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Red2Green rejoint Grant Thornton « Notre pari consiste à travailler davantage sur la prévention des difficultés, grâce au maillage territorial du réseau de Grant Thornton »

Entretien avec Clotilde Delemazure, Associée, 
Responsable de la ligne de services Prévention & Restructuration, Grant Thornton,
et Christophe Alquier, Président, Red2Green
 

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Fusions & Acquisitions Magazine : Grant Thornton annonce son rapprochement avec Red2Green. Pourquoi un tel rapprochement ? Et qu’en attendez-vous ?
Clotilde Delemazure : Ce rapprochement a beaucoup de sens et pas uniquement pour le Restructuring car Red2Green a un champ d’action plus large que cette seule practice. Notre regroupement va, bien sûr, permettre de renforcer nos activités de restructuring, mais plus largement il vise aussi à compléter l’offre de Grant Thornton sur le métier du conseil financier qui englobe également le transaction services, l’évaluation, le Forensic/litigation et le post deal Services. Nos équipes sont très complémentaires.
Christophe Alquier : J’ai lancé Red2Green il y a exactement dix ans. Je pilote la structure avec Nicolas Verrier depuis qu’il nous a rejoints en 2012. Les quinze collaborateurs interviennent dans le métier du Conseil Financier et le traitement de situations complexes. Les problématiques que nous adressons sont assez variées mais ont toutes pour points communs les sujets de la trésorerie et du contrôle de gestion, que ce soit dans des contextes de cession / acquisition ou lors de période de tensions financières. L’association avec Grant Thornton ouvre à Red2Green de nouvelles perspectives, tout en confortant son positionnement atypique sur le marché. Nous sommes très heureux de nous inscrire dans la stratégie et les ambitions de notre nouvelle Maison. 
F&A Mag. :  Plus spécifiquement  quelles sont vos ambitions sur le marché du Restructuring ?
C.D. : Grâce à la grande expérience de notre équipe et à nos approches innovantes, nous comptons apporter une contribution décisive au réseau Grant Thornton dans l’accompagnement de ses clients et renforcer également notre présence auprès de l’ensemble des acteurs du Restructuring. Je pense que l’association Grant Thornton – Red2Green développe considérablement nos potentiels de croissance respectifs. Elle va nous permettre de solidement nous implanter dans le paysage et faire de notre nouvel ensemble un acteur incontournable du marché.
C.A. : Effectivement, notre pari commun est de faire reconnaître nos savoir-faire spécifiques et élargir nos champs d’intervention, techniques et géographiques, dans l’accompagnement des entreprises en difficulté. Nous pourrons notamment proposer une gamme de services élargie : prévention et traitement des difficultés, solutions de contrôle de gestion adaptées aux périodes de crise, suivi post-procédures, etc. Les entreprises recherchent cette « agilité » et cette faculté à les accompagner tout au long de leur retournement. Cette caractéristique a fondé le succès de Red2Green et nous souhaitons en faire un point fort de l’identité de notre projet commun.
F&A Mag. :  Quels sont vos atouts ?
C.D. : Notre impact sur le marché tient d’abord à notre taille et au volume d’activité que nous traiterons ensemble. Le rapprochement nous permet d’atteindre une taille significative et critique afin de devenir l’un des acteurs clés du métier. L’équipe restructuring compte désormais vingt-cinq professionnels au niveau national, avec une base en Ile-de-France et des relais dédiés en régions, formés à notre activité. Cette équipe est intégrée au sein du Conseil financier (quatre-vingt-dix personnes). Elle est en mesure d’intervenir partout en France. 
C.A. : Notre première force repose certainement sur l’équipe que nous avons réunie et qui compte des professionnels d’expérience et de grand talent. Dans les situations de difficulté, plus qu’à tout autre moment, nos clients attendent de la séniorité : nous sommes en mesure de leur en proposer. 
Nous sommes des experts du chiffre mais notre rôle ne s’arrête pas au diagnostic. Ce qui nous caractérise le plus est sans doute notre implication opérationnelle auprès de ceux qui ont à conduire les actions de restructuration et de réorganisation. C’est une qualité attendue par nos clients auxquels nous apportons notre expérience de terrain en plus des compétences techniques nécessaires en temps de crise. Nous avons, à ce titre conçu, des approches et des modes d’interventions originaux pour que les dirigeants d’entreprise puissent aussi tirer le meilleur profit des missions d’expertise financière mandatées par les actionnaires, les banquiers ou les mandataires judiciaires. Nous avons beaucoup discuté avec Clotilde sur l’évolution du rôle de conseil que cette vision implique dans le monde du restructuring.
