Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

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« En Allemagne, la valorisation compte mais elle ne prime pas »

Entretien avec Hervé Montjotin, Président Exécutif, Socotec
 

                                             ©Jean-Michel Meigné

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Créé en 1953, le groupe Socotec est aujourd’hui implanté dans 25 pays et a réalisé en 2018 un volume d’affaires de 700 millions d’euros avec 200.000 clients. Acteur du contrôle tierce partie, l’entreprise compte 7.800 collaborateurs dont 5.000 ingénieurs et techniciens. N°1 du contrôle construction en France et acteur majeur des TIC (Testing Inspection Certification), Socotec avait fait l’objet d’une première opération de LBO en 2008, avec Qualium Investissement. Depuis 2013, la société d’investissement Cobepa, détenue par cinq puissants family offices, est l’actionnaire majoritaire de Socotec, avec 65% du capital. Five Arrows Principal Investment est actionnaire minoritaire, avec 22% du capital. « Cobepa compte une vingtaine de professionnels basés à Bruxelles et à New York... C’est un fonds « evergreen » qui n’a pas d’horizon prédéfini de sortie », précise Hervé Montjotin, à la tête de Socotec depuis septembre 2016, après avoir été le CEO de Norbert Dentressangle, cédé en 2015 à l’américain XPO Logistics. Son objectif consiste à faire de Socotec le leader du contrôle tierce partie en Europe. « Socotec a pour ambition de devenir le leader européen sur deux grands verticaux : la construction et les infrastructures… En 2016, nous avons formulé un objectif à horizon 2020 : passer de 500 à 800 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 60% réalisés en France (contre 85% en 2016). Nous avons souhaité développer des plates-formes en Europe (d’un volume d’affaires supérieur ou égal à 50 millions d’euros). L’idée était également de doubler notre EBITDA, qui s’établissait depuis plusieurs années aux alentours de 50 millions d’euros... Le groupe devrait atteindre ces objectifs avec une année d’avance, fin 2019, et ce pour deux raisons. Nous avons beaucoup travaillé à la transformation de notre business model en France, ce qui nous a permis d’améliorer le taux de rentabilité. Aujourd’hui, la France représente 470 millions d’euros de chiffre d’affaires pour Socotec. En parallèle, le groupe a réalisé 11 acquisitions en 2 ans (2017-2018) dont 2 en France, 8 dans d’autres pays d’Europe et une en Asie. Cette année, nous devrions réaliser 4 ou 5 autres opérations de croissance externe … », confie le CEO de Socotec.
Parmi les géographies ciblées par Socotec en Europe, la Grande-Bretagne où le groupe réalise aujourd’hui un CA annuel de 130 millions d’euros avec plus de 1.500 salariés, conséquence de 4 acquisitions dont une qui vient d’être annoncée. Il s’agit de Butler & Young Group, acteur historique du contrôle technique au Royaume-Uni, avec un CA de 11 millions d’euros et 175 salariés.
L’Allemagne est la troisième géographie pour Socotec. Le groupe y est implanté depuis le rachat de la société Canzler en 2008. Socotec a récemment conclu deux acquisitions structurantes et deux petites acquisitions outre-Rhin, ce qui lui permet d’y réaliser aujourd’hui un chiffre d’affaires de 80 millions d’euros. « Nous devrions assez rapidement atteindre un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros », estime Hervé Montjotin. Vient ensuite l’Italie où le groupe a acquis la société Dimms Group (20 millions d’euros de CA) en juin 2018.
Socotec reste attentif sur des géographies limitrophes de la France : le groupe s’intéresse également à l’Espagne et aux Pays-Bas. Il réalise aujourd’hui près de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires au Belux, autant au Maroc et à Singapour. Socotec est également présent en Afrique subsaharienne et au Moyen Orient.
En Allemagne, la société Canzler intervient d’une part sur le marché de la construction, au travers de prestations d’assistance à maîtrise d’ouvrage (conception, planification, exécution), d’inspection et d’expertise technique, notamment dans le domaine des équipements CVC. L’entreprise développe d’autre part de nombreuses prestations au service des propriétaires et gestionnaires immobiliers : conseil en gestion de patrimoine, due diligence technique, conseil et assistance en facility management.
« En France, les acteurs du contrôle tierce partie ne font que vérifier la qualité de ce qui se construit et n’interviennent pas dans l’exécution. En Allemagne, cette muraille de Chine n’existe pas. Les Allemands considèrent que pour bien faire le travail de contrôle il vaut mieux avoir fait de l’exécution. Par conséquent, les acteurs dans notre industrie des TIC ont souvent deux activités : l’ingénierie et le contrôle tierce partie. Notre ligne directrice consiste à repérer les acteurs avec une dominante contrôle tierce partie. Canzler avait une forte expertise technique de type ingénierie mais qu’il mettait au service du contrôle tierce partie, notamment dans le monde de la construction. Le contrat référence de la société a été développé avec Fraport, l'exploitant de l'aéroport de Francfort-sur-le-Main, ville dans laquelle est également situé son siège social. Il s’agit du plus important contrat de Socotec », explique Hervé Montjotin.
