Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

DOSSIERS

« J'ai toujours accepté les nouveaux challenges…»

Entretien avec Monique Cohen,  Directeur Associé, Apax Partners


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D’une certaine manière, les femmes sont nombreuses dans les métiers de la finance. « Beaucoup de jeunes femmes travaillent au sein des banques ou des cabinets de conseil en stratégie. Elles forment les troupes mais, malheureusement, il n’y en a pas suffisamment aux postes d’associé ou de partner », déplore Monique Cohen, Directeur Associé au sein d’Apax Partners. « Je pense que cette situation est en train d’évoluer mais elle n’évolue pas suffisamment vite », estime-t-elle.
« Traditionnellement, ce sont des métiers de négociateurs, des métiers assez rudes dans la forme des échanges, avec des implications financières importantes. Les femmes interviennent pour instruire les dossiers, préparer les décisions, mais elles ne sont pas décisionnaires… Les choses vont changer. C’est ma grande conviction », sourit Monique Cohen.
La question est double : Notre société, est-elle prête aujourd’hui à laisser les femmes occuper les postes clés dans les métiers de la finance ? Les femmes, sont elles prêtes elles-mêmes à devenir décisionnaires ? Probablement, mais les enjeux de pouvoir et de décision les intéressent moins que leurs collègues masculins. « Nous avons toujours le souci de bien faire mais nous ne souhaitons pas nécessairement être décideurs », constate Monique Cohen. « Dans la sphère professionnelle, nous étions pendant longtemps cantonnées dans des fonctions de support. Je pense que cette situation va évoluer. Aujourd’hui, de plus en plus de femmes font les études équivalentes à celles des hommes. De ce fait, je suis très optimiste ». 
Cependant, « beaucoup de jeunes femmes ont envie d’avoir un travail qui a du sens. Elles souhaitent accompagner des projets pour aider, contribuer humainement… Elles sont ravies de travailler dans les fondations, peu importe le montant du salaire ».
Diplômée de l’école Polytechnique, Monique Cohen débute sa carrière dans la banque au moment où celle-ci s’internationalise. Lorsqu’elle commence à travailler au sein de Paribas au début des années 1980, la banque « passe d’un monde très feutré, très protégé, … à l’ouverture aux marchés internationaux et à l’explosion des marchés de capitaux… ».
« J’ai eu beaucoup de chance », estime Monique Cohen qui commence sa carrière au moment des « évolutions fondamentales dans la finance » au sein de Paribas qui « voulait être la première banque d’affaires à diriger les opérations de marché importantes ».
« J’ai pu participer à des projets de grande envergure … Dans les années 1990, la France a connu une vague de grandes privatisations… Ma formation me permettait d’être reconnue pour mettre les process en place, de dialoguer avec des interlocuteurs du Trésor qui étaient eux aussi des polytechniciens. J’ai participé à toute cette aventure de l’ouverture du marché français aux grands mouvements des capitaux. C’était extraordinaire », se souvient notre interlocutrice attirée non seulement par le côté innovant du métier mais aussi et surtout par les dirigeants visionnaires aux côtés desquels elle travaille tel Patrick Stevenson au sein de Paribas. Très rapidement, Monique Cohen devient patron d’équipe. « C’était justifié car j’avais mené la privatisation d’Elf Aquitaine, celle d’Usinor, l’ouverture d’UAP, des AGF …, de très grandes opérations emblématiques pour l’État français ». Ensuite, elle devient non seulement patron d’une plate-forme française mais aussi responsable au niveau mondial. Lorsqu’on lui propose d’être responsable mondiale pour les métiers actions, un poste basé à Londres qui consiste à encadrer près de 1 000 personnes dans le monde, elle accepte et assume ces fonctions pendant trois ans, loin de son mari et de ses deux enfants, adolescents à cette époque. 
« J’ai toujours accepté les nouveaux challenges », sourit notre interlocutrice.
Vient ensuite le rapprochement entre BNP et Paribas. Dans les années 2000, Monique Cohen rencontre l’un des associés d’Apax Partners qui part à la retraite. « Apax m’a fait une proposition. J’avais 43 ans à l’époque. J’ai décidé d’y aller car les gens que j’ai rencontré m’ont convaincu, avec des valeurs et une vision de leur métier très intéressante ». Il s’agit notamment de Maurice Tchenio, fondateur-visionnaire, « un patron très à l’écoute de son équipe », ainsi que d’Eddie Misrahi qui a « complétement changé la manière de travailler ».