C.D. : Nous devons aborder avec le dirigeant les sujets les plus difficiles et faire preuve de beaucoup de clairvoyance. Les sujets que nous traitons ne sont jamais simples et les informations que nous produisons sont toujours critiques pour les destinataires de nos travaux : le dirigeant, les actionnaires, les banques, les AJ, la procédure, etc. On se doit d’apporter à tous les éléments de réponse à leurs questions, en transparence, dans le respect des équilibres et avec toute la clarté possible. La notion d’indépendance est ici capitale. C’est parce que nous sommes indépendants que nous sommes fondés à chercher les meilleures solutions et aider à la prise de décisions. L’indépendance, le professionnalisme, la discrétion et la confidentialité se traduisent en confiance. Cette dernière est indispensable pour que nous puissions avoir une impulsion concrète et utile dans le redressement. 
Cette confiance est aussi primordiale entre les différents acteurs de la restructuration de l’entreprise. Car, la plupart du temps, nous n’intervenons pas seuls. La gestion de la crise est un vrai travail d’équipe. Dans de nombreux cas, les acteurs du restructuring créent des « petits écosystèmes » composés, en général, d’avocats, de mandataires et administrateurs judiciaires et de conseils financiers qui se connaissent bien et partagent les mêmes valeurs. Ce regroupement de compétences permet d’être plus efficace et d’avoir une gestion du temps beaucoup plus optimisée. C’est une vraie richesse pour nos clients et une réelle source de satisfaction pour nos collaborateurs. 
F&A Mag. :  Vous défendez une vision « opérationnelle » de votre rôle de conseil financier. Qu’entendez-vous par là ?
C.A. : Nous apportons de la visibilité et de la sorte nous donnons au dirigeant la capacité d’arbitrer avec discernement entre plusieurs scénarios de retournement en apportant un éclairage sur les aspects financiers et aussi la faisabilité pratique des différentes options envisageables. Dans le même temps nous mettons en œuvre des solutions de pilotage et de suivi en conjuguant les dimensions opérationnelle et financière. Tout ceci apporte de l’assurance au dirigeant qui décide des actions à entreprendre et à ceux qui doivent les mettre en œuvre. En même temps, cette approche donne du crédit à la stratégie qui est déployée ; ce qui est essentiel pour tous les tiers qui sont parties prenantes au redressement. 
Nous appuyons donc beaucoup sur la mise en œuvre des recommandations que nous formulons et nous prêtons une attention particulière à la pérennisation des solutions que nous mettons en place. Quand nous intervenons pour remettre en place un contrôle de gestion en déshérence dans une entreprise en difficulté, nous avons bien sûr comme objectif de l’aider à passer le cap de la crise, mais nous voyons plus loin. Notre propos est de réintroduire les bonnes pratiques de gestion et de faire en sorte qu’elles s’inscrivent durablement dans l’organisation.
C.D. : Les conseils capables de donner des recommandations sont nombreux. C’est devenu une pratique courante. C’est la capacité opérationnelle, la capacité à mettre en œuvre les recommandations, qui fait la différence. Les plans doivent pouvoir s’appliquer et ce malgré toute la difficulté de la situation et de son contexte juridique, financier, social et environnemental. Red2Green nous apporte la compétence opérationnelle adaptée aux situations complexes, une agilité dont nous avons besoin dans nos dossiers au delà du chiffre car nous devons apporter des  solutions  pratiques et des outils permettant de piloter l’entreprise.
F&A Mag. :  Christophe, vous avez écrit, pour ce numéro de Fusions & Acquisitions Magazine, un article sur les enjeux de la gestion prévisionnelle. Que pouvez-vous nous en dire ?
