Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

ACTUALITÉ DES M&A

BNP Paribas dresse le bilan du marché des M&A au premier semestre 2016

D’après Sophie Javary, Head of Corporate Finance Europe Middle East and Africa, BNP Paribas

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Début juin 2016, BNP Paribas fait le premier bilan et essaie de se projeter sur le deuxième semestre de l’année en cours.
Présentation réalisée par Sophie Javary, Head of Corporate Finance Europe Middle East and Africa, le 7 juin 2016
 
Les tendances macro-économiques
« En 2016, nous observons un niveau de volatilité des marchés assez élevé qui est probablement du aux incertitudes politiques, notamment au Brexit ayant un impact sur les M&A en Grande-Bretagne, et aux élections américaines qui se dérouleront à l’automne... Dans un environnement des cours des matières premières et du pétrole très bas, le secteur pétrolier affiche une tendance à la concentration. L’opération Technip en France illustre cette tendance. Citons également l’impact du Quantitative Easing et des taux d’intérêts négatifs », commente Sophie Javary.
 
Sur le plan sectoriel et structurel, « nous observons toujours beaucoup d’activité et d’actualités au niveau du secteur bancaire, avec essentiellement des opérations de réparation de bilan ».
Notons également l’évolution de l’approche des autorités anti-trust : « il y a beaucoup de débats sur la façon dont les autorités européennes doivent réagir par rapport aux groupes américains », explique Sophie Javary. 
Dans un certain nombre de secteurs, les mouvements de concentration restent très présents (médias / télécoms, biens des consommation, secteurs industriels, énergie et infrastructures, santé). Les secteurs traditionnels s’intéressent aux techs, au digital, et accélèrent leur stratégie de « digitalisation » par le M&A. 
Quant aux tendances géographiques, « nous observons toujours des inquiétudes autour de la croissance en Chine et sur les marchés émergents en général. Le Brésil en est un exemple marquant car ce pays n’est pas du tout sorti de la crise. Or, durant ces dernières années, c’était une zone d’expansion en termes des M&A. On constate le retour de l’Europe du Sud (Espagne, Portugal) dans les opérations de fusions-acquisitions », note Sophie Javary. 

Le dilemme africain
Dans ce contexte, on voit de fortes perspectives de croissance pour la zone Afrique. « Beaucoup de clients nous posent des questions sur l’Afrique. Les acquéreurs souhaitent savoir comment adresser ce marché. Cependant, les cibles sont peu nombreuses et les risques demeurent importants (notamment ceux de corruption et de sanctions)… », estime Sophie Javary.
Quant aux principales tendances du M&A et de l’ECM, « nous observons une accélération du grand cross-border et en particulier une augmentation du nombre de groupes chinois souhaitant acquérir des cibles en Europe et aux États-Unis. Cette tendance se traduit dans les volumes. Nous sommes déjà à 90 milliards de dollars d’acquisitions réalisées par les groupes chinois, contre 112 milliards sur toute l’année 2015 ».
Les marchés du financement et de l’ECM ont ralenti en 2016 et « notamment le marché obligataire qui était remarquablement faible. Il reprend avec des opérations de financement d’acquisitions, d’augmentation de capital et de réparation de bilan. Ce ralentissement se traduit dans les chiffres par une contraction du volume des M&A. Les volumes sur la zone EMEA sont en contraction de 7 % par rapport à la même période de 2015. Le montant total des transactions atteint 443 milliards d’euros, contre 476 milliards l’an dernier. Tous les observateurs s’attendaient à une hausse du marché des M&A de 5 à 10 % en 2016. « Est-ce qu’il y aura assez de rattrapages pour atteindre cette augmentation ? Nous en doutons, compte tenu de la volatilité des marchés », commente Sophie Javary.
Il est intéressant de faire le point sur les volumes de transactions entre les grandes régions : Asie Pacifique (APAC), Amériques et EMEA. « Nous constatons une forte accélération des acquisitions réalisées par les groupes asiatiques, notamment chinois, dans la zone EMEA. Le montant de ces deals est en hausse de 65 % et atteint 79 milliards d’euros. En contrepartie, on note beaucoup moins d’expansion vers l’Asie des groupes européens. Leurs investissements sont en baisse de 65 % par rapport à 2015 et atteignent 4 milliards d’euros, contre 12 milliards sur la même période de 2015 », constate Sophie Javary.
Quant aux acquisitions réalisées par les groupes américains en Europe, elles enregistrent une baisse de 30 % pour s’établir à 58 milliards d’euros (contre 85 milliards sur la même période de 2015) tandis que les acquisitions réalisées par les groupes européens aux États-Unis sont en hausse de 60 % à 91 milliards d’euros (contre 57 milliards). Citons ici trois opérations marquantes : Sanofi / Medivation, Bayer / Monsanto et Air Liquide / Airgas.
Les acquéreurs asiatiques réalisent également beaucoup d’acquisitions aux États-Unis. Leur volume a doublé par rapport à 2015. Il s’établit à 49 milliards d’euros (contre 21 milliards). Les investisseurs américains continuent également à s’intéresser à l’Asie où ils ont déjà investi 16 milliards d’euros en 2016 (contre 14 milliards sur la même période de 2015).

