Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

DOSSIERS

« C’est un très beau métier, très complet et très satisfaisant intellectuellement Si vous l’aimez, il faut persévérer »

Entretien avec Valérie Vitter Mouradian,
Managing Director, HSBC,
Présidente de 50-50 au féminin HSBC

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Ingénieur de formation (Ecole Nationale Supérieure d'Informatique et de Mathématiques Appliquées de Grenoble, Master de finance internationale HEC), Valérie Vitter Mouradian est aujourd’hui Senior Banker, responsable de portefeuille de grande clientèle au sein d’HSBC.
« Très motivée et inspirée par le monde de la finance qui se développe », Valérie Vitter Mouradian construit sa carrière en trois temps. Au début de son parcours, elle se consacre à l’épargne salariale et à l’actionnariat salarié, sujet très important dans les années 1990 lors des programmes de privatisation.
En 1998, Valérie Vitter Mouradian rejoint les équipes marchés primaires actions (ECM) au sein de la joint-venture exclusive et mondiale entre ABN Amro et Rothschild où elle travaille pendant neuf ans. « Cette structure nous a permis de capitaliser sur les forces des deux partenaires fondateurs, ainsi que sur l’ambition et la motivation des équipes pour faire beaucoup d’opérations… La première opération réalisée en France fut la privatisation de la CNP », se souvient notre interlocutrice qui a ainsi rejoint « un métier très complet, très exigeant qui donne la capacité d’aller au coeur de la stratégie de nos clients, de les accompagner dans les opérations transformantes ».
« J’ai eu la chance de contribuer au succès d’ABN Amro Rothschild », souligne Valérie Vitter Mouradian qui a gravi les échelons pour devenir co-head de la joint-venture à partir de 2006. Elle intervient sur un grand nombre de transactions, dont beaucoup de privatisations (en particulier celle d’EADS, ancien Airbus), d’augmentations de capital et autant d’acquisitions. France Télécom / Orange est alors l’un de ses clients récurrents. Elle réalise entre autres sa recapitalisation de 15 milliards d’euros en 2003. « Nous sommes également intervenus sur le IPO de la Bourse elle-même », se souvient notre interlocutrice. « Je me suis beaucoup épanouie dans ce métier, même s’il est extrêmement exigeant », conclut-elle.
Valerie Vitter exerce cette activité de 1998 à debut 2013.
En 2008, ABN Amro fut racheté par RBS et la joint-venture fut arrêtée. Valérie Vitter Mouradian devient alors responsable ECM pour la France et l’Europe du Sud au sein de RBS et intègre le Comex de la banque en France. Elle exerce désormais son métier dans un contexte différent. « Lorsqu’on intègre une structure suite à une acquisition, il faut comprendre les codes et redévelopper sa façon d’approcher le métier. RBS était une maison de dette. Il fallait arriver à lui donner un peu d’ADN equity. De ce point de vue, c’était un challenge. Il fallait diffuser cette culture equity en interne et faire en sorte qu’elle soit comprise… Il fallait pouvoir proposer des solutions globales cohérentes à nos clients », explique Valérie Vitter Mouradian qui quitte RBS lorsque la banque décidé d’arrêter les métiers d’equity et de M&A.
« C’était la bonne occasion pour moi de leverager toutes mes compétences et de poursuivre dans un rôle plus complet en capitalisant sur mes expertises », explique Valérie Vitter Mouradian qui intègre HSBC en septembre 2013 pour gérer un portefeuille de grands clients corporate.
« Nous sommes dans un monde de plus en plus global où il est important non seulement d’avoir des expertises très fortes sur chacun des métiers mais aussi de pouvoir apporter une vraie valeur ajoutée en combinant ces expertises, en ayant une vision globale », souligne la Senior Banker qui a su mobiliser les compétences internes de HSBC pour aider ses clients à se développer et les accompagner sur leurs mouvements stratégiques. Un sujet en appelle souvent un autre. « Lorsqu’un banquier ne fait que du M&A, il a certes une connaissance intime du client mais une fois que l’opération est terminée, la relation est moins intense, alors qu’en étant plus global vis-à-vis du client, on peut rebondir », explique Valérie Vitter Mouradian.