Le private equity en 2000 n’existait pas. « C’était en train de démarrer. Comme j’étais patron métier chez BNP Paribas, le seul poste qu’ils pouvaient me proposer était celui d’associé. Ils m’ont accompagné sur mes premières opérations afin que je puisse apprendre … car je n’étais pas armée pour faire ce métier », commente Monique Cohen qui commence sa carrière dans le capital-investissement par la reprise des actifs d’édition de Vivendi : Aprovia et Medimedia. Elle intervient sur le deal Medimedia, une très belle opération avec une grande composante américaine. Au début de sa carrière chez Apax Partners, Monique Cohen intervient également sur la reprise de la société Alma Consulting aux côtés du fondateur ainsi que sur l’acquisition de la division services généraux de Thales (Faceo). « Les sociétés que j’ai accompagnées étaient toujours des entreprises de croissance, avec beaucoup de valeur ajoutée, comme la filiale de Cetelem en Belgique ou la plate-forme d’expertise assurance TEXA. Pour cette dernière, Apax a plus que doublé l’EBITDA en quatre ans.
« Dans la négociation, c’est l’aspect prise de risque qui inquiète et dérange un certain nombre de jeunes femmes. Elles imaginent que c’est toujours une confrontation mais ce n’est pas le cas. La confrontation peut très bien être évitée. C’est un challenge. Nous ne sommes pas dans l’opposition, nous sommes dans la conviction, ce qui peut être très efficace dans certaines situations. Il faut que les femmes arrivent à s’en convaincre elles-mêmes... Les femmes ont un à priori sur la brutalité de ce métier qui peut être mené sans confrontation… En revanche, il faut être convaincue, trouver ses armes. Il faut être persuasive. Puis il faut savoir dire non », souligne notre interlocutrice qui était pendant très longtemps seule femme au sein de l’équipe d’investissement d’Apax Partners à Paris qui compte aujourd’hui une vingtaine de personnes dont 4 femmes. 
Quant à l’avenir de la femme dans les métiers de capital-investissement, Monique Cohen est très optimiste pour deux raisons. « Premièrement, les femmes font aujourd’hui les mêmes études que les hommes. Dans la mesure où il y a cette égalité de formation, il y aura de plus en plus de capacité à faire exactement la même chose, dans la finance et ailleurs. Il faut simplement que les femmes en aient envie. Deuxièmement, notre métier est aussi porteur de sens... Je passe beaucoup de temps pour expliquer que mon métier est intéressant et porteur de sens car nous accompagnons les sociétés en les aidant à se développer, à grandir », explique Monique Cohen.
« Les femmes de ma génération étaient plus féministes. Elles voulaient faire comme les hommes. Aujourd’hui, les jeunes femmes ont dépassé cet état d’esprit. Elles veulent faire les choses qui les intéressent. Elles ne se mettent pas dans un challenge avec les hommes. Elles ont fait les mêmes études et elles n’ont plus rien à prouver... Notre génération avait une motivation différente », note l’associée d’Apax Partners.
« Aujourd’hui, les hommes, comme les femmes, veulent consacrer du temps à leurs familles et savent utiliser les moyens modernes de travail. Cela n’existait pas au début de ma carrière », se souvient Monique Cohen.
« Je n’ai jamais utilisé le fait d’être une mère de famille pour ne pas faire les mêmes réunions que les hommes. Je me suis toujours donné comme règle de conduite de ne pas faire apparaître de différences dans mon implication par rapport à un homme », confie notre interlocutrice. 
« Quand j’ai commencé à travailler, les messieurs n’hésitaient pas à faire les réunions très tôt le matin ou très tard le soir. Si je ne voulais pas entendre de remarques sexistes, il fallait que je fasse comme eux… C’est une forme de règle que je me suis fixée et de ce fait je n’ai jamais eu de commentaires », explique-t-elle. « Aujourd’hui, ce sont de plus en plus les hommes qui ont des contraintes familiales et qui souhaitent passer plus de temps avec leurs enfants », sourit Monique Cohen qui participe à de nombreuses initiatives.
« J’estime avoir eu beaucoup de chance. J’ai réalisé une carrière intéressante et complète. Quand je peux aider les autres, je le fais ». A chaque fois que des réseaux de femmes lui proposent de participer à des réunions, d’apporter un témoignage ou de rencontrer d’autres femmes, Monique Cohen répond présente. « Ces réunions peuvent être très efficaces car elles associent les femmes dans la finance de différents horizons… Les échanges sont importants », souligne Monique Cohen.
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