Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

DOSSIERS

« La vertu vient de la diversité au sens large »

Entretien avec Alexandra Dupont,
Directrice Associée, RAISE Investissement,
Présidente d’AFIC avec Elles

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Diplômée de l’EDHEC et de la Copenhagen Business School (CBS), Alexandra Dupont commence sa carrière chez 21 Centrale Partners en 2002, où elle apprend le métier au sein d’une petite équipe de professionnels qui disposait à l’époque d’un véhicule d’investissement doté d’environ 80 millions d’euros. Ainsi, elle apprend le métier « dans un cycle de marché très dynamique, au sein d’une équipe en pleine expansion, très performante et pleine d’ambitions ». Cependant, son goût pour l’international la pousse à intégrer en 2007 Cognetas (devenu depuis Motion Equity Partners) : « La dimension internationale de 21 Centrale Partners à l’époque était plus limitée qu’aujourd’hui, ce qui n’était pas le cas de Cognetas qui fonctionnait sur 4 pays (Angleterre, Allemagne, Italie et France), avec un vrai comité paneuropéen… », explique Alexandra Dupont. Puis en 2010, elle poursuit sa carrière en tant que Directeur d’Investissement chez BNP Paribas Private Equity, filiale de gestion pour le compte de tiers de BNP Paribas.

RAISE, UNE STRUCTURE «DIFFÉRENTE»
Elle entend parler de la création de RAISE par Gonzague de Blignières et rejoint la structure à ses débuts en 2013.
« Gonzague de Blignières a voulu créer une structure très différente de celles qui existaient déjà sur le marché. Nous avons commencé dans un mode très entrepreneurial, avec de petits bureaux boulevard Saint-Germain. C’était passionnant. Les premiers fonds ont été levés en janvier 2014. Puis, nous avons eu la chance  de bénéficier d’un cercle vertueux, avec notre premier deal réalisé en juillet 2014 ; il s’agissait d’une prise de participation minoritaire au capital  de Serenium (services funéraires) », raconte Alexandra Dupont.
Aujourd’hui, RAISE Investissement dispose de près de 400 millions d’euros sous gestion et intervient sur des investissements minoritaires, avec des tickets compris entre 10 et 45 millions d’euros dans tous les secteurs d’activités. « Ce qui nous intéresse avant tout, ce sont les équipes dirigeantes : RAISE Investissement cherche à être séduit par les hommes et par leurs projets. Nous ne mettons pas en place de leviers trop importants, nous sommes plutôt dans une logique de laisser des cash-flow dans les entreprises afin qu’elles puissent financer leur développement », explique Alexandra Dupont.
A ce jour, RAISE Investissement a déjà réalisé 8 investissements : Serenium, Babilou (crèches), Questel (gestion de brevets via logiciels), Acteon (matériel dentaire et médical), B2S (call centers), Nature & Découvertes (réseau de retail), Jifmar (services maritimes; maintenance d’infrastructures en milieu marin) et Carso (analyse des sols, eau, air, aliments…). « Nous bénéficions d’un portefeuille assez varié. Actuellement, nous travaillons sur plusieurs opérations dont certaines pourraient être closées prochainement », confie Alexandra.
En parallèle de l’activité d’investissement, RAISE a créé le Fonds de Dotation RAISE qui repose sur un mécanisme de financement unique et dont le but consiste à promouvoir l’entreprenariat en France. « Cette fondation se nourrit d’une partie des plus-values générées par la société d’investissement et de 50% du carried interest de l’équipe que nous avons tous accepté de reverser à la fondation pour lui donner les moyens de son action philanthropique », commente Alexandra Dupont. « Par ailleurs, 40% des fonds que nous gérons proviennent de grands groupes français qui souhaitent donner de leur temps pour aider les jeunes entreprises de croissance à émerger et devenir des PME pérennes. Ainsi le Fonds de Dotation RAISE a mis en place des programmes de mentoring : des cadres de high potential au sein des grands groupes deviennent mentors de jeunes entreprises. Par exemple, le patron des produits frais de Danone a accompagné la startup La fabrique – Cookies », précise Alexandra Dupont.
Depuis sa création, la fondation a rencontré près de 1.500 jeunes entreprises parmi lesquelles 120 ont été accompagnées au travers de programmes de mentoring, de prêts d’honneur, de mesures de formation, etc.
Enfin dernière activité lancée en janvier dernier : RAISE REIM, une société de gestion dédiée à l’immobilier. « L’objectif est d’allier création de valeur et rendement, centré sur l’acquisition d’immeubles tertiaires parisiens à redévelopper, ainsi que l’accompagnement du développement immobilier des ETI. C’est une nouvelle étape de développement pour RAISE ! » se réjouit Alexandra Dupont.

