Président Macron a mis en place depuis un an est bien perçu par l’étranger. Par conséquent, les investisseurs internationaux développent leurs allocations sur les acteurs français... ».
Les assureurs et mutuelles restent de gros pourvoyeurs de fonds pour le capital-investissement (19% des montants levés au premier semestre 2018). Leur contribution suit de près celle des fonds de fonds (23%) et vient avant celle des caisses de retraite et fonds de pension (16%) et des personnes physiques / family offices (12%). « Les assureurs et mutuelles notamment français continuent à être actifs malgré Solvency II qui impose un taux de charge en capital élevé pour les actions non cotées... Grâce à l’effort de France Invest, ce taux est par ailleurs passé de 49 à 39%. Malgré cette charge en capital conséquente, les assureurs et les mutuelles continuent à investir massivement dans cette classe d’actifs qui surperforme largement toutes les autres classes d’actifs sur longue période », souligne Dominique Gaillard.
Le point négatif des statistiques du premier semestre c’est la réduction des montants levés par les fonds fiscaux, liée à la disparition de l’ISF. Les collectes des FCPI et des FIP passent de 383 millions au premier semestre 2017 à 26 millions au premier semestre 2018.
Quant aux investissements, les montants restent stables : plus de 1.116 entreprises ont été soutenues dont 922 sont françaises (83%). « On note une augmentation des montants investis dans le capital-innovation. La taille du ticket unitaire a beaucoup crû. Les tickets entre 5 et 30 millions d’euros sont en nette augmentation. Le Président Macron et Bpifrance insistent sur la nécessité pour la France de créer davantage de fonds de Growth qui soutiennent les start-up et qui seraient prêts à investir entre 50 et 100 millions d’euros par opération... Aujourd’hui, seuls 2-3 fonds français sont en mesure de le faire », déplore le Président de France Invest. « Nous souhaitons favoriser le développement d’acteurs capables d’intervenir lors de tours de financement plus significatifs », souligne Dominique Gaillard.
« Bpifrance est un grand support pour beaucoup d’entre nous. Nous avons les mêmes objectifs, la même stratégie. Son implication permet d’améliorer la compréhension de ce que le capital-investissement apporte à l’économie française », note-t-il.
Au premier semestre 2018, en matière d’investissement, le capital-développement affiche un niveau d’activité similaire au premier semestre 2017. Le capital-transmission est en légère baisse.
Pour l’ensemble des statistiques, il ne faut pas oublier que certains acteurs ne figurent pas dans le périmètre de l’étude notamment des fonds de pension, en particulier canadiens (comme CDPQ, PSP, OMERS et CCPIB), ainsi que des family offices qui ont été très actifs en France en 2018. « Conformément à notre méthodologie, n’étant pas encore membres de France Invest, leurs investissements ne sont pas – encore - inclus dans les statistiques », explique le Président de France Invest.
Selon lui, « L’année 2018, devrait être comparable à 2017 qui avait franchi des records en termes des montants levés et investis. Plusieurs gros fonds sont en cours de levées et viendront augmenter les statistiques du deuxième semestre ».
Côté sorties, 814 entreprises ont été partiellement ou totalement cédées au premier semestre 2018, contre 820 pour la même période de 2017.
Puisque les prix sont élevés, devrait-on s’attendre à une augmentation du nombre de cessions ? « Aujourd’hui, ce n’est pas vraiment le cas… Les fonds ne cherchent pas forcement à céder trop vite et préfèrent garder leurs participations dès lors qu’ils considèrent qu’ils ont encore la capacité de faire croître ces entreprises », estime notre interlocuteur.
Aujourd’hui, France Invest compte 315 membres actifs. « Nous avons également près de 200 membres associés, notamment des cabinets de conseil juridique et financier. Ces chiffres en progression constante soulignent la dynamique de notre industrie », précise Dominique Gaillard.
