Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

AVIS D'EXPERT

Étude de cas : cession du groupe Pinet

par Giuseppe J. Sangiovanni, Directeur Associé
Energy & Cleantech, Linkers

+ - télécharger en PDF Imprimer Envoyer l'article par e-mail
HISTOIRE DU GROUPE PINET
Le groupe PINET est né dans le 11ème arrondissement de Paris en 1840, créé par un ancien ouvrier mécanicien de la Marine nommé Jean Estève. Il fabriquait alors des composants de précision pour instruments de musique (anches métalliques pour orgues et harmoniums).
L’entreprise est rachetée en 1885 par Léon Pinet qui y était rentré en apprentissage à l’âge de 12 ans et en était devenu Directeur-Gérant par la suite. La même année Léon Pinet épouse la petite fille du fondateur, il transmet ensuite sa passion sur plusieurs générations en inscrivant la gestion sur le long terme.
La production de charnières longues, dites « charnières piano », à partir de 1921 amena le groupe à diversifier son activité vers la fabrication, standard et sur-mesure, de charnières et systèmes de verrouillage à usage industriel, secteur dont il est devenu l’un des leaders européens.

De gauche à droite, le jour du closing : Philippe Delecourt, Richard Pinet,
Guillaume Bataille, Giuseppe Sangiovanni

LE GROUPE PINET AUJOURD’HUI
Dirigé depuis 1987 par Richard Pinet, représentant la 6ème génération de la famille, ce groupe au capital 100% familial réalise un CA de 21M€ dont plus de 40% à l’export, par des ventes directes et grâce à un réseau de plus de 25 distributeurs internationaux. La marge d’EBITDA est de l’ordre de 20% (retraitée).
Il produit plus de 10 millions d’unités par an, à destination de marchés aussi divers que les véhicules et carrosseries industriels, la tôlerie et le travail du métal, le bâtiment, le ferroviaire, l’aéronautique ou le matériel médical.
Son siège social, son bureau d’études et son laboratoire d’essai de Roissy, son usine et son centre logistique de Chaulnes (Somme), son usine tunisienne et ses 2 filiales commerciales en Allemagne et au Royaume Uni emploient 140 personnes.

LE PROCESSUS
Au terme d’un process de cession en dual-track (s’adressant à des industriels et des financiers) à caractère international orchestré par LINKERS et qui a recueilli plusieurs offres françaises et étrangères, la famille Pinet a finalement choisi une solution de continuité familiale en cédant le groupe à Guillaume Bataille, ancien Directeur Général du groupe POCLAIN et lui-même arrière-petit-fils de Léon Pinet !
Le processus a été structuré et mené de manière fort similaire à ce qui se fait pour des opérations de taille beaucoup plus importante (voir segment des mid-large caps). Cela a été induit par au moins 4 facteurs principaux : la rigueur dans la gestion de l’outil industriel du groupe et de ses volets financiers, fiscaux et sociaux, le mécanisme concurrentiel de remise des offres pour la sélection de l’offre finale, la dimension internationale des candidats participant à l’opération, et le respect scrupuleux du timing de la transaction rendu possible par l’emploi de moyens adéquats (conseils, data room, VDD, etc).
Parmi les candidats ayant accédé à la phase finale on mentionnera deux grands groupes industriels du secteur dont l’un américain et l’autre anglais, un family office français spécialisé dans les participations industrielles et la holding familiale de Guillaume Bataille, épaulé par le fonds Picardie Investissement.
Il est important de préciser que Guillaume Bataille a opportunément choisi de ne pas s’appuyer sur sa liaison familiale pour essayer d’emporter l’affaire à des conditions privilégiées mais plutôt de jouer avec les mêmes règles que les autres finalistes, c’est-à-dire les règles du marché. Présentée en premier, son offre s’est révélée être la plus attractive en termes de prix et de conditions complémentaires.

LE REPRENEUR
Guillaume Bataille est issu d’une autre famille d’industriels français qui est connue notamment grâce au groupe POCLAIN fondé par Georges Bataille en 1926 dans le département de l'Oise. Ce groupe industriel indépendant basé en France est spécialisé dans la conception, la fabrication et la commercialisation des transmissions hydrostatiques. Acteur d’envergure internationale POCLAIN a réalisé en 2018 un chiffre d’affaires de 380M€ avec 2.500 collaborateurs et intervient sur des marchés diversifiés, on road et off road.
Après avoir collaboré pendant plusieurs années au succès du groupe POCLAIN en qualité de Directeur Général aux côtés de son frère Laurent Bataille, Président, Guillaume Bataille avait décidé de se lancer dans une nouvelle aventure industrielle.
À travers cette opération, qui fait intervenir dans la holding de reprise, Picardie Investissement à hauteur de 13%, la famille Pinet à hauteur de 13% également et les managers salariés à hauteur de 3%, Guillaume Bataille entend mettre à profit sa grande expérience de l’international pour accélérer le développement du groupe à l’étranger.

L’IMPORTANCE DE LA CONTINUITE FAMILIALE POUR L’INDUSTRIE FRANCAISE
Dans un contexte d’érosion industrielle, où la désindustrialisation apparaît plus rapide en France que dans d’autres pays européens, il est important de souligner le rôle clé que la continuité familiale dans la propriété et le control des entreprises et des groupes industriels peut jouer pour atténuer ou inverser la tendance.
En effet selon le centre de Recherche pour l’Expansion de l’Economie et le Développement des Entreprises (REXECODE) la France est le pays de la zone euro où le nombre d’entreprises et l’emploi industriel ont le plus reculé de 2000 à 2018 suite, d’une part, aux difficultés des entreprises industrielles françaises face à la concurrence internationale, et d’autre part, à la baisse de l’attractivité du territoire français comme lieu de production industrielle.
Dans ce cadre, le succès de la proposition de rachat du groupe Pinet par Guillaume Bataille face aux offres de grands groupes internationaux, représente un exemple intéressant de dynamisme et de résilience du segment familial de l’industrie française.
Une des valeurs majeures de cet exemple est donnée par les modalités et les éléments grâce auxquels Guillaume Bataille a remporté le bidding process de l’opération c’est-à-dire en se prêtant aux règles du marché, en étant rapide et en présentant une offre plus compétitive et plus attractive que les autres candidats.


article à la une
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation d'un cookie une fois connecté à vos identifiants, ceci vous permettant de naviguer pleinement sur notre site.