Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

DOSSIERS

« Il faut savoir saisir les opportunités et relever de nouveaux défis »

Entretien avec Maja Torun, 
Managing Director - Investment Banking, Citi

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Maja Torun a un parcours riche d’un point de vue international et de compétences. Fille d’un diplomate et d’une médecin, elle grandit dans différents pays européens dont la Belgique, la Suisse et la Pologne.
Arrivée en France vers l’âge de 25 ans, elle décide d’y rester après avoir fait sa scolarité en Suisse et poursuivi ses études supérieures en Pologne où elle fait l’équivalent de HEC à Varsovie (Warsaw School of Economics, Master en économie). « La France est un très grand marché en Europe qui compte de nombreux leaders mondiaux et figure parmi les quelques marchés les plus actifs du point de vue d’opérations financières », commente Maja Torun, Managing Director chez Citi.
Elle commence sa carrière au sein du BCG (Boston Consulting Group), dans le conseil en stratégie, où elle accompagne des dirigeants : « J’apprécie beaucoup le côté interpersonnel de ce métier, que j’ai retrouvé par la suite en banque d’affaires», développe Maja Torun « très tôt on m’y confie beaucoup d’autonomie et de responsabilités, autre similitude avec la banque». Au BCG, elle intervient sur différents types d’opérations : « il s’agit d’une part de missions stratégiques qui définissent les axes de développement des sociétés et d’autre part de missions opérationnelles qui optimisent leur footprint de production, leur sourcing, les coûts logistiques ou encore leur organisation ». Elle participe également à plusieurs opérations de due diligence lors de la reprise de sociétés par des fonds de private equity – en charge d’identifier les opportunités et risques et d’en quantifier les implications sur la thèse d’investissement, elle découvre ainsi la jonction entre le côté stratégique et financier du métier.
Après son MBA à l’INSEAD, Maja Torun souhaite acquérir de nouvelles compétences dans le domaine financier et rejoint la banque d’affaires Merrill Lynch en 2007. Elle y développe la technique M&A travaillant sur des opérations particulièrement complexes et structurées, notamment sur l’acquisition de British Energy par le français EDF ou encore de Poweo par l’autrichien Verbund; elle alterne processus d’achat et de vente d’actifs pour le compte de corporates ou de fonds.
En 2010, Maja Torun intègre Deutsche Bank en suivant une partie de l’équipe dirigeante de Merrill Lynch. « C’était une opportunité séduisante car DB se développait à l’époque fortement sur le marché français. J’ai ainsi continué mon activité dans le M&A en y ajoutant une nouvelle expérience: les opérations d’introduction en Bourse, devenues de nouveau possibles avec la réouverture du marché en 2013…».
C’est en combinant toutes ces expériences, que Maja Torun a pu évoluer vers son rôle actuel de couverture de corporates d’un point de vue stratégique/ financier. Ce rôle englobe les sujets de M&A, d’introduction en Bourse, d’ouverture capitalistique, de financement etc. « C’est l’évolution graduelle de ma carrière qui m’a permis de construire ce profil qui correspond à des besoins de plus en plus sophistiqués et complets de nos clients », commente Maja Torun.
Une bonne exécution M&A ne suffit pas. « Le dialogue stratégique continu et la compréhension du client sont très importants et le M&A est la résultante d’une réflexion stratégique et financière que je mène avec mes clients… Il ne faut jamais perdre de vue le fait que les clients connaissent leur métier bien mieux que les conseils mais ils apprécient un regard extérieur … ».
En 2016, Maja Torun répond à la sollicitation de Citi qui « cherche des profils capables de mettre au profit des grands groupes français leur propre expérience ainsi que de mobiliser l’étendue de l’expertise dont dispose la banque dans une diversité de pays et de métiers financiers».
Maja Torun accepte cette « opportunité venue d’une banque qui s’est restructurée suite à la crise et cherchait à investir considérablement dans son activité de banque d’investissement en Europe avec une ambition et les moyens de devenir un leader dans ce segment ». Dans cette optique, durant ces deux dernières années, Citi a recruté beaucoup de profils « reconnus, tel notamment Valery Barrier ou Emmanuel Regniez à Paris ». Incarné par Luigi de Vecchi, le Chairman pour l’Europe, ce projet a séduit la banquière d’affaires. « Il faut savoir saisir les opportunités et relever de nouveaux défis », sourit Maja Torun. Le pari de Citi commence d’ailleurs à payer – Citi est classée dans les trois premiers établissements conseils en terme de valeur de transactions M&A annoncées en France depuis le début de l’année 2017 selon Thomson Reuters.
« La  plupart des opérations que nous conseillons sont des deals cross-border qui créent des champions mondiaux. La plate-forme de Citi à Paris a réussi à se positionner sur la majorité des grandes opérations annoncées dernièrement, avec pour ma part le conseil à Essilor sur leur combinaison avec Luxottica, une très belle opération pour les deux sociétés… C’est une opération de croissance commune, de vision commune et de création d’un groupe européen leader mondial… En tant que conseil M&A, nous sommes très fiers et désireux de se positionner sur ce type d’opérations permettant de faire émerger des champions européens», commente notre interlocutrice.
