Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

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Le groupe Up s’implante en Moldavie

Entretien avec Julien Anglade,
Directeur Général Zone Eurasie, groupe Up



« Lorsqu’on met en place le systèmes des chèques déjeuner dans un pays où
les salaires sont peu élevés, cela représente un avantage social
considérable pour les salariés et leurs familles »

 

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Début mars, le groupe Up a officiellement inauguré sa nouvelle filiale en Moldavie en présence du Ministre de l’Économie et des infrastructures, Chiril Gaburici, de l’Ambassadeur de France en Moldavie, Pascal Le Deunff, et des partenaires sociaux dont le Directeur Général de l’AOM (association d’employeurs), Alexandru Baltag, et le Président de la Confédération des Syndicats de Moldavie, Oleg Budza.
Depuis l’ouverture de ses bureaux en novembre dernier à Chișinău, Up Moldova a développé un réseau d’acceptation de son offre déjeuner (Dejun) de plus de 600 commerçants et affiliés.   
La loi sur le titre-restaurant a été votée en novembre 2017. Les normes d’application ont été adoptées par le gouvernement de Moldavie le 1er mars 2018. Up Moldova a déjà émis  ses premiers chèques et lancera, d’ici l’été, une carte accompagnée d’applications mobiles à destination des bénéficiaires, des commerçants, et des clients.
Le fonctionnement du système des titres-restaurant est lié à la législation en place. « Pour lancer une activité de titres-restaurant dans un nouveau pays,  il faut d’abord travailler à l’établissement d’un cadre réglementaire précis, qui régit le fonctionnement et assure la pérennité du dispositif. Concrètement, l’élaboration d’une loi spécifique sur les titres-restaurant s’accompagne de modifications dans le code fiscal pour permettre à l’employeur de bénéficier d’une exonération de charges sociales et patronales sur la valeur des chèques déjeuner », explique Julien Anglade, Directeur Général pour la Zone Eurasie du groupe Up, qui comprend désormais cinq pays : la Roumanie, la Bulgarie, la Grèce, la Turquie et la Moldavie.
« Conçu dans les années 1960, le système est pratiquement le même dans tous les pays. Les entreprises achètent auprès des émetteurs comme Up des titres-restaurant pour leurs salariés qui les utilisent sous forme de chèques ou de cartes dans des restaurants ou supermarchés locaux. Enfin, les restaurateurs et les supermarchés sont remboursés du montant des titres-restaurant qu’ils envoient aux émetteurs professionnels », ajoute-t-il.
« L’ensemble des acteurs impliqués dans ce système y trouve leur intérêt. Pour le salarié, il s’agit d’une augmentation du pouvoir d’achat et la possibilité de partager des moments de convivialité entre collègues. L’employeur offre un avantage social important, qui permet de réduire l’absentéisme et de fidéliser ses salariés tout en bénéficiant d’une incitation fiscale. Pour les restaurateurs, c’est un flux d’argent supplémentaire qui leur permet d’augmenter leur chiffre d’affaires. Le premier intérêt de l’État à mettre le système en place est de pouvoir satisfaire l’ensemble des parties prenantes : les salariés, les entreprises et l’ensemble du réseau de restauration. Aussi, l’État trouve un avantage sur le plan macro-économique en collectant davantage de TVA auprès des restaurateurs et ce, dès la mise en place de ce système. C’est incontestablement un effet bénéfique pour les finances publiques. Enfin, ce système permet la stimulation de l’économie locale et la création d’emplois dans le domaine de la restauration et, d’une manière plus générale, dans toute la chaine agroalimentaire car les salariés-utilisateurs vont davantage dépenser dans les restaurants et les commerces », précise-t-il.
Up est un acteur reconnu sur la scène mondiale (NDLR : les trois acteurs mondiaux sont français. Il s’agit du Groupe Up, de Sodexo et d’Edenred). « Avec mon équipe, nous avons effectué plusieurs  voyages en Moldavie dès 2017 pour expliquer les avantages inhérents au système des chèques déjeuner. Mais, c’est Adrian Candu, l’actuel président de l’Assemblée Nationale du pays, qui a été à la fois l’initiateur et le moteur du projet. Il y a eu des échanges très réguliers entre les autorités locales et le Groupe Up tout au long du processus législatif, en toute transparence. En moins d’un an, tout a été fait. C’est extrêmement rapide », note Julien Anglade.
Concrètement, son groupe a créé une SARL. « Nous n’avons connu aucune difficulté lors de la création de la société. Le fait que la Moldavie soit un pays à taille humaine a probablement facilité les choses. Après une période d’instabilité et d’imprévisibilité politique, comprenant des changements récurrents au sein du gouvernement, les investissements étrangers reviennent progressivement. Ainsi, les autorités moldaves, l’Ambassade de France et la Chambre de commerce française nous ont beaucoup aidé lors de l’implantation », commente le Directeur Général Zone Eurasie du groupe Up.