C.A. : Notre rôle consiste à redonner confiance au dirigeant dans la pertinence du modèle économique qu’il défend. Nous faisons de la prévision afin de donner une vision d’avenir au dirigeant qui a perdu le cap et qui doit redonner un sens autant financier qu’opérationnel à l’entreprise. Notre travail doit lui permettre d’orienter ses décisions et de vérifier qu’elles sont adaptées. Certes, cela passe par un exercice technique, qui consiste à transformer la donnée financière dispersée, confuse, impropre à la décision, et d’en faire des informations permettant au dirigeant de reprendre de l’assurance en l’avenir, corriger ce qui doit être corrigé et retrouver des repères. Mais notre contribution n’est pas uniquement technique, notre rôle consiste aussi à reconstruire autour du chiffre un environnement moins anxiogène dans lequel le dirigeant va pouvoir redéfinir une voie réaliste qui redonne foi dans le projet d’entreprise, tant en interne que vis-à-vis des tiers. Nos clients font appel à nous à des moments complexes... Notre devoir est de leur dire la vérité de la situation, sans fard, mais sans jamais être des censeurs ou des cassandres.
F&A Mag. : Clotilde, qu’en est-il de la question de la prévention des difficultés ? Tous les conseils s’accordent sur le fait qu’il faut agir le plus en amont possible des difficultés. Comment envisagez-vous le sujet ?
C.D. : Aujourd’hui encore trop de dossiers arrivent tardivement ; quand il n’y a malheureusement plus que des actions curatives à conduire. Et pourtant nous avons des instruments de prévention. Il faut les faire connaître pour pouvoir s’en servir. L’objectif principal de nos travaux ne se résume donc certainement pas à constater que l’entreprise va mal et en discerner les causes historiques. Il s’agit davantage de l’aider à identifier les leviers de performance et mettre l’accent sur les points de blocage que traduisent les chiffres. En Restructuring, les diagnostics doivent être avant tout tournés vers l’avenir, la prise de décision et l’action. 
Avec la crise, nous nous sommes tous rendus compte de l’importance des apports des conseils externes car toutes les entreprises peuvent être touchées par une difficulté passagère ou durable. Le mandat ad hoc a beaucoup amélioré les choses. Il permet notamment de rendre le traitement de la difficulté moins anxiogène qu’il ne l’était auparavant. Cependant, la « percolation » vers la PME reste un vrai sujet. Ce message, nous avons vocation à le faire passer à travers le réseau de Grant Thornton. C’est un pari du réseau dans son ensemble que de créer cette proximité avec les bureaux partout en France pour identifier les affaires et les prendre suffisamment en amont pour éviter de se retrouver à la barre du tribunal. 
F&A Mag. :  Et l’international ?
C.A. : Effectivement, la force de frappe de Grant Thornton au niveau international a été un facteur déterminant dans notre décision de rapprochement. Cette dimension est très présente chez Red2Green avec un certain nombre de missions notables, tant au profit de groupe internationaux ayant des entités en France, que pour des entreprises françaises qui ont à traiter de difficultés avec une de leur filiale. Nicolas Verrier a développé, en particulier, des connections étroites avec les Etats-Unis et le Japon. Nous avons ainsi eu l’occasion de conduire des opérations de reprise à la barre spectaculaires pour le compte de groupes nippons sur des entreprises françaises.
C.D. : Grant Thornton compte plus d’une centaine d’associés restructuring dans le monde, présents dans 50 pays, sur tous les continents. Lorsque nous avons des sujets internationaux, nos différents bureaux ont une véritable interaction. Grâce à cette impulsion du réseau, nous pouvons intervenir sur les dossiers concernant les filiales des groupes français à l’étranger ainsi que les filiales des grands groupes internationaux en France. C’est un atout non négligeable. Missions pour lesquelles tous les savoir-faire du cabinet peuvent être mobilisés, tant en matière de transaction qu’en matière de connaissance des procédures collectives ou de prévision de trésorerie.
F&A Mag. :  Au final, quel aura été l’élément clé de votre rapprochement ?
C.D. : Nous partageons la même culture ; ce qui rend le rapprochement entre Grant Thornton et Red2Green logique et naturel. Je suis frappée par le fait que les discussions se sont déroulées de façon très fluide, portées par une vision commune du marché et des ambitions partagées. Du coup, et c’est fondamental, l’intégration de nos équipes devrait se faire très facilement. C’est un projet motivant pour tous.
C.A. : Comme nous venons de le dire nous avions de nombreuses raisons de nous rapprocher. Cependant, ce qui est le plus marquant ce sont les valeurs que nous partageons. Avant de discuter de notre rapprochement nous nous connaissions mais je n’avais pas l’idée d’une telle proximité. Je retiens en particulier deux valeurs cardinales : engagement et modestie ... car nos clients n’ont pas besoin de leçons, ils ont besoin d’être accompagnés avec conviction.
 
 
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