Les évolutions par pays en Europe
Les M&A en Grande-Bretagne sont en contraction. Les opérations britanniques représentaient 41 % du volume l’année dernière, contre 18 % en 2016. La France représente 14 %, contre 10 % en 2015, ce qui lui permet de faire partie des trois principaux marchés, derrière le Royaume-Uni et la Suisse (17 %). L’Europe Centrale et de l’Est (CEE) représente 10 % des volumes, au delà de ce qu’on constate en Allemagne (8%), en Espagne (7 %) et dans les pays nordiques (7 %).
« Les inquiétudes concernant les marchés émergents lointains font qu’un certain nombre d’acquéreurs s’intéresse aux marchés émergents plus proches en Europe de l’Est qui ont tous des forts niveaux de croissance et offrent de belles opportunités », note Sophie Javary.
Quant à l’évolution des M&A sur la zone EMEA par secteur, c’est le secteur des building materials et des produits chimiques qui domine en 2016, grâce à deux opérations : Bayer / Monsanto et Syngenta / ChemChina. Au premier semestre 2016, ce secteur représente 26 % du volume des opérations, contre 5 % en 2015.
En 2016, le secteur de l’immobilier continue à être très actif (12 % des deals en volume), avec notamment l’opération Eurosic / Gecina.
Quant aux opérations emblématiques, citons la cession pour 1 milliard d’euros de Big C Vietnam à Central Group. Cette opération était conseillée par BNP Paribas et HSBC. « Elle s’est déroulée dans un contexte d’activisme actionnarial, avec un niveau élevé de dette, en partie générée par les acquisitions réalisées à l’étranger et notamment au Brésil. C’est une de plus importantes opérations de M&A au Vietnam, pays qui ne connaît pas beaucoup de transactions. Le deal a été réalisé dans un calendrier très rapide par rapport à la cession de Big C Thailande. On note une grande intelligence du calendrier et de la gestion… Nous avons eu un processus très compétitif avec beaucoup de parties intéressées. L’opération a été réalisée en 4 mois, avec une valorisation très élevée. Nous avons réalisé la signature et le closing au même moment », commente Sophie Javary.
BNP Paribas est également conseil de Cnova, qui regroupe les activités de e-commerce de Casino au Brésil et CDiscount en France. « Nous sommes sur une opération de réorganisation actionnariale assez complexe puisqu’il a fallu défaire un montage lui-même très complexe. Cnova est une société hollandaise cotée aux États-Unis, avec une gouvernance à respecter », explique Sophie Javary.
Selon elle, « les sujets de gouvernance sont de plus en plus importants dans ce genre d’opérations, avec les administrateurs indépendants qui souhaitent faire les opérations dans les formes et s’entourent de conseils ».
Parmi les opérations marquantes, citons le deal Airgas / Air Liquide qui a récemment obtenu toutes les autorisations. « C’est un mouvement stratégique important. Cette opération permet à Air Liquide se renforcer aux États-Unis en rachetant une entreprise très innovante », conclut Sophie Javary. « Aucune banque américaine n’a été impliquée dans cette opération », ajoute-t-elle.
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