Maja Torun travaille aussi sur l’introduction en Bourse de Carmila, la filiale Real Estate de Carrefour, permettant à cette foncière de continuer son projet de création de valeur. Plusieurs autres opérations en cours restent à ce stade confidentielles.
Quant à la coloration sectorielle, « très peu de banquiers à Paris sont spécialisés dans une seule industrie, ce qui est plutôt du ressort des spécialistes sectoriels. Néanmoins, un bon banquier local doit comprendre son client et les enjeux de son secteur, donc à partir d’un certain niveau de séniorité j’ai essayé d’axer mes domaines d’intervention autour de thématiques sectorielles communes… J’arrive ainsi à une bonne cohérence dans mon portefeuille clients qui entrent tous au sein de trois grands secteurs de prédilection. Dernièrement, des thèmes transverses émergent par exemple autour de la problématique du digital qui est omniprésente... Ce monde de la convergence technologique m’est particulièrement proche depuis que j’ai eu la chance de travailler pour Worldline, la filiale de paiement d’Atos, ou pour Showroomprivé, acteur majeur du online en France», explique notre interlocutrice.
« C’est un constat, dans l’univers du business, il y a beaucoup moins de femmes que d’hommes, surtout à des niveaux dirigeants… L’enjeu pour une femme consiste à connaitre ses qualités et compétences spécifiques et en faire des atouts professionnels. Par exemple, le fait d’écouter les autres avant de parler peut devenir un outil, un grand avantage de communication... Ainsi, des caractéristiques plutôt « féminines » - sans entrer dans des généralités forcément réductrices - peuvent devenir des vrais atouts business. C’est de cette façon que l’on arrivera à avoir plus de femmes qui, sans se transformer, adapteront leur panoplie de compétences et de capacités au monde business qui, lui, ne se transformera pas radicalement à court terme», commente Maja Torun.
« Certaines de mes caractéristiques plutôt « féminines », comme l’envie de dialogue, un côté empathique, l’envie de créer une relation de confiance, me poussent à chercher un environnement de travail et des contextes où je peux créer ce genre de rapports. C’est le cas chez Citi.», estime la Managing Director de Citi qui compte plus d’une trentaine de professionnels au sein de sa division Investment Banking à Paris.
Comment avoir plus de femmes dans la finance ? « Ça va prendre encore beaucoup de temps et demandera des efforts considérables... Malgré la volonté des banques, on est loin d’avoir atteint un seuil significatif… Je pense que c’est une évolution graduelle, longue, avec beaucoup de passages de stagnation pour franchir ensuite des paliers... », souligne Maja Torun.
Beaucoup de femmes quittent cette carrière au moment de fonder une famille. « Je pense que ce moment fait cristalliser d’autres raisons pour quitter la banque ».
« Je pense qu’il n’y a pas de raisons fondamentales pour qu’une femme ne puisse pas concilier sa vie familiale avec sa vie professionnelle… Les couples deviennent de plus en plus paritaires… Cela pourra aider à faire bouger les choses », espère Maja Torun. « Il faut adopter une vision plus globale des défis des femmes dans le business que celle limitée à la problématique de la maternité, même si cette dernière peut naturellement en être un».
Il ne faut pas oublier que « Dans la vie comme dans le business, tout n’est pas parfait. L’art du banquier d’affaires est aussi de trouver la façon de concilier les différents intérêts, contourner les problèmes, trouver des solutions et donner l’impulsion positive », estime Maja Torun qui a travaillé sur plus d’une vingtaine d’opérations allant de 100 millions à près de 50 milliards d’euros de valeur. « Chacune de ces opérations avait une particularité : dans la négociation, dans la structuration, dans son contexte, dans la rapidité ou bien, au contraire, la lenteur de l’exécution... Ceci apprend à être flexible et innovant.»
« Mon métier me permet de voyager beaucoup, de faire des opérations dans le monde entier. Ainsi, ai-je pu conseiller Carrefour lors de la vente de ses opérations en Indonésie et en Malaisie ou Schneider lors de l’acquisition d’Invensys en Grande-Bretagne... Le côté international devient naturel et nécessite non seulement de s’appuyer sur les équipes locales mais aussi de pouvoir se rendre sur place et de savoir opérer efficacement dans un contexte multiculturel... », souligne notre interlocutrice qui n’intervient pas que sur des « jumbo deals ». « J’aime beaucoup faire des opérations de taille moyenne, voire petite. Dans ces transactions, l’interaction avec le management est souvent plus forte et le rôle d’accompagnateur prend tout son sens. Puis, elles permettent de gagner la confiance de nos clients et donnent la possibilité d’être présents sur les transactions transformantes ».
« Je pense avoir une approche saine par rapport à mon travail. Dans ce métier de services, très exigeant, je m’investis pleinement mais je n’y vois pas l’unique sens de ma vie », confie Maja Torun dont les centres d’intérêt sont divers, notamment la musique, la randonnée, le tennis… « Cela me permet de me ressourcer, d’être plus efficace, plus performante ». Passer du temps en famille et avec des amis est également très important. « C’est une question d’équilibre.».
« Notre métier est très exigeant et demandeur d’efforts. Dans ce contexte, il est primordial de préserver un équilibre personnel », ajoute notre interlocutrice.
« En exerçant ce métier, on apprend en permanence. Je pense que l’on ne finit jamais d’évoluer », conclut Maja Torun.
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