« Je reste très engagée dans toutes les phases de l’opération. Je considère que l’exécution est l’origination du deal suivant », ajoute-t-elle.
Quant aux opérations récentes conseillées par Valérie Vitter Mouradian, elle a accompagné CMA CGM lors de l’acquisition du singapourien NOL. HSBC est intervenue en M&A, en financement, sur toutes les opérations sur la Bourse de Singapour… La banque « continue à accompagner CMA CGM sur les phases qui suivent ». « HSBC avait une vraie capacité de leur apporter de la valeur en Asie ainsi qu’une bonne compétence dans le secteur du Shipping ».
« Nous avons également accompagné SEB dans toutes les opérations de financement de l’acquisition de WMF en Allemagne, en innovant notamment via une émission de Convertibles ORNAE… », commente Valérie Vitter Mouradian. Sa dernière mission en date, à ete de conseiller Zodiac dans le cadre de son acquisition par Safran. « Zodiac est un client historique de HSBC. Nous avons su apporter de la valeur en complément des autres banques dans cette opération très complexe dans un secteur qui est en train de faire sa mue… », précise-t-elle.
L’accompagnement ne s’arrête pas à un deal. « Lorsqu’on fait ce métier, il ne faut pas vouloir faire les opérations à tout prix. Lorsque tous les critères ne sont pas réunis, il faut accepter de mettre certaines opérations au frais pendant un certain temps », souligne Valérie Vitter Mouradian.
« Nous sommes dans un environnement macro-économique en forte évolution. Les groupes, qui se sont recentrés sur leurs métiers de base, assaini leur bilan, ont une idée très juste de leur écosystème. Aujourd’hui, ils cherchent à croitre, notamment en ajoutant des compétences/ nouveaux marchéspour passer à l’étape supérieure », explique notre interlocutrice.
Valérie Vitter Mouradian arrive à combiner ce travail très prenant avec son rôle de présidente de l’Association 50-50 au Féminin au sein de HSBC. Créée en 2011, celle-ci promeut les femmes dans les instances de direction.
« C’est probablement un côté féminin : j’aime bien accompagner… C’est ce qu’on fait par le biais de l’Association. Le sujet de la promotion des femmes dans les instances de direction est double. Il faut arriver à faire comprendre aux leaders d’aujourd’hui que la mixité est créatrice de valeur. Les études le prouvent : les équipes mixtes sont plus performantes. Je suis convaincue que la mixité est le terreau fertile de solutions innovantes. C’est en ayant des points de vue différents qu’on trouve les meilleures solutions. La diversité apporte également une analyse de risque différente. Depuis la crise financière de 2008-2009, on a vu l’émergence d’une multitude de risques de natures différentes. La capacité d’appréhender la solution n’est pas unique; un nombre accru de considérations alimentent cette analyse. Dans notre environnement actuel, la diversité au sens large… est nécessaire… Pour y arriver, il faut que les femmes osent et aient envie. Il faut faire en sorte que celles qui en ont la volonté puissent avoir les moyens de relever les défis et oser aller plus loin, sans être victimes d’autocensure… Aujourd’hui, une femme progresse dans sa carrière moins vite qu’un homme, notamment parce qu’elle peut avoir d’autres sujets à considérer en même temps. Il faut apprendre à combattre les stéréotypes. Je crois beaucoup à la force du réseau et à la force de l’échange. Pouvoir réfléchir ensemble à ce sujet, c’est un vrai plus », souligne la présidente de l’Association.
Quant aux actions concrètes, 50-50 au Féminin a six piliers :
- L’Association organise des ateliers de développement personnel qui s’adressent non seulement aux femmes mais aussi aux hommes. Les thèmes sont très diversifiés (prendre la parole en public, gérer son stress et ses émotions, savoir faire un elevator speech (passer ses messages en moins de 3 minutes), etc).