France Invest compte de plus en plus de membres, grâce notamment à l’augmentation du nombre de first time funds (l’agrément AMF est conditionné au fait qu’ils soient membres d’une association professionnelle). « Les fusions d’équipes, également bénéfiques pour créer des acteurs de plus grande taille, peuvent faire baisser le nombre de membres mais cette baisse est largement compensée par l’arrivée de nouveaux acteurs. De plus, certains family offices décident de devenir membres de France Invest… », commente le Président.
« Les family offices ont de plus en plus d’appétit pour le capital-investissement, soit en tant qu’investisseurs dans les fonds, soit en tant qu’investisseurs directs aux côtés des fonds ou en solo », poursuit-il.
« En tant que Président de France Invest, je souhaite encourager l’émergence des first time funds, catégorie très peu développée il y a 7-8 ans. Ils permettent de régénérer l’écosystème du capital-investissement », estime Dominique Gaillard. Parmi les tendances, notons aussi l’apparition de fonds très spécialisés, par exemple, des fonds focalisés sur la foodtech, sur la fintech etc.
Parmi ses principaux chantiers, le nouveau Président a plusieurs batailles à mener.
« Depuis 10-15 ans, le marché français du capital-développement et du capital-transmission est animé, aux deux tiers, par des opérations secondaires, tertiaires, etc. Je suis favorable à ces LBO successifs car les stratégies des fonds qui se succèdent correspondent à des stades de développement différents des entreprises. C’est d’ailleurs un très beau moyen de créer vite ces fameuses ETI dont la France a tellement besoin. En parallèle, France Invest souhaite sensibiliser plus largement les sociétés familiales au bénéfice d’avoir un fonds à leurs côtés pour les aider à grandir plus vite. Nous souhaitons aller au contact des sociétés familiales… Nous avons encore un gros travail d’éducation à faire », souligne Dominique Gaillard.
Autre sujet, associer plus largement les salariés des entreprises accompagnées par le capital-investissement au partage de la valeur. « Les salariés des sociétés dans lesquelles nous investissons considèrent souvent qu’ils ne profitent pas de la création de valeur générée. Pour ce faire, et alors que nous nous sommes saisis du sujet il y a près de 6 ans, notre capacité de conviction a fini par aboutir pour promouvoir un mécanisme fiscal pertinent, simple et attractif qui permette de partager une partie de la création de valeur. Dans le cadre du projet de loi Pacte un amendement porte cet objectif qui permettra via un système d’intéressement de transférer une partie de la plus-value des actionnaires aux salariés sur la base d’un accord tripartite signé au début d’une opération entre les actionnaires, les dirigeants et les représentants du personnel. Cet amendement a été voté en première lecture à l’Assemblée Nationale en octobre et devrait être définitivement approuvé au printemps 2019. », commente Dominique Gaillard.
A noter que certains fonds sont déjà engagés dans cette voie sous forme de prime exceptionnelle à la sortie. « Aujourd’hui, fiscalement, entre les fonds que l’on attribue et ce qui arrive dans la poche du salarié il y a énormément de déperdition... », déplore Dominique Gaillard. Malgré l’absence d’un cadre fiscal incitatif, Ardian implique déjà les salariés de certaines de ses participations et ce depuis 2005 « car nous considérons que nos opérations doivent être créatrices de valeur pour tous ».
Durant son mandat, Dominique Gaillard voudrait également « sensibiliser les sociétés d’investissement mono-stratégie que le fait d’être multi-stratégies permet de grossir plus vite. Ceci peut être mise en place soit par rapprochements d’équipes soit par création d’équipes directes.  Ardian en est également un bon exemple qui, par un dialogue beaucoup plus approfondi et régulier avec les investisseurs sur toute la planète, a pu se développer plus rapidement et être moins cyclique », estime Dominique Gaillard.
« Mon principal objectif consiste à détecter et à lever les freins, juridiques, fiscaux, psychologiques... C’est le rôle de France Invest de rendre l’écosystème plus fluide et plus efficace », conclut le Président de France Invest.
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