Fondée en 1960, Canzler est implantée dans 8 villes dont Francfort et Mulheim, et réunit un effectif global de 200 personnes, avec un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros.
« Canzler a toujours été une société très performante au plan économique et technique et perçue comme telle par ses clients », note le CEO de Socotec.
Dans le contexte de son plan stratégique, Socotec a réalisé deux autres acquisitions importantes en Allemagne. Il s’agit des sociétés ZPP Ingenieure, reprise en octobre 2017, et Schollenberger, acquise en novembre 2018.
Forte d’un CA de 20 millions d’euros, ZPP (200 salariés) est basée à Bochum et intervient essentiellement dans l’assistance à maîtrise d’ouvrage (conception, planification, exécution) et l’inspection pour les infrastructures de transport et l’énergie.
Quant à Schollenberger, la société, dont le siège se trouve à Celle (Basse-Saxe), à 40 km au nord d’Hanovre, réalise un volume d’affaires de 40 millions d’euros avec 400 salariés. Cette acquisition a permis à Socotec de doubler de taille en Allemagne.
Schollenberger est le premier acteur en Allemagne et en Autriche de la détection d’explosifs dans les sous-sols et milieux marins. L’entreprise détecte dans le sol la présence d’explosifs liés aux bombardements dont l’Allemagne avait fait l’objet pendant la Seconde Guerre Mondiale. En Allemagne, la détection d’engins explosifs est un prérequis réglementaire pour tout projet de construction ou d’infrastructure. « Ce savoir-faire de testing peut être déployé pour d’autres business. Nos métiers sont très locaux mais les compétences peuvent être croisées », note Hervé Montjotin.
Socotec est aujourd’hui présent presque partout en Allemagne avec des implantations dans 17 villes. « Nous avons des enjeux de renforcement de présence locale notamment en Bavière, à Hambourg et Berlin », précise le dirigeant.
Quant aux négociations, « elles se sont déroulées dans de bons standards professionnels », estime le président exécutif de Socotec qui a réalisé dans sa vie professionnelle une quarantaine d’opérations de croissance externe. « Les acquisitions c’est une affaire d’expérience… Il n’y a pas de meilleure manière pour comprendre la culture business d’un pays que d’y faire une acquisition ».
« Chaque pays a ses spécificités. Nos métiers sont très locaux… c’est pourquoi nous avons toujours veillé à être représentés par des Allemands. Le fait d’avoir un premier rendez-vous entre Allemands est, de mon point de vue, important », estime Hervé Montjotin.
Son expérience de rachats outre-Rhin permet d’affirmer que « les cédants allemands cherchent en premier lieu un projet intéressant pour leurs entreprises, en termes de développement futur et de garanties offertes aux équipes ».
ZPP a été cédée par ses dirigeants et Schollenberger par un fonds d’investissement small cap allemand. Mais, dans les deux cas, « c’est le projet stratégique qui a primé dans les discussions. Nous avons été frappés par cette grande maturité des managers et par leur esprit de responsabilité. La valorisation de la société, qui est toujours un point central dans une négociation, a été dans les deux cas en seconde position… En Allemagne, la valorisation compte mais elle ne prime pas », confie Hervé Montjotin. Selon lui, « cette forte responsabilité sociale est l’une des caractéristiques du Mittelstand allemand ».
Pour l’intégration de ses acquisitions allemandes, Socotec a un double challenge. « Pour intégrer convenablement chacune des sociétés reprises, nous avons un process sur 6 mois, relativement bien rodé. En Allemagne, nous devons faire émerger une plate-forme à partir de nos trois sociétés grâce au déploiement de notre marque. Nous sommes en train de préparer la montée en puissance de la marque Socotec en Allemagne à partir de 2020 autour des business lines portées par les trois entités », souligne t-il.
« La marque Socotec est déjà déployée en Grande-Bretagne. Elle vient d’être déployée en Italie. En Allemagne, Socotec prend plus de temps à la fois parce que nous avons 3 entités, qui ont chacune leur histoire, leur identité et leur visibilité sur le marché, et aussi parce qu’en Allemagne, il faut avancer sur ces sujets avec un vrai consensus, ce qui peut paraître long à un dirigeant français. Il faut s’adapter au mode de fonctionnement allemand. Mais le temps passé à la préparation de la bascule n’est pas du temps perdu, c’est de l’investissement. Les décisions de ce genre ne peuvent être prises qu’avec une forte adhésion des dirigeants allemands. Il y a un côté très méthodique en Allemagne qui peut parfois paraître lent mais lorsqu’on se met d’accord avec les Allemands, on ne dévie pas. Pour être efficace, il faut s’adapter à la culture du pays dans lequel on opère », conclut Hervé Montjotin. 
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