- Elle privilégie les interactions avec les membres de la direction générale. « Tous les mois, nous organisons un déjeuner ou un petit-déjeuner avec douze de nos membres et un membre de la DG, non seulement sur les sujets liés à la mixité mais aussi sur des sujets plus généraux concernant la stratégie de la banque », précise notre interlocutrice. Selon elle, ces déjeuners  sont utiles non seulement pour les personnes conviées mais aussi pour nos dirigeants ».
- L’Association organise également des conférences sur les sujets liés à la mixité avec l’intervention de personnalités exterieures.
- Le 4ème vecteur c’est le leadership et le digital. « Nous organisons également des échanges sur le leadership d’exception, avec intervention de différentes personnes qui partagent leurs expériences de leadership dans ses formes différentes », précise la Présidente de 50-50 au Féminin.
- L’Association organise des « after-work » qui offrent aussi des opportunités d’échanges. « Nous venons de lancer une nouvelle forme d’afterwork, la marche, qui permet échanger dans un cadre différent », explique notre interlocutrice.
-  Le sujet est aussi business. « Nous sommes associés à la mise en œuvre d’ateliers de la mixité dans chacun des business. In fine, le sujet de la mixité concerne également nos clients… Nos interlocuteurs évoluent et il faut qu’on puisse s’adapter, évoluer avec eux ».
Une antenne de l’Association a récemment été lancée à Lyon « pour permettre aux femmes talentueuses de pouvoir bénéficier plus facilement de nos activités », ajoute la présidente.
Selon elle, « ce sont des sujets importants … et il n’y a pas de raisons pour ne pas permettre aux femmes talentueuses d’arriver à des postes dirigeants ».
HSBC est « une banque très engagée sur la diversité d’une manière générale ». L’établissement a publiquement « pris des engagements sur le pourcentage de femmes dans les instances de direction ». De grands progrès sont déjà faits au niveau de la banque, à titre d’exmple, les directeurs et les directrices d’agences sont aujourd’hui quasiment à parité au sein de HSBC.
Quant aux autres métiers, « pour atteindre l’objectif, vous devez travailler sur votre vivierpour promouvoir les femmes talentueuses. Il faut construire ce vivier dès que les femmes rejoignent l’organisation et éviter d’avoir une démarche qui se résume à perdre 10% des  femmes à chaque échelon. Nous n’avons pas de recette miracle mais nous savons qu’il y a un vrai travail de fond à faire. C’est un sujet fédérateur », souligne Valérie Vitter Mouradian, présidente de l’association depuis bientôt un an.
« Le temps ? On le trouve. Au début, ma réaction était de dire que je ne trouverai jamais le temps. … Mais très vite j’ai accepté car ce sujet me tient à coeur et je pense pouvoir apporter de la valeur, quelque chose de différenciant. C’est une activité importante pour moi. Je me réalise également de cette façon », explique la Senior Banker de HSBC.
« Pour moi, c’est comme un client supplémentaire et j’y consacre autant de temps et d’énergie que je lui consacrerais», sourit-elle.
« Dans les métiers d’investment banking, l’environnement actuel fait qu’il y a peu de femmes à des niveaux senior. C’est un choix que tout le monde ne fait pas, puis il y a beaucoup d’autocensure parmi les femmes », déplore souligne Valérie Vitter Mouradian. « Notre Association et la Banque font beaucoup d’efforts pour attirer les femmes, en commençant par les stagiaires. Dans nos programmes graduate, on essaie de recruter à 50/50, lorsque c’est possible », poursuit-elle.
« C’est un très beau métier, très complet et très satisfaisant intellectuellement. Si vous l’aimez, il faut persévérer, sans oublier que certaines organisations sont plus avancées que d’autres en termes de mixité… Beaucoup de choses dépendent de l’environnement et de la compréhension du management. Globalement, les femmes sont aussi talentueuses que les hommes. Les managements qui ne s’adaptent pas perdront les talents féminins et seront moins performants que ceux qui ont une politique plus inclusive », conclut Valérie Vitter Mouradian qui a pu construire sa carrière tout en ayant une famille et trois enfants, aujourd’hui âgés de 19, 16 et 12 ans.
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