Selon lui, « la création d’une société en Moldavie n’est pas très différente de ce que l’on connaît en France ». Cependant, Up a des obligations spécifiques à son activité. « Notre métier consiste à émettre des chèques et des cartes. Il faut s’assurer qu’on puisse rembourser les montants qui ont été dépensés par les salariés-utilisateurs. De ce fait et dans l’objectif de rassurer les restaurateurs et les autorités,  la loi nous impose d’avoir un capital social conséquent (500 000 euros en Moldavie) », précise Julien Anglade, dont le groupe a choisi un conseil juridique local lors de son implantation en Moldavie.
Aujourd’hui, la structure nouvellement créée emploie 7 personnes. « Il faut savoir que pratiquement tous les moldaves sont bilingues, voire polyglottes. Ils parlent, a minima, roumain et russe... La langue officielle est le roumain mais certains entrepreneurs ne parlent que le russe. Par conséquent, il faut avoir des commerciaux qui sont très à l’aise dans les deux langues », précise notre interlocuteur.
« Nous avons commencé à recruter un effectif commercial avant même que les décrets ne soient adoptés. Les autorités locales nous ont assuré que tout serait fait en temps et en heure, ce qui a été le cas. Nous avons été très agréablement surpris par la rapidité, le professionnalisme et la transparence avec lesquels elles ont avancé tout au long du processus législatif », note Julien Anglade.
Au début, « le gros du travail consiste à installer l’outil de production permettant l’impression et la lecture des chèques papier, à lancer le support dématérialisé (cartes accompagnées d’applications mobiles). Mais la priorité des priorités est de créer un réseau d’acceptation suffisamment large. Afin de pouvoir commercialiser nos chèques déjeuner et nos cartes auprès des employeurs, nous devons rencontrer et affilier, c’est-à-dire contractualiser avec un maximum de restaurateurs et de supermarchés locaux ».
« Cette année, nous atteindrons 2.000 points d’acceptation, ce qui nous permettra de couvrir l’intégralité le pays... La Moldavie représente un marché potentiel de 600.000 utilisateurs (sans compter le secteur public qui, pour le moment, n’est pas impliqué dans ce système) », précise Julien Anglade. « Nous avons obtenu notre licence permettant d’exercer nos activités en Moldavie le 28 mars et nos premiers titres ‘Dejun’ ont été livrés dès le début du mois d’avril », complète-t-il avec fierté,
Quant aux principaux concurrents, Edenred s’est également implanté en Moldavie, un peu après le groupe Up et Sodexo a semble-t-il décidé de ne pas partir à la conquête du marché moldave.
« Nous avons énormément communiqué sur le mode de fonctionnement et les fondamentaux du système. Le produit est désormais compris et extrêmement bien accueilli. Les chefs d’entreprises estiment que l’amélioration du bien-être de leurs salariés leur permettra de mieux les fidéliser. Aujourd’hui, il y a un enjeu important dans les entreprises : beaucoup de moldaves partent à l’étranger. Les chèques déjeuner permettront de parfaire la rétention des salariés en Moldavie grâce à l’augmentation du pouvoir d’achat qu’ils génèrent. Les restaurants acceptent très vite ce système. Les premiers rendez-vous avec les entreprises sont très positifs et beaucoup de directeurs de ressources humaines et de gérants de sociétés nous disent que les chèques déjeuner les intéressent », résume Julien Anglade.
Fin 2018, Up Moldova espère compter 20 000 bénéficiaires. « En décembre 2019, nous espérons en compter 80.000 », sourit Julien Anglade.
« Je suis fier d’avoir participé au lancement du système des chèques déjeuner dans le pays. Il ne faut jamais oublier qu’il s’agit d’un avantage social. Le salaire moyen en Moldavie est de 235 euros et le salaire minimum est de 113 euros. Aujourd’hui, les entreprises peuvent donner 40 % du salaire minimum et 20% du salaire moyen en titres-restaurant. C’est une augmentation du pouvoir d’achat considérable pour les employés. Lorsqu’on met en place ce système dans un pays où les salaires sont peu élevés, cela représente souvent le principal, voire l’unique avantage social dont peuvent bénéficier les employés », souligne Julien Anglade qui a réalisé l’ensemble de sa carrière au sein du groupe Up, d’abord en République Tchèque, puis en Roumanie et au Maroc où il avait créé des filiales. Aujourd’hui, il est basé en Roumanie et a la responsabilité de différentes filiales présentes dans 5 pays : la Roumanie, la Bulgarie, la Grèce, la Turquie et la Moldavie.
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