AFIC AVEC ELLES
Alexandra Dupont est membre du Club AFIC avec Elles, quasiment depuis sa création en 2011, car le sujet de la féminisation du capital-investissement lui tient à cœur. Alors quand Sophie Paturle, Présidente et co- Fondatrice, souhaite passer la main et lui propose le poste, c’est tout naturellement qu’Alexandra accepte et prend la présidence d’AFIC avec Elles à son tour début 2016. « Les choses se sont faites très simplement. Je m’étais déjà occupée d’AFIC Avenir pendant deux ans (NDLR : présidente d’AFIC Avenir de 2005 à 2007) et j’avais trouvé cette mission enrichissante. J’étais très engagée dans cette aventure et j’en ai gardé un très bon souvenir », commente Alexandra Dupont.
« Aujourd’hui nous avons énormément de choses à faire car, plus on gravit les échelons, moins il y a de femmes dans les métiers du capital-investissement… Nous avons créé des événements au format 100% Elles, une nouveauté pour AFIC avec Elles qui se focalisait jusque-là sur des évènements mixtes et des études quantitatives annuelles menées par Deloitte permettant de connaitre la place des femmes dans le capital-investissement… Les Soirées 100% Elles sont alternés avec des événements Hommes & Femmes permettant notamment de communiquer sur les freins pour la mixité », précise Alexandra Dupont.
Lors de ses soirées thématiques, AFIC avec Elles fait témoigner des femmes engagées, qu’elles soient dirigeantes d’entreprises, ministres, sportives de haut niveau etc. La dernière édition, organisée chez RAISE en mars 2017, s’articulait sur le thème de la food :  « Nous avons invité des start-ups (La fabrique  Cookies, Mamie Foodie et Les Trois Chouettes) et la  Maison familiale de Champagne Le Gallais qui ont pu nous faire découvrir leurs produits et leurs univers à l’occasion d’une soirée très conviviale.
En juillet, AFIC avec Elles organise un événement autour d’une femme pilote de chasse dans l’armée de l’air : « Elle nous fera partager son expérience de femme dans l’armée… C’est une une femme d’exception, très engagée, qui œuvre dans un métier difficile très différent du nôtre… En 2016, nous avions invité Justine Mettraux, jeune navigatrice genevoise primée, qui nous avait fait découvrir son quotidien, tout juste de retour de la course en solitaire du Figaro. Elle nous avait parlé de la façon de gérer la fatigue, le stress, l’alimentation… Très enrichissantes, ces expériences aident à relativiser un certain nombre de choses », estime Alexandra Dupont.

UN MÉTIER QUI RESTE «MASCULIN» ?
Dans le métier du private equity, non seulement les équipes des fonds sont majoritairement composées d’hommes mais les dirigeants d’entreprises le sont également à 95%. « Féminiser la profession n’est pas une chose facile », déplore Alexandra Dupont. « En plus des barrières que l’on connaît,  les femmes ont beaucoup d’autocensure. De nombreuses femmes quittent ce métier parce qu’elles ont du mal à concilier leur vie de famille avec cette profession.. Il y a beaucoup d’éléments qui compliquent le parcours professionnel des femmes », explique la Présidente d’AFIC avec Elles. Pour remédier à ce problème, « nous essayons d’expliquer aux hommes les bienfaits de la féminisation des équipes. De nombreuses études et livres abordent ce sujet sociétal et beaucoup d’entreprises françaises ont mis en place une politique de mixité. Le nouveau gouvernement Macron y est également très sensible. Il y a une vraie réflexion de fonds ».
Le métier du private equity compte beaucoup de petites équipes de gestion de 10-15 salariés. Compte-tenu de leur taille, ces sociétés ne font pas beaucoup de recrutements et leurs possibilités de féminiser les équipes sont ainsi très limitées. « C’est pourquoi lors des recrutements, nous suggérons d’avoir au moins un candidat femme et un candidat homme dans la short-list. C’est déjà un vrai engagement », souligne Alexandra Dupont.
Quant à RAISE, la structure, qui compte 26 collaborateurs en intégrant l’équipe de la fondation (4 personnes), a une vraie volonté d’être paritaire. « Nous avons deux présidents, un homme et une femme, et au niveau des équipes, c’est quasiment 50/50 », précise notre interlocutrice.
Finalement, les études le prouvent : les équipes mixtes sont globalement plus performantes. « La vertu vient du fait d’avoir des personnalités différentes, des visions différentes, dans ce métier très difficile qui repose essentiellement sur les équipes dirigeantes. Le fait d’avoir au sein des équipedes grilles d’analyse divergentes aide à se poser de bonnes questions. La vertu vient de la diversité au sens large ».
S’agissant de la gestion du temps, « Tout d’abord, c’est une grande organisation etil ne faut pas mettre la barre trop haute. Pour ne pas abandonner ce métier en cours de route, il faut lâcher prise. Tant qu’on est épanouie et qu’on donne de l’amour à ses enfants, ils ont de grandes chances de devenir des adultes accomplis et équilibrés. C’est ma conviction personnelle », souligne Alexandra Dupont, mère de trois enfants aujourd’hui âgés de 8 ans, 5 ans et 9 mois.
Par ailleurs, avoir un mari compréhensif et des personnes qui aident est aussi indispensable. « Selon moi, il faut que ça soit un projet du couple, un choix de vie équilibré et équilibrant pour tout le monde », estime notre interlocutrice.
Enfin, la compréhension des équipes est également importante : donner aux femmes une certaine flexibilité sur leur agenda peut régler pas mal de problèmes et ce n’est pas pour autant qu’elles travailleront moins. « RAISE est en ligne avec cet état d’esprit. Au sein de nos équipes, de nombreux professionnels ont de grandes familles avec beaucoup d’enfants. Clara Gaymard a mis la barre haute : elle en a neuf », sourit Alexandra